
"Les mines du Nord, c’est l’avenir du pays". Ceci aurait pu être un slogan de la France aux XIXème et XXème siècle, en plein age d’or de l’exploitation des bassins houillers du Nord-Pas-de-Calais et des environs.
Cela pourrait aussi être un slogan pour le Québec, mais de nos jours. Le 1er Ministre de la Province Jean Charest, en tout cas, y croit très fort. Le gouvernement a en effet lancé, en mai dernier, le Plan Nord, qui prévoit pas moins de 80 milliards de dollars canadiens investis dans les 25 prochaines années pour développer ce territoire. 47 milliards seront dédiés aux énergies renouvelables et 33 milliards au développement des infrastructures publiques. De quoi générer, selon le gouvernement, quelques 500 000 emplois durant ce lap de temps (20 000 par an). Gros secteur concerné: l’industrie minière, avec 11 projets différents qui serviront à exploiter des filons de cuivre, nickel, fer, or et diamant.
Vu de France, ce genre de mesure parait gigantesque, mais aussi très "rétro" – pour ne pas dire suranné. Miser sur les exploitations minières, aujourd’hui? L’Hexagone a pour ainsi dire fait deuil de cette industrie le 23 avril 2004, date de la fermeture de la dernière mine de charbon en Moselle.
Mais le territoire français est loin de ressembler au Québec. Compte-tenu de sa démographie et de son développement constant, la France et ses 65 millions de Français sont un peu à l’étroit dans leurs 675 000 km² de terres. Aujourd’hui, c’est bien simple: à part peut-être en montagne, il est impossible de mettre le pied dans un bout de terrain qui ne soit pas administré, exploité, ou qui appartienne déjà à quelqu’un. Pour rester dans le domaine de l’industrie minière, on peut considérer que le pays a fait le tour de ses gisements: rien de neuf à creuser.
Le Québec est bien différent. Avec son million et demi de kilomètres carrés, pour à peine 8 millions d’habitants, le territoire offre encore de nombreuses perspectives et ressources inexploitées. Quand le gouvernement québécois mise sur le Nord, il parle d’un territoire déserté, plus grand que la France et la Belgique réunis pour 120 000 habitants. De l’or et du diamant? Il y en aura. Une sorte de Far West moderne, en moins chaotique tout de même!
Les perspectives économiques s’annoncent donc réjouissantes. Mais tout n’est pas si simple, et le Plan Nord est loin de faire l’unanimité. Le Parti Québécois (opposition) a critiqué le choix de prioriser l’industrie minière, pollueuse. Les Ecologistes craignent une "ruée vers l’or" précipitée, sans véritable plan de sauvegarde d’un territoire quasi sacré : ce Nord représente un vaste poumon de nature sauvage, une denrée rare au cœur du monde occidental. Québec s’est pourtant engagé à veiller à la protection de l’environnement. 50% du territoire concerné par la Plan Nord devrait être consacré à des fins autres qu’industrielles, à la protection de l’environnement et à la sauvegarde de la biodiversité. On n’a que la parole de Jean Charest à se mettre sous la dent comme garantie, donc wait and see.
Les critiques se font entendre aussi du côté des peuples autochtones. Les Innus reprochent particulièrement au gouvernement québécois d’avoir pris une initiative de cette envergure sans avoir consulté les communautés qui vivent sur ces terres. "Ce n’est rien de moins que s’approprier notre territoire sans nous consulter, ce qui est contraire à ce que prévoit la Cour suprême", a notamment exprimé Raphaël Picard, chef de Pessamit. Des tractations sont en cours entre le gouvernement et les populations locales qui s’estiment délaissées et ne veulent plus voir le train du développement passer sans s’arrêter chez eux. D’autant que les communautés Inuits et les Cris sont, elles, belles et bien associées au projet.
Car les peuples autochtones voient dans ce plan Nord une sérieuse opportunité de sortir de la misère. Formation, emploi stable, perspectives de carrière… Les entreprises minières apportent ces mots d’espoir sur les territoires qu’ils comptent exploiter. Une entreprise comme New Millenium Iron compte embaucher le tiers de sa main d’œuvre dans la population locale (soit 250 personnes environ dans la région de Schefferville). Jusqu’à présent, les quelques intrusions de l’industrie minière au Nord se faisaient à l’aide d’employés recrutés à Montréal ou Québec, qui travaillent 20 jours sur place avant de rentrer 10 jours chez eux. Cette fois, la donne va changer pour les tribus locales, qui profiteront du développement économique amorcé sur leur territoire. Ce reportage de Monique Durand montre bien tout l’espoir que suscite cette arrivée industrielle massive, un espoir que la précarité sociale actuelle de ces communautés met d’autant plus en perspective.
Pour mieux connaître ce Grand Nord, mythique y compris pour la majorité des Québécois, les carnets de route de la journaliste offrent une magnifique entrée en matière.
[...] J’en avais déjà causé dans un précédent billet, mais rappelons tout de même en quoi consiste ce plan Nord: il s’agit un énorme investissement de 80 milliards sur 25 ans, générant 500.000 emplois (petite laine offerte), pour développer une région quasiment désertée du Québec, grande comme 2 fois la France, riche en or, diamant, fer, zinc et autres ressources. [...]
[...] inciter les grosses entreprises à venir investir). J’ai moi-même écrit de fabuleux articles ici et là, donc question com’ on ne peut pas faire mieux. Malgré ce dispositif exceptionnel, [...]
[...] nouvelles du Plan Nord, ce vaste projet gouvernemental qui vise à exploiter et développer une région quasiment désertée du Québec, grande comme 2 [...]