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Vie de journaliste

Je suis à Longueuil ce mercredi matin, sur la Rive-Sud de Montréal, pour une histoire de meurtre. Une fille sans doute battue à mort à coup de barre de fer par plusieurs gars sur une piste cyclable la veille au soir. Une histoire sordide. La police ne dit rien, je croise quelques témoins sur place, ça piétine. On est une dizaine de journalistes sur place, mais on a la tête distraite. Un collègue me lance: «je crois qu’on ne va pas traîner ici avec ce qui se passe à Ottawa». Effectivement…

À 11h30, mon boss m’appelle: «t’as entendu ce qui se passe à Ottawa? Viens-t-en au bureau». C’est donc à ce moment là que j’ai su que j’allais contribuer à la couverture de l’attentat. Pas à Ottawa, mais depuis Montréal. Dans la voiture, les radios sont en mode «émission spéciale». La police d’Ottawa lâche des infos, on commence à comprendre ce qui s’est passé: au moins un tireur infiltré au Parlement, un militaire touché par balle à 9h52, le Premier ministre évacué, plusieurs dizaines de coups de feu entendus par des témoins, un tireur abattu par le sergent d’armes…

Les infos se mettent à jour en permanence, c’est un peu chaotique. Au Journal, on tente de mettre de l’ordre dans ce tumulte. Les boss ont déjà organisé un plan de travail qui mobilise une bonne partie de la rédaction. Je suis chargé de faire le portrait du sergent d’armes, Kevin Vickers, le héros national du jour. Au parlement, c’est le maître des lieux, le boss de fin de niveau. On ne sait pas jusqu’où le tireur voulait se rendre, mais Kevin Vickers a mis un terme à ses plans pour de bon.

Un profil de héros

Je n’ai jamais été couvrir l’actualité de la Colline du Parlement. Le sergent d’armes, pour moi, est un inconnu. Je fais quelques recherches pour savoir qui il est, d’où il vient, depuis quand il est là, à quoi il ressemble… Et c’est clair, il a le profil du héros canadien en devenir. Né dans une petite ville du Nouveau-Brunswick, Miramichi, personnalité simple, élevé dans une famille qui cultive le sens du devoir (son fils aussi est policier et a été décoré pour avoir sauvé une femme de la noyade).

Mais pas juste un super flic. Il a toujours œuvré pour le respect des communautés au pays, les peuples autochtones, les Sikhs… Ce n’est pas un Jack Bauer à l’américaine, c’est un Canadien qui ne fait pas de la sécurité sa raison de vivre. Il a déjà dit détester l’idée de mettre des barrières autour de la Colline du parlement.

«Cela doit venir de mes racines à Miramichi. J’ai toujours été élevé en sachant que la dignité des personnes est très importante», avait-il déclaré au Telegraph-Journal en 2006.

Avec en plus son costume d’un autre âge, son épée d’apparat et sa masse de cérémonie, il a tout pour être une vedette médiatique malgré lui. Le lendemain, quand il a été chaleureusement applaudi par les députés au Parlement et que l’hymne national a été chanté en son honneur, il en a pleuré. Toute cette attention pour lui, ça le prend par surprise.

Le chaos de la salle de nouvelles

Tout ça, je ne l’apprends pas dans le calme d’une bibliothèque, bien au chaud dans ma bulle de concentration. Je passe des coups de fils et fouille Internet au beau milieu d’une ambiance électrique. Les agences de presse inondent nos courriels de mises à jour constantes. On voit les réactions défiler sur Twitter, les rumeurs aussi. Il y avait plusieurs tireurs. Non, un seul. Il avait un foulard. Il était djihadiste. Il était Québécois. Il était Algérien. Il était sur le toit. Il s’approchait de la bibliothèque. Il y a eu une dizaine de tirs. Il y a eu une trentaine de tirs. Si on veut SAVOIR ce qui se passe, il faut s’arrêter sur tout et vérifier, trouver des sources officielles. Une partie de mon cerveau traite ce flot d’éléments pendant qu’une autre tâche de ne pas perdre de vue mon sergent d’armes.

Ah, et il me faut un troisième bout de cervelle sur le meurtre de Longueuil aussi.

Bref, la tête est en feu, et autour de moi, tout le monde carbure au téléphone et à la pizza froide. «le militaire est mort!», «trouvez sa famille!», «on a le nom du tireur!», «ostie il a habité à Montréal!» «allez voir dans le plumitif!» «trouvez la famille!»

La vidéo hallucinante prise par un journaliste circule. Un collègue la passe sur son ordinateur. Je suis à 3 mètres et occupé, je ne vais pas la voir tout de suite, mais pas besoin. La bande-son, la puissance des coups de feu suffisent à suggérer le chaos qui a dû envahir le Parlement ce matin.

Je finis par trouver le frère du sergent d’armes. J’ai retrouvé un tweet qu’il a écrit dans ma matinée pour dire qu’il était fier de son grand frère. J’avais son nom, son boulot, je l’ai retracé. J’ai pu lui parler trois fois, à coups de trois minutes, à l’autre bout du pays. «C’est la folie ici, je dois raccrocher, j’ai plein de rendez-vous avec des télévisions, rappelez-moi dans une heure!», qu’il me dit à chaque fois. Et à chaque fois que je l’ai rappelé, il a pris quelques instants. Sympa. John Vickers était plein de bonne volonté, plein de fierté, mais débordé par le déferlement médiatique mondial qui s’est abattu sur lui et sa famille d’un seul coup.

