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Archive for mai 2011

En faisant quelques recherches sur les inondations historiques qui sévissent au Québec, en Montérégie, je suis tombé sur cette chronique. L’auteure y déplore l’indifférence que semble susciter la détresse des victimes de cette catastrophe, en particulier chez les artistes du coin. « Où sont donc tous les artistes et la clique du Plateau Mont-Royal qui, au moindre dégât à survenir en Haïti ou au Japon, montent aux barricades pour organiser des campagnes de financement, faire des discours pour ramasser des biens, et même aller sur place pour aider ces pauvres démunis? Est-ce que la montée des eaux ne serait pas une cause assez valable pour leur faire-valoir? Leur besoin de m’as-tu-vu? »

J’ai tout de suite pensé: « tiens, on a les mêmes en France ». Les artistes engagés, sensibles, trouvent la misère du monde tellement insupportable qu’ils n’hésitent pas à s’en émouvoir en direct à la TV. Les poings crispés, des trémolos dans la voix, ils dénoncent courageusement la maladie, la faim et la guerre, sous les applaudissements.

Jusqu’ici, il n’y a rien de mal. Cela devient un petit peu gênant quand on constate que ces élans d’émotion accompagnent judicieusement la promotion de leurs produits.

Je ne suis pas le seul à détecter des traces d’opportunisme dans le cœur de nombreux artistes engagés, par exemple chez les Enfoirés. En décembre dernier, les mauvais esprits comme moi ont eu du grain à moudre: BFM TV a annulé une interview avec Garou, membre de la troupe caritative, parce que son attachée de presse refusait un entretien qui ne parlerait que des Restos du Coeur. Il fallait réserver la moitié du temps d’antenne à la promotion de son album! Donnez votre argent aux pauvres, mais n’oubliez pas d’en garder un peu pour moi…

Et pendant ce temps, que fait le principal bénéficiaire du spectacle des Enfoirés, c’est-à-dire la chaîne télé TF1? On pourrait attendre du diffuseur qu’il reverse ses recettes publicitaires aux Restos du Coeur lui-aussi. La chaîne a admis qu’elle n’en reversait qu’une partie, la proportion demeurant, bien évidemment, confidentielle.

Le groupe Indochine, dont une chanson a été reprise dans le dernier spectacle des Enfoirés, a expliqué dans un communiqué leur gêne face à la dérive marketing de l’évènement. A côté des anciens (Goldman, Robin, Palmade…) qui portent vaillamment le projet depuis ses débuts, on voit débouler chaque année une ribambelle de chanteurs sitôt leur premier single sorti, histoire de profiter de cette rampe de lancement.

Et puis, il y a quelque chose d’indécent à voir cette farandole de starlettes demander depuis leur scène à des gens qui gagnent 50 fois moins qu’eux de donner leur argent. On aimerait bien savoir si eux aussi sortent le carnet de chèques à la sortie du concert.

« Oui, mais eux ils rapportent en chantant », qu’on me répond (que j’écris le français comme je veux). Alors tout d’abord, mes oreilles protestent énergiquement: la moitié de ces people s’égosillent comme des casseroles. Bon, c’est le côté bon enfant. Début 2009, Ribéry est venu faire le clown. Il avait l’air gentil, avant de devenir très très méchant. Par contre, année après année, Laam continue de faire croire à tout le monde qu’elle est chanteuse, c’est un peu gros.

Tout ce cirque est devenu un immense charity business, un storytelling à l’américaine où les artistes montrent à quel point ils ont l’air généreux. Se montrer en spectacle, c’est certes ce que voulait Coluche. Mais aujourd’hui, dans notre société de l’image, c’est aussi un excellent coup de pub pour une carrière, donc tout sauf gratuit. Combien de starlettes consacrent du temps à préparer des repas, ou donnent réellement leur argent? J’aimerais sincèrement le savoir. J’applaudirai des deux mains ceux qui ouvrent leur porte-monnaie sans organiser de conférence de presse. En attendant, je les garde dans mes poches.

Et au passage, chez les Enfoirés, on ne part pas en tournée comme de généreux bohémiens : on en profite pour se faire loger aux frais de la princesse dans un hôtel de luxe.

Et moi alors? Je suis pas riche, mais je donne tous les ans aux Restos du Coeur! Pis la Croix Rouge aussi! Je suis formidable! Achetez mon… ah non, j’oubliais, je n’ai rien à vendre. Tant pis pour la gloire. J’ai dû mal comprendre la signification du mot « don ».

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Les conducteurs français lèvent le pied, et se font moins pincer par les radars automatiques contrôleurs de vitesse. Pour les récompenser, le Ministre de l’Intérieur Claude Guéant a décidé de supprimer les panneaux avertissant de leur présence.

L’annonce a fait grincer des dents, car le système installé en 2003 a fait ses preuves. Pour la première fois, en 2010, la France a comptabilisé moins de 4000 morts sur ses routes.

Au Québec, les « radars photo » ont été déployés sur les routes en 2009 seulement. Et globalement, les chiffres de la sécurité routière sont semblables, comparativement à sa population 8 fois moins nombreuse. La province francophone a enregistré 487 morts en 2010, un bilan qui baisse lui-aussi régulièrement depuis plusieurs années.

Aux mêmes effets, on trouve les mêmes causes, mais pas dans les mêmes proportions. De 2006 à 2010, au Québec, 44% des accidents mortels ont impliqué un dépassement de vitesse, contre seulement 18.5% dans l’Hexagone.

Cependant, il faut dire qu’il est interdit au Québec de rouler au-dessus de 100 kilomètres à l’heure sur l’autoroute , contre 130 en France! Cette mesure s’explique en grande partie par les risques de gel bien plus fréquents côté Canada. En toute logique, on trouve bien plus facilement des automobilistes au-dessus de la limite, lorsque la limite est plus basse…

Côté français, c’est l’alcool qui reste le plus grand dénominateur commun des accidents mortels (28.5%). On pourrait hausser les épaules et parler de phénomène culturel, avant de s’envoyer une petite liqueur  pour célébrer l’emploi de si bons clichés.

Sauf que ça ne marche pas. Si l’alcool n’est que le deuxième facteur de risques au Québec, il y reste malgré tout présent dans 31% des accidents mortels. Le pays du vin rouge est battu ! (il me reste à placer le mot « baguette » et j’aurai fait le tour) C’est d’autant plus étonnant que la législation québecoise est moins stricte en la matière : le taux légal est de 0.8 gramme par litre de sang, contre 0.5 en France.

Quoique, on peut nuancer l’appréciation de la sévérité de ces deux territoires. On disait le Québec plus cool, mais il interdit purement aux moins de 25 ans de stocker le moindre reste de baba au rhum entre les dents avant de conduire. Tolérance zéro pour eux. La France, qui sanctionne plus vite, ne suspend automatiquement le permis qu’à partir de 0.8 gramme. Pour tout conducteur attrapé entre 0.5 et 0.8, elle promet toutefois une amende de 135 euros et retire 6 points au permis de conduire (qui en compte 12).

Voilà qui peut expliquer pourquoi le gouvernement français optimise actuellement les rentrées d’argent du côté de la vitesse : rayon alcool, il mène déjà les automobilistes à la baguette (voilà c’est fait).

Vu que le Québec cherche lui-aussi des moyens de boucler un budget provincial compliqué, il ne faudrait pas s’étonner de le voir prendre lui-aussi le chemin de l’alcootest payant. Amis Québécois, ne voyez-vous pas venir un durcissement de la loi ? A base de sanction pécuniaire, dès 0.5 gramme d’alcool dans le sang ? Car la sécurité, ça n’a pas de prix, mais on peut vous en trouver un quand même.