Ne pas nier l’émotion

Il doit être 16h, quand une bonne amie et collègue apprend qu’elle part à Ottawa dans la soirée au moins jusqu’à vendredi, avec 2 autres journalistes. On se tape dans les mains. Je suis content pour elle. Il y aura tellement de choses à raconter sur place. On est en train de réaliser que ce 22 octobre 2014 est bien parti pour être une date historique. N’en déplaise à ceux qui veulent toujours tout minimiser et prendre du recul le jour même des évènements.

Un attentat a eu lieu au parlement du Canada, deux jours après celui de Saint-Jean-sur-Richelieu. Comment on qualifie ça? Terrorisme, attentat, simple meurtre? J’ai grandi au Pays basque, et le terrorisme est chevillé à son histoire. Sa définition n’est même pas claire. Pour moi, un meurtre qui a un but politique, contre un symbole du pouvoir, c’est du terrorisme (la justesse des intentions n’a rien à voir là-dedans d’ailleurs). Tant pis pour ceux qui aiment se distinguer en prenant toujours du recul, tant pis pour ceux qui se plaignent déjà d’emballement médiatique destiné, bien sûr, à vendre de la copie et manipuler l’opinion des lecteurs.

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Photo Sarah Bélisle / JDM

En bon tabloïd, mon Journal a bien sûr fait la Une avec le mot TERRORISTE en majuscule et en gras. D’autres journaux plus prestigieux ont pudiquement titré avec «attentat» ou «tueur», mais à l’intérieur des pages, des chroniqueurs n’hésitent pas à parler de «la réalité crue du terrorisme international», ou des «islamofascistes».

Alors tant pis pour ceux qui nient l’importance de l’émotion humaine, ou la méprisent comme si elle n’avait aucune signification. Ceux-là oublient de vivre l’intensité du moment présent. Ils ne devraient pas s’inquiéter: l’heure de l’analyse à froid viendra très vite. À ce moment-là, il sera temps pour eux de dire que les médias cherchent à vendre de la copie en parlant ad nauseam du 22 octobre 2014.

Il est 19h. Je fais relire mon texte (mes textes, ne pas oublier Longueuil). C’est publié. J’ai l’impression d’avoir rouler à 200 à l’heure pendant six heures, un œil devant et l’autre dans le rétroviseur. Impossible de quitter le bureau après avoir rendu les articles. Je continue à fouiner, regarder ce que disent les médias, ce qui passe sur Twitter, s’il n’y a pas d’autres médias qui auraient trouver d’autres trucs sur le sergent d’armes… «Baptiste, j’ai le courriel de la mère du tireur, je lui écris quoi?»

Allez, à 20h30, je finis par quitter. Et j’allume la télé pour voir les infos. Et je vais sur le web, pour voir les infos.

Dire que me voici en repos pendant deux jours, dans un tel pic d’actualité.

Dire que je ne vais même pas à Ottawa…

Les scientifiques sauveront la planète un jour. Mais pas tout de suite, ils là ils sont très occupés. À quoi? Ben à créer le Robot-qui-gagne-à-tous-les-coups-à-pierre-papier-ciseau. Avouez que le monde s’en porte mieux. Le robot s’appelle Janken, c’est mignon. Il ne lit pas dans les pensées hein. Mais il détecte tellement vite les mouvements de votre main qu’il réagit en une milliseconde pour proposer à tous les coups la figure qui va vous battre.

Bravo aux chercheurs du laboratoire Ishikawa Oku de l’université de Tokyo, qui ont bien employé leurs subventions. C’est quand même autrement plus gratifiant que de bosser sur la sécurité des centrales nucléaires.

Déjà en 2009, le laboratoire japonais avait créé un robot capable de jouer au baseball en utilisant 1.000 caméras FPS et des moteurs à très haute vitesse. Cette machine est aussi capable de dribbler avec une balle, très vite, et sans échapper le ballon.

Oui, la fin est proche.

Note: ceci est le quatrième d’une série de récits regroupés dans la rubrique Nouvelle-France. Ils racontent ce temps ou l’Amérique était française, une époque aussi fascinante que négligée des cours d’histoire. Le Québec puise ses racines et son héritage francophone dans cette période. Vous découvrirez des personnages extraordinaires, des anecdotes invraisemblables et de grands moments d’Histoire, tirés d’une époque où le rêve américain se conjuguait en français. Voici aujourd’hui traité un chapitre moins glorieux de l’Histoire de la Nouvelle-France: celui de l’esclavage. Présent partout, il fut plus massif et plus sévère en Louisiane qu’au Canada. Un grand merci à l’historien Mercel Trudel et au Musée des Civilisations de Québec, dont les travaux ont largement inspirés ce texte.

Au XVIIe siècle, l’esclavage était une réalité du monde à laquelle la Nouvelle-France ne s’était pas soustraite. Il faut dire que les colons n’eurent guère de scrupule, dans la mesure où les populations autochtones avaient coutume d’asservir des prisonniers de guerre avant l’établissement des Français. Mais cette réalité prit de l’ampleur avec l’expansion vers l’ouest de la Nouvelle-France. À compter des années 1670, les Français reçurent de leurs partenaires autochtones des prisonniers en gage d’amitié, au cours d’échanges commerciaux ou diplomatiques. Les Illinois étaient particulièrement reconnus pour les raids qu’ils menaient contre les nations du sud-ouest dont ils ramenaient des captifs. La pratique d’acheter et de vendre ces prisonniers comme de la marchandise s’installa ainsi dès le début du XVIIIe siècle.