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Ce matin en me levant, après les vérifications d’usage, je me suis dit qu’il ne serait pas idiot d’expliquer pourquoi j’ai appelé ce blog ainsi. D’autant que je n’ai jamais envisagé de carrière dans la météo. Même s’il ne faut jurer de rien.

J’aime beaucoup les présentateurs météo. En France, c’est génial, ils vous accueillent d’un air bonnard, limite en se tapant dans les mains pour avoir l’air plus sympa que le temps prévu pour ce vendredi 20 mai, +2 minutes de soleil, bonne fête aux Bernardins.

Oui, il existe des personnes sur terre capables d’appeler leur fils Bernardin. Ou leur fille peut-être, on ne sait jamais avec ces gens-là.

Ah, mais finalement il va faire beau. « Regardez donc la carte satellite! », triomphe l’animateur. La carte satellite, c’est la preuve scientifique. Rien à ajouter. On est sous le choc de l’indéniable vérité qui vient de nous éclater à la figure. Ça tombe comme une brique sur le poil.  Et derrière on nous balance des températures certifiées. C’est beau de voir à quel point l’Homme moderne maîtrise tous les rouages du climat de la planète.

Et puis, le lendemain, même heure, Monsieur Météo a le visage ennuyé. Il nous explique que le mauvais temps actuel est dû à cette fâcheuse dépression, là, au bout de son doigt. D’ailleurs on la voit bien sur la carte satellite, alors pas la peine de gémir, fallait suivre. Tiens, c’est la fête aux Constantin.

Au Québec, la météo ne jouit pas d’un traitement bien différent. « Il pourrait faire beau, avec risque d’averse ». Alors évidemment, pendant l’hiver, par « risque d’averse » il faut comprendre « sortez vos pelles, tempête de neige » (carte satellite blanche). Globalement, règne tout autant la glorieuse incertitude du sport.

Disons-le tout net, la météo est une sacrée emmerdeuse. Au Québec, la région de Montérégie a été victime d’innondations historiques en avril dernier. Un mois plus tard, en France, 68% des nappes phréatiques ont un niveau d’eau en dessous de la normale. C’est mal fichu tout de même. A quoi ça sert de mâter Mère Nature par la violence, à base d’explosions thermonucléaires, gazole trop cher et pet de vache folle, si on n’obtient même pas le respect ?

Mais je m’égare. Pourquoi donc un blog nommé « il neige au Québec » ? Disons que s’il faut comparer la France et le Québec, c’est une différence qui saute aux yeux. Vu que cette confrontation sera l’idée principale du blog, cela me paraissait symbolique. Une idée géniale non ? Si avec ça je ne finis pas « immigré de l’année », je ne sais pas ce que je pourrai faire, à part Ministre de l’Environnement.

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Sexe et politique : c’est sûr, l’arrestation du Français Dominique Strauss-Kahn, le directeur du Fonds monétaire international (FMI), pour agression sexuelle sur une femme de chambre, fait parler tout le monde ! Mais pas de la même façon.

En France, bien sûr, la tempête politico-médiatique s’est déchaînée. La presse fait la part belle aux répercussions de cette affaire sur les futures élections présidentielles de 2012 (DSK était grand favori pour représenter le Parti Socialiste). Du coup, les micros se tournent largement vers la classe politique. Et on constate une sorte de réflexe corporatiste : tout le monde protège le camarade politique. On rappelle à l’envie la présomption d’innocence, le président Sarkozy ordonne à ses troupes de ne souffler mot, les plus proches de Strauss-Kahn le soutiennent ouvertement, crient au complot (de qui? pour quoi?). Le député PS Jean-Christophe Cambadélis, grand ami de DSK, se déclare choqué. «Il est des images et des humiliations qui n’étaient pas nécessaires à la manifestation de la vérité». L’objet d’une telle honte? Voir DSK emmené au tribunal menotté, la veste débraillée, comme une vulgaire… personne.