Listés comme des outils

Dans le Nouveau Monde, le statut d’esclave était réservé aux Noirs et à certains Amérindiens. Il s’appuyait sur le concept de la supériorité des Blancs. C’est en 1709 que l’intendant de la Nouvelle-France Raudot légalisa l’achat d’esclaves. Le 13 avril 1709, il déclarait que  »tous les Panis (esclaves amérindiens) et les Nègres qui ont été achetés et qui le seront par la suite, appartiendront en pleine propriété à ceux qui les ont achetés comme étant leurs esclaves ».

Contrairement au domestique ou à l’ouvrier, l’esclave était donc rangé au dernier échelon de la société. Il appartenait à son propriétaire comme un bien meuble. À ce titre, il pouvait être donné en héritage, prêté (pour régler une dette, par exemple), échangé ou vendu, selon la volonté de son propriétaire. On retrouvait fréquemment mention de leurs noms sur des inventaires, entre de vieux outils de travail, ou bien au beau milieu de listes d’animaux.

Extrait d’une liste dressée après le décès d’un marchand de Montréal
– Deux vieilles scies de travers montées, prisées et estimées quarante sols pièces revenant au dit prix à la somme de quatre livres.
– Un esclave nègre d’environ vingt-cinq ans, nommé Mercure, prisé et estimé à la somme de cinq cents livres.
– Une fille esclave négresse, âgée d’environ trente ans, prisée et estimée à la somme de cinq cents livres.
– Un sciot monté, prisé et estimé trente sols.
– Une paire de tenailles et un gros marteau prisé et estimé ensemble quarante sols.

Sur le plan social, l’esclave avait le droit de porter le nom de famille de son maître et d’être soigné à l’hôpital en cas de maladie. L’Église l’acceptait en son sein et lui administrait le baptême. Le libre-arbitre de l’esclave reste toutefois à démontrer, en cette période d’assimilation par évangélisation. Certains esclaves furent confirmés et admis au sacrement de l’Eucharistie. L’historien Marcel Trudel, grand spécialiste de la Nouvelle-France, signale que sur les listes de confirmés, les esclaves sont cités parmi les personnes libres. Le mariage était également permis à condition que l’esclave ait obtenu le consentement de son maître.

Au Canada, beaucoup d’esclaves amérindiens

Au Canada, les esclaves connaissaient des conditions de vie comparables à celles des ouvriers immigrants. Même si leur statut légal était inférieur, ils jouissaient d’une certaine qualité de vie et d’une autonomie relative dans l’accomplissement de leurs tâches, puisqu’ils partageaient le quotidien de leurs maîtres, habituellement de la haute société. La vie urbaine leur permettait par ailleurs de nouer des liens avec des Blancs, contrairement à leurs homologues des colonies du Sud.

Au XVIIIe siècle, à l’apogée de la Nouvelle-France, les trois-quarts des esclaves étaient des Indiens Panis. Ils étaient originaires des plaines de l’Ouest, des communautés Cris, Assiniboines et Pawnee du Missouri. Selon Marcel Trudel, on dénombrait 1685 esclaves en Nouvelle-France, dont 402 Noirs. Cependant, au milieu du XVIIIe siècle, presque tous les marchands, personnalités d’importance et officiers militaires en possédaient au moins deux.

Olivier Le Jeune, le premier esclave noir
Selon toute vraisemblance, Olivier Le Jeune fut le premier esclave noir amené dans la vallée du Saint-Laurent, et même le premier esclave « importé ». Il était originaire de Madagascar ou de Guinée. Il arriva à Québec en 1629, en comme esclave des frères Kirke. Ces derniers, deux aventuriers, négociants et colonisateurs britanniques, le vendirent avant de quitter le pays en 1632 pour la somme de 50 écus. La même année, son acquéreur le donna à Guillaume Couillard. Le Jeune mourut à Québec le 14 mai 1633, mais le registre des sépultures indiquait alors qu’il était domestique. Signe qu’il avait été affranchi?

« Les Mains Noires – Procès de l’Esclave Incendiaire » enquête sur l’esclavage en Nouvelle-France au 18e siècle à travers le personnage véridique de Marie-Josèphe Angélique, accusée d’avoir incendié Montréal en 1734. Après un procès épique, cette esclave indomptable est condamnée à être torturée et pendue. Était-elle vraiment coupable ou n’était-elle pas plutôt victime d’une conspiration? Pourquoi cette amnésie concernant cette facette méconnue de l’histoire québécoise? Un passionnant documentaire de 52 minutes mêlant habilement des récits d’historiens et du théâtre filmé à la manière de Dogville de Lars von Trier.

À cette exception près, les premiers esclaves noirs n’arrivèrent au Canada qu’à la fin du XVIIe siècle. En dépit de la volonté fréquemment exprimée par les autorités françaises de faire venir des esclaves d’origine africaine dans la colonie, aucun navire négrier n’y parvint. Au Canada, les esclaves provenaient donc des colonies anglaises voisines, d’où ils étaient amenés en contrebande ou comme prisonniers de guerre. La traite des Noirs était bien plus importante en Louisiane et dans les 13 colonies britanniques d’Amérique.

Contrairement aux esclaves de la Nouvelle-Angleterre, qui étaient surtout exploités dans un contexte agricole, les esclaves de la Nouvelle-France étaient exploités en milieu urbain, notamment à Montréal, comme domestiques. Marcel Trudel a noté que plusieurs membres du clergé catholique, notamment la Mère d’Youville, ainsi que plusieurs communautés religieuses, y compris les Jésuites, les Ursulines, les Récollets, les Sulpiciens, et les Frères de la Charité, possédaient des esclaves.

La mainmise des Britanniques s’est accompagnée d’une expansion de l’esclavage au Québec. Leur nombre a presque triplé entre les années 1760 et 1834, année de l’abolition de l’esclavage au Québec et dans l’ensemble des possessions britanniques. Trudel a recensé ainsi plus de 4200 esclaves en terre canadienne. 2692 étaient des Amérindiens et 1400 des Noirs, appartenant à environ 1400 maîtres.

Ces chiffres restent faible comparé au reste des Amériques. Ainsi, près de 51 000 esclaves amérindiens seraient passés par les Carolines au début du XVIIIe siècle. En 1710, la colonie du Maryland recensait 8 000 esclaves. En 1749, New York en recensait 10 500. Quant aux Antilles, elles auraient réuni 250 000 esclaves vers 1744.

La société esclavagiste de Louisiane

Contrairement au Canada, qui était une « société avec esclaves », la Louisiane était une « société esclavagiste ». La population esclave, beaucoup plus nombreuse, jouait un rôle important dans le développement économique de la région. Il s’agissait toutefois d’une réalité moins commune qu’aux Antilles françaises à la même époque. L’abolition de l’esclavage est d’ailleurs venue bien plus tard qu’au Canada, en 1865.

On a officiellement réglementé l’esclavage en Louisiane en 1724 par la promulgation du Code Noir, une adaptation du règlement en vigueur dans les Antilles depuis 1685. Ce document établissait le statut des esclaves et des Noirs libres, ainsi que les relations entre maîtres et esclaves, et entre Blancs et Noirs. La clause principale consistait à interdire les mariages mixtes, ce qui n’a toutefois pas empêché le concubinage entre hommes blancs et femmes noires. La plupart des planteurs louisianais n’observaient de cette réglementation que ce qui leur convenait. On constate aussi que les Noirs, surtout en Basse-Louisiane, jouissaient d’une plus grande autonomie financière et culturelle que ce qui était prévu par le Code.

Les conditions de vie et de travail des esclaves n’en demeuraient pas moins difficiles, nettement plus qu’au Canada. Isolés dans de grandes plantations de tabac ou d’indigo, les esclaves étaient cantonnés dans des « cabanes à nègres » et soumis à des travaux incessants : labours, semailles, sarclage, moissons, entretien des canaux de drainage et des levées. Souvent mal nourris et mal vêtus, ils étaient aussi plus vulnérables aux maladies. Les maîtres n’hésitaient toutefois pas à les faire soigner afin de protéger leur investissement. La violence semblait omniprésente dans les rapports maîtres-esclaves. Elle se manifestait généralement par des coups de bâton ou de fouet, mais aussi par la privation de nourriture ou la mise aux fers.

L’esclave fugitif qui aura été en fuite pendant un mois à compter du jour que son maître l’aura dénoncé en justice, aura les oreilles coupées et sera marqué d’une fleur de lis sur une épaule ; et s’il récidive une autre fois à compter pareillement du jour de la dénonciation, aura le jarret coupé et il sera marqué d’une fleur de lis sur l’autre épaule ; et la troisième fois il sera puni de mort.
Article 32 extrait de la deuxième version du Code Noir promulgué par Louis XV en 1724.

Entre 1719 et 1743, la Compagnie des Indes, qui détenait le monopole de la traite des esclaves, a envoyé quelque 6 000 Africains en Louisiane. La plupart d’entre eux étaient des hommes puisque que les femmes étaient habituellement réservées à la traite d’esclaves en Afrique et que les travaux des champs exigeaient une main-d’œuvre robuste. La majorité était originaire de Sénégambie; les autres venaient du Congo-Angola et du golfe du Bénin.

Par contre, le nombre d’esclaves amérindiens a toujours été inférieur à celui d’esclaves noirs. Dans l’ensemble du Régime français, on en comptait environ 1700, dont une majorité de femmes, qui servaient de domestiques et de concubines aux Français. Ils étaient souvent âgés d’à peine 10 ans. Leur âge moyen de décès était de 17 ans, ce qui témoigne de leur vulnérabilité aux épidémies européennes, tout comme chez les esclaves panis au Canada. Les planteurs louisianais leur préféraient les esclaves venus d’Afrique, moins nombreux à s’enfuir et dotés d’une santé plus robuste.

Pour aller plus loin: http://www.civilisations.ca/musee-virtuel-de-la-nouvelle-france

J’emmerde profondément ces connards de pédiatres et pédopsychiatres français qui ont refusé d’examiner mon fils pendant 2 ans malgré mes demandes. Au Québec, où j’habite depuis 6 mois, non seulement ils ont bien voulu se pencher sur son cas, mais ils ont posé le diagnostic que je craignais depuis tout ce temps: Adam, aujourd’hui âgé de 3 ans et demi, est autiste.

Parmi les troubles envahissants du développement, il entre dans la première catégorie, celle des «troubles autistiques». C’est l’autisme, même si la gravité peut varier d’un cas à l’autre, selon qu’il s’accompagne ou non d’une déficience intellectuelle. Je suis convaincu que mon fils n’en a pas, car il apprend des choses. Actuellement, il est surtout limité dans le langage fonctionnel (qui est très rudimentaire chez lui) et, par voie de conséquence, dans sa sociabilisation.

Je suis pas près d’oublier les «c’est rien, les enfants grandissent à leur rythme, ça viendra tout seul monsieur».