Plus généralement, les socialistes déplorent une procédure accusatoire, dans laquelle DSK n’a pas encore pu s’exprimer. Le système judiciaire français est complètement différent : le parquet y enquête à charge et à décharge. Pour faire court : les arrestations brusques sur la base de simples accusations, ça n’existe pas! Les images d’un DSK au visage fermé, fatigué et vulnérable ont eu d’autant plus d’impact que la France a fâcheuse tendance à enterrer les procès politiques, laissant aux Français le sentiment que les élus bénéficient d’une sorte d’immunité judiciaire… Alors découvrir brutalement, en direct à la TV, une sommité politique traitée comme une personne normale ? Oh la la !

La protection de la présomption d’innocence est certes un sujet primordial. DSK est accusé, mais sa culpabilité reste encore à démontrer! Cependant, on peut parier que  la future arrestation de Xavier Dupont de Ligonnès ne déclenchera pas la même émotion au sujet de la présomption d’innocence. Et c’est bien là tout le problème : en s’émouvant lors de l’affaire DSK, les politiques donnent l’impression de se défendre eux plutôt que la justice. L’extrême droite, toujours prête à se lancer dans une campagne « tous pourris », se frotte les mains.

Au Québec, où le système judiciaire est lui aussi accusatoire, le parfum de scandale ne vient pas des menottes de DSK, ni de la soudaineté de son arrestation, mais plutôt de ce qu’on lui reproche. Le procès à venir est l’occasion pour les journalistes de rappeler les frasques de l’ancien Ministre de l’Economie. On égrène ses aventures, par exemple avec une employée hongroise du FMI en 2008. L’affaire Tristane Banon resurgit également dans la Belle Province. La photo utilisée par le Québec Times pour illustrer un simple article sur la procédure en cours, en dit long sur l’image qu’est en train de se forger DSK.

La France comme le Québec (dont le système judiciaire ressemble à celui des Américains) défendent tous deux la présomption d’innocence, mais chacun à leur manière. Cette série de réactions montre qu’on est là dans un décalage culturel.

Enfin, le Québec se gausse d’une France qui a pour habitude de garder le silence sur les mœurs de ses politiques, de François Mitterrand à Nicolas Sarkozy. Cette chronique de Patrick Lagacé (La Presse) montre bien une énorme différence culturelle entre la France et le Québec. Le journaliste endosse le costume de l’homme politique français type : «Je résume (…) Les journalistes sont de mèche. Comme les flics. Comme vos amis – et même vos ennemis – politiques. On sait. Mais on tait. Fort de cette impunité, peut-être qu’un jour, alors que vous sortez à poil de la salle de bains de votre chambre d’hôtel, peut-être que le derrière de la femme de chambre vous plaît… Vous oubliez – la chair est faible – que cette chambre d’hôtel dans laquelle vous déambulez à poil se trouve dans un pays où la culture politique, judiciaire et médiatique est l’exact contraire de celle de la douce France».

Pas sûr que la réputation de macho des « maudits Français » en terre Québécoise s’améliore après ça…

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Peut-être devrais-je commencer ce blog en me présentant et en expliquant ce que je compte faire ? Journaliste français en panne de rédaction, je me suis lancé dans l’aventure de l’expatriation à Montréal, en compagnie de ma femme et de mon petit garçon (normalement, on y sera en octobre 2011!). D’où l’idée de créer ce blog où je reviendrai sur l’actualité du Québec vue par un Français, mais aussi celle de la France vue par les Québecois. Un bon moyen de découvrir les points communs et les différences de ces deux sociétés.

Étant encore en phase de découverte du Québec, ce blog servira en même temps mon parcours initiatique. Au fil des semaines,  j’espère comprendre et vous faire comprendre pourquoi Français et Québecois sont à la fois si proches et tellement différents!

Au plaisir de lire vos commentaires

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