Mais au Québec, on nous donne les moyens de l’aider. Adam aura un accompagnateur quand il ira à l’école maternelle, entièrement pris en charge. Entre le Canada et le Québec, on aura droit à 5000$ de subvention par an pour payer ses séances d’ergothérapie et d’orthophonie. Les autistes sont accompagnés dans le système scolaire avec un objectif permanent de sociabilisation et d’intégration, à terme, dans les écoles normales (d’ailleurs, les classes spécialisées se déroulent dans les mêmes établissements).

Je me doute que ce sera plus compliqué que prévu. J’anticipe d’ores et déjà de nombreuses batailles pour obtenir des places dans les structures adaptées, les démarches et délais sans fin, et quoi d’autre encore. Mais en attendant, le Québec donne de l’espoir à notre famille, car dans cette société les problèmes de notre fils sont pris au sérieux.

Non je ne fais pas de généralités sur les pédiatres et les pédopsy. Mais je crache à la gueule des incompétents qui ont balayé la chair de ma chair d’un revers de main, comme si mes inquiétudes n’étaient que les lubies d’un parent parano. Adam, tu vas voir, on n’a pas traversé l’océan pour rien. Je t’aime et je te sauverai.

Au Québec, on l’a déjà vu, le Plan Nord est loin de faire l’unanimité. Le rappeur québécois Samian, alias Samuel Tremblay revendique avec fierté ses origines algonquines de par sa mère. Depuis deux semaines, il diffuse en téléchargement libre et gratuit sa plus récente chanson, Plan Nord, qui dénonce la stratégie du gouvernement Charest en matière de gestion des ressources naturelles. Et qui accuse les dirigeants de piller les richesses du territoire sans égard aux conséquences sur l’environnement et les peuples autochtones. Une bonne part de l’argumentation anti Plan Nord se retrouve dans les paroles de ce single, dont les accents hip hop croisent pour le coup les traditions musicales des Natifs.

La chanson est disponible sur la page web de l’artiste.

Paroles:

Le gouvernement a décidé de perdre le Nord
Pour des diamants, de l’argent et de l’or
Il prétend vivre dans un pays libre
Mais ils ignorent que la nature est notre parfait équilibre
Trop de consommation pour des biens matériels
On est en train de perdre le Nord et les enjeux sont réels
Vous profitez de la terre pour vos propres envies
Sans même réaliser qu’elle nous maintient en vie
Vous voulez profiter pour une seule génération
Mais ces terres nourrissent toute une population
Vous voulez déraciner tout le Nord québécois
Mais un jour vous comprendrez que l’argent ne se mange pas…

T’inquiète j’ai compris, c’est une question de business
Vous gouvernez un territoire rempli de richesses
Ne venez surtout pas me faire croire que cette terre vous appartient
C’est plutôt grâce à elle qu’on respire chaque matin
Je représente mon peuple à travers l’art
Et je vous annonce de leur part que le peuple en a marre
Mais on connait vos politiques, des êtres obsédés
Là où y reste un peu d’air frais, vous devez le posséder
Vous faites même basculer notre chaîne alimentaire
Assis bien au chaud sur la colline parlementaire
Vous pensez refaire le monde avec votre projet de loi
Mais un jour vous comprendrez que l’argent ne se mange pas…

J’ai vu sur ces terres les plus belles rivières
Mais à cause de vos mines, les poissons ont le cancer
Nos ressources naturelles s’épuisent rapidement
Tout ça pour aller vivre près des tours de ciment
Les rivières sèchent, les arbres tombent
Les avares se réjouissent, car le dollar monte
Les esclaves de l’argent n’auront rien dans leur tombe
On fait tous des erreurs, mais à leur place j’aurais honte
On sera tous concernés quand la terre sonnera son heure
Je veux juste vous rappeler que vous commettez une grave erreur
Je suis honnête avec vous, votre politique me déçoit
Mais un jour vous comprendrez que l’argent ne se mange pas…

Sur ces terres, il y a des gens remplis de sagesse
Enfermés dans vos réserves prisonniers de vos gestes
Qui protège ce territoire depuis la nuit des temps
Parce qu’on habite ces terres depuis plus de dix mille ans
Avez-vous pensé aux gens qui habitent ces forêts?
Vous avez mal calculé l’impact de votre projet
Cette terre est fragile, sauvage et indemne
Aussi riche et fertile qu’une terre africaine
On ne peut la posséder cette terre nous a élevé
On doit la protéger elle est mère de l’humanité
Le plan nord repose sur une génération
Je m’y oppose au nom de toute la nation!

Note: ceci est le troisième d’une série de récits regroupés dans la rubrique Nouvelle-France. Ils racontent ce temps ou l’Amérique était française, une époque aussi fascinante que négligée des cours d’histoire. Le Québec puise ses racines et son héritage francophone dans cette période. Vous découvrirez des personnages extraordinaires, des anecdotes invraisemblables et de grands moments d’Histoire, tirés d’une époque où le rêve américain se conjuguait en français. Voici aujourd’hui l’histoire de Madeleine de Verchères. À 14 ans, cette jeune femme qui n’avait pas froid aux yeux prit le commandement du Fort de Verchères et le défendit victorieusement pendant huit jours contre une invasion d’Iroquois.

Pied de cochon, Marie-Madeleine, pied de cochon, Marie Madelon. Votre air coupable ne ment pas: oui, vous vous souvenez de cette soirée où vous aviez trop bu, et où vous aviez commis l’erreur artistique d’entonner cette chanson paillarde. Sachez tout d’abord que l’alcool ne justifie pas tout, et surtout pas un timbre de voix plus saturé que le cri du gorille en rut. Mais il vous reste une chance d’obtenir le pardon: prétexter l’hommage historique. Car Marie-Madeleine Jarret de Verchères, dite « Madelon », est une haute figure de l’histoire de la Nouvelle France, voire de la mythologie québécoise. En France, nul ne le sait (c’est ce qui arrive quand on boit trop). Il est donc grand temps d’enfiler mon costume de troubadour et vous conter l’incroyable histoire de cette jeune fille, héroïne au Québec et figure commémorative des poivrots de l’hexagone. Santé.

Marie-Madeleine Jarret de Verchères naquit le 3 mars 1678 à Verchères, un peu au nord de Montréal, sur la berge est du fleuve Saint-Laurent. Sa famille lui donna le sobriquet de « Madelon » (s’ils avaient su…). Quatrième de douze enfants, son éducation annonçait les exploits à venir. Son père, François-Xavier Jarret, lui enseigna l’art du tir au mousquet.

Les armes à feu n’étaient pas inutiles, car les Iroquois recommençaient à marauder dans la région. Et ne surnommait-on pas Verchères « Le château dangereux »? Il était en effet l’un des plus exposés du pays à cause de la proximité de la rivière Richelieu, dite aussi « des Iroquois ». Ce redoutable ennemi, en guerre contre les Français, empruntait régulièrement cette rivière pour pénétrer dans la colonie. Savoir manier le mousquet nécessitait plusieurs mois d’entraînement.  Cependant, Madeleine était habile, et elle aimait aller à la chasse avec sa famille.

La mère de Madeleine, Marie Perrot, lui apprit pour sa part à lire et à écrire. Mais c’est en 1690 qu’elle lui offrit une véritable leçon de bravoure. Ayant à peine fêté ses 12 ans, Madelon vit sa mère repousser une attaque des Iroquois qui tentaient d’escalader les palissades. Après un combat qui dura quarante-huit heures, elle fit battre les agresseurs en retraite, accompagnée de trois ou quatre hommes à peine.

Les Iroquois donnent l’assaut

Deux ans plus tard, Madeleine allait perpétuer la tradition familiale avec panache. Le matin du 22 octobre 1692, elle travaillait dans les champs. Sa mère était partie à Montréal et son père était à Québec. C’est le moment que choisit une troupe d’Iroquois, toujours en guerre contre les Français, pour attaquer.

45 guerriers jaillirent du bois et se saisirent de vingt personnes qui travaillaient hors du fort. Un Iroquois poursuivit Madeleine. Il attrapa son mouchoir, mais elle réussit à l’ôter et se glissa à l’intérieur du fort. Madeleine donna l’alerte. « Aux armes! Aux armes! » S’emparant théâtralement du chapeau d’un soldat, elle monta en haut des barricades et tira un coup de fusil, pour avertir les forts autour de Verchères.

L’édifice fut bientôt encerclé par les guerriers Iroquois. À l’intérieur, Madeleine prit les choses en main. Avec un aplomb peu commun, elle ordonna aux femmes et aux enfants de se taire et de pleurer en silence. Elle n’avait que 14 ans, mais n’avait jamais autant ressemblé à sa mère qu’à ce moment. Elle était partout à la fois et commandait le respect. Elle cachait ses cheveux sous une coiffe de soldat et donnait des ordres aux préposés à la défense… Autant dire une maigre troupe: ses deux jeunes frères âgés de douze ans, son domestique, un vieillard âgé de quatre-vingts ans et deux soldats, dont un aux tendances suicidaires. De quoi pousser à sortir le drapeau blanc! Elle empêcha un soldat désespéré d’utiliser un baril de poudre pour faire sauter tout le monde et éviter d’être pris.

La ruse de Madeleine

Le fort manquait cruellement d’effectif pour assurer une défense digne de ce nom, c’est le cas de le dire. Mais Madeleine se rendit compte que les Iroquois n’en savaient rien. Elle conçut un plan ingénieux pour tirer parti de ce petit avantage. Afin de persuader l’ennemi que le bâtiment était rempli de soldats, elle tira avec ses frères des coups de fusils et de canons à partir de différents endroits dans le fort. Pour renforcer l’illusion, elle encouragea les réfugiés à frapper dans des chaudrons ou faire résonner tout ce qui était bruyant.

Le ciel, noir comme le charbon, crachait de la grêle. Le soir venu, le bétail revint. Madeleine tenait à les faire rentrer, mais se méfiait terriblement d’une sournoiserie ennemie, un cheval de Troie à la façon Iroquoise. Elle laissa finalement entrer les animaux, non sans vérifier scrupuleusement qu’aucun guerrier n’était caché dans le troupeau, dissimulé sous une peau de bête. Il n’y en avait pas. Mais la guerre psychologique commençait. Cette nuit-là, personne ne dormit. Madelon raconta plus tard: « Je puis dire que je fus deux fois vingt-quatre heures sans dormir ni manger. Je n’entrai pas une seule fois dans la maison de mon père; je me tenais sur le bastion ».

Les Iroquois restèrent à l’affût durant plusieurs jours. Mais ils ne tentèrent jamais de passer en force, persuadés que le fort était bien gardé. Le subterfuge de Madeleine fonctionnait! Au bout de huit jours, des renforts arrivèrent de Montréal. Les Iroquois prirent la poudre d’escampette, mais furent rattrapés par les soldats. Éreintée, Madeleine dit au lieutenant,  « Monsieur, à vous je rends mes armes. »  Le fort était sauvé.
Ses parents revinrent peu après, et la nouvelle de son exploit se répandit partout dans la colonie. Madeleine consigna elle-même le récit de ce haut fait d’armes par écrit à huit heures du matin, le 22 octobre 1699. L’enseignement de sa mère lui servit jusqu’au bout. C’est ce texte qui permet aujourd’hui de reconstituer l’aventure de Madeleine, étonnante jeune fille de 14 ans qui tint tête à un groupe de 45 guerriers Iroquois.

Aucune information n’a filtré sur la forme de ses mollets ou d’autres parties de son anatomie, pourtant fort détaillée de nos jours vers les 3h du matin.

Mythe ou réalité?
Le récit de ce siège de huit jours a été mis à mal, de nos jours, par l’historien Marcel Trudel, qui en relève plusieurs invraisemblances. Trudel soutient que le récit l’événement, qui a eu cours en 1692, fut embelli par Madeleine de Verchères elle-même et un romancier. Il affirme qu’elle fut « la créatrice de sa propre légende » car pour Trudel, l’action de Madelon, « telle qu’elle la raconte en 1699 et restreinte à ce qu’elle déclare elle-même, du vivant des personnes qui sont proches de l’événement, n’est pas en soi une action extraordinaire. Elle est toutefois représentative des périls coutumiers de ce temps… » Il estime donc les actions de Madeleine de Verchères, somme toute, banals. En outre, il est vrai que certaines anecdotes, comme ce passage où un Iroquois lui saisit son mouchoir, ne figure que dans le texte d’un romancier, et non dans le témoignage de Madelon. Et il n’était pas dans les habitudes des Iroquois de pratiquer le siège, leurs attaques misant plutôt sur la surprise et une victoire rapide. Le fort a-t-il réellement était pris d’assaut huit jours durant?
Lionel Groulx, prêtre historien, préfère conserver l’image héroïque de la jeune fille, quoique digne d’un garçon manqué. Il en fait ce portrait: « De Mademoiselle Madeleine, on se fera une image assez juste, ce nous semble, si on se la figure belle, intelligente et fine, séduisante et brillante, mais portant, dans son enveloppe féminine, l’âme d’un gars remuant et batailleur, fortement musclé, avec du cran, beaucoup de cran, ayant facilement aux lèvres le mot à résonnance de métal, la phrase à panache et le geste proche parent de la parole ».
Embellie ou pas, la légende de Madeleine de Verchères a marqué les esprits au Québec. Sa mémoire est honorée par une statue du sculpteur Louis-Philippe Hébert, inaugurée le 21 septembre 1913 sur la rive du fleuve Saint-Laurent à Verchères. La statue, fixée au sommet d’une tour conique, s’élève à plus de 7,2 mètres, se dressant telle une sentinelle face au fleuve.

Et si vous avez envie de rencontrer une Marie Madelon « légèrement » caricaturée, cet épisode tiré de la courte série « La Grande Bataille » pourrait vous faire rire:

Note: ceci est le deuxième d’une série de récits regroupés dans la rubrique Nouvelle-France. Ils racontent ce temps ou l’Amérique était française, une époque aussi fascinante que négligée des cours d’histoire. Le Québec puise ses racines et son héritage francophone dans cette période. Vous découvrirez des personnages extraordinaires, des anecdotes invraisemblables et de grands moments d’Histoire, tirés d’une époque où le rêve américain se conjuguait en français. Ce récit retrace la vie d’Étienne Brûlé, premier Français à avoir vécu parmi les Indiens.

Lorsqu’ils rencontrèrent les Amérindiens en terre canadienne, les Français établirent des rapports cordiaux avec eux. Au point que l’on vit même des colons partir s’installer dans les villages autochtones. Ainsi naquirent les « coureurs des bois », ces Français qui choisirent le monde des Indiens. Ils adoptèrent leurs coutumes, leur langue, leurs vêtements. Les coureurs des bois permirent aux Français de comprendre les Natifs et furent de grands explorateurs.

Étienne Brûlé fut le premier coureur des bois, et son histoire fut tant passionnante que tumultueuse. Il quitta la France en 1608 à l’âge de 16 ans, alors qu’il menait vie à Honfleur. Il embarqua dans le navire de l’explorateur Samuel Champlain en direction de Québec, la nouvelle colonie.

Il arriva au mois de juin à Tadoussac. La traversée de l’Atlantique en bateau, longue de plusieurs mois, relevait de l’épreuve initiatique pour ce jeune homme. Mais rien qui ne put le préparer à ce qu’il vit en débarquant: la violence et la mort. Les Basques espagnols, peu enclins à partager le commerce de la traite et de la pêche en leur territoire, attaquaient férocement les Français. Brûlé ne fut cependant pas inquiété. Un peu plus tard, il découvrit également des danses particulièrement suggestives orchestrées par de jeunes Indiennes. Il ne s’en remit manifestement jamais…

Nouvelle vie

Quelques mois après, un hiver particulièrement rude dévasta la colonie. 16 des 24 hommes de l’expédition Champlain moururent. Étienne Brûlé et son compagnon Nicolas Marsolet survécurent en passant l’hiver en forêt. Ils apprirent à chasser, à se déplacer dans la neige. Ils firent la connaissance de la tribu amérindienne des Montagnais. Brûlé se découvrit un don pour les langues et pu très rapidement communiquer avec eux dans leur propre parler. La langue montagnaise étant une langue algonquienne, Étienne Brûlé s’ouvrit ainsi les portes de l’ensemble des tribus du pays algonquin.

Champlain l’envoya vivre parmi les Hurons en 1610. Enthousiaste, Brûlé revint en parlant couramment l’iroquoïen (Iroquois et Hurons, bien qu’ennemis, parlaient la même langue) et s’habillait comme un Indien. Il était devenu un membre à part entière de la nation de l’Ours. En 1611, il partit à nouveau vivre au pays des les Hurons, une communauté de 40 000 habitants, et y resta quatre ans.

On lui apprit à manœuvrer les canots, à chasser et à utiliser des raquettes. Il pouvait désormais fabriquer des canots en écorce de bouleau, tel qu’enseigné par les Natifs. Brûlé réalisa que le bouleau verruqueux était la ressource la plus importante pour la vie dans les bois. On l’utilisait pour construire et réparer les canots au cours du voyage. On bâtissait des abris avec les branches et l’écorce. L’écorce servait aussi à dessiner des cartes et à rédiger des messages. Au besoin, on pouvait même la manger! Cependant, un repas typique comprenait plutôt du pemmican, de la viande de chevreuil, du maïs et des pois séchés.

Brûlé méritait son sobriquet de coureur des bois à plus d’un titre. C’était un excellent éclaireur. Il participa à plusieurs expéditions, au nom de Champlain pour des négociants de fourrure. Il explora les terres à l’ouest de Québec. Ses périples lui firent découvrir des régions sauvages non-tracées. Il se rendit à la jonction des lacs Érié et Ontario. Il fut le premier Européen à explorer l’actuel État de Pennsylvanie.

Destin tragique

Sa vie prit un tournant plus dramatique en 1616. Au cours d’un voyage, il fut capturé par des Sénécas. Reconnu comme un Français, ennemi de la tribu, il subit d’effroyables tortures. Il s’en tira au prix d’un marché avec la tribu hostile: jouer les intermédiaires auprès des Français. Mais ce terrible épisode lui valut un an de convalescence.

La réputation d’Étienne Brûlé fut ternie quand Samuel de Champlain apprit qu’il travaillait pour les marchands de fourrures. D’explorateur au service de la Couronne, il devint une sorte de VRP, rémunéré pour persuader les tribus d’amener leurs peaux à la traite de tel ou tel marchand. Les missionnaires catholiques lui reprochèrent aussi ses mœurs très libres: ayant totalement adopté les coutumes et la morale des Hurons, Brûlé prit plusieurs femmes Indiennes. Les danses de son adolescence l’avaient bel et bien ensorcelé…

En 1629, quand lorsque les Britanniques s’emparèrent brièvement de Québec, Champlain était persuadé que Brûlé les avaient guidé en personne le long du fleuve Saint-Laurent. Tandis que Champlain retourna en métropole, Brûlé choisit de demeurer en Nouvelle-France au service des frères Kirke, les colonisateurs et négociants britanniques qui avaient pris Québec. Le coureur des bois fut définitivement perçu comme traître. Accusé dans les derniers écrits de Champlain, il ne subit cependant jamais de procès ni n’eut l’occasion de se défendre.

Brûlé repartit vivre chez les siens, les Hurons. Peu de traces de la fin de sa vie subsistent, mais il semble qu’il sombra peu à peu dans l’alcoolisme. Lorsque Champlain revint en Nouvelle-France en 1633, il apprit la nouvelle de sa mise à mort par les Hurons. Le coureur des bois avait été torturé, brûlé, démembré, puis mangé comme un ennemi! La raison de cet ultime châtiment ne fut jamais consignée, pas plus que la date exacte de l’exécution. Avait-t-il commis un geste irréparable pour la société huron? Avait-t-il été tué pour des raisons plus politiques? On ne le saura jamais. Une chose est sûre, Champlain ne manifesta guère de compassion.

Cette fin aussi floue qu’épouvantable met un terme à l’histoire extraordinaire d’Étienne Brûlé, grand explorateur, fin voyageur, surdoué des langues, archétype du métis culturel.

La dangereuse vie des coureurs des bois

Étienne Brûlé fut le premier coureur des bois. D’autres le suivirent. Et si leur vie fut moins atypique, elle n’en était pas moins difficile et jonchée de dangers. Les coureurs des bois se lançaient dans de vastes expéditions au cœur des terres américaines inconnues pour commercer, rapporter de la nourriture et de la fourrure aux colonies françaises. Ils quittaient leur domicile au printemps avec leurs canots remplis à craquer de provisions et de produits à échanger. Ils voyageaient de la rivière des Outaouais au lac Huron. De là, ils ramaient à raison de 12 heures par jour pendant un autre mois pour arriver à destination. Les coureurs des bois parcouraient ainsi des distances considérables, parfois jusqu’à 2 000 kilomètres ou plus de la maison.

Il s’agissait d’un travail dangereux qui impliquait de traverser de vastes étendues de nature hostile. Les coureurs de bois voyageaient donc en groupes. Ils avaient besoin les uns des autres pour manœuvrer les pagaies, établir les abris et guetter les ennemis à la nuit tombée. Ils devaient aussi trouver leur propre nourriture. Tout au long du parcours, ils s’adonnaient à la chasse et à la pêche.

Les coureur de bois devaient souvent faire du portage avec leur canot. Durant l’été, les moustiques et d’autres insectes les incommodaient. Ils devaient accrocher leur nourriture très haut loin de la portée des animaux. L’hiver venu, il fallait se tenir au chaud pendant la nuit. Pour cela, ils creusaient des trous dans la neige et les tapissaient de branches de cèdres. La vie au grand air, dans toute sa réalité!

Pour aller plus loin: une très belle narration radio de l’histoire d’Étienne Brûlé.

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