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Vie de journaliste

Je suis à Longueuil ce mercredi matin, sur la Rive-Sud de Montréal, pour une histoire de meurtre. Une fille sans doute battue à mort à coup de barre de fer par plusieurs gars sur une piste cyclable la veille au soir. Une histoire sordide. La police ne dit rien, je croise quelques témoins sur place, ça piétine. On est une dizaine de journalistes sur place, mais on a la tête distraite. Un collègue me lance: «je crois qu’on ne va pas traîner ici avec ce qui se passe à Ottawa». Effectivement…

À 11h30, mon boss m’appelle: «t’as entendu ce qui se passe à Ottawa? Viens-t-en au bureau». C’est donc à ce moment là que j’ai su que j’allais contribuer à la couverture de l’attentat. Pas à Ottawa, mais depuis Montréal. Dans la voiture, les radios sont en mode «émission spéciale». La police d’Ottawa lâche des infos, on commence à comprendre ce qui s’est passé: au moins un tireur infiltré au Parlement, un militaire touché par balle à 9h52, le Premier ministre évacué, plusieurs dizaines de coups de feu entendus par des témoins, un tireur abattu par le sergent d’armes…

Les infos se mettent à jour en permanence, c’est un peu chaotique. Au Journal, on tente de mettre de l’ordre dans ce tumulte. Les boss ont déjà organisé un plan de travail qui mobilise une bonne partie de la rédaction. Je suis chargé de faire le portrait du sergent d’armes, Kevin Vickers, le héros national du jour. Au parlement, c’est le maître des lieux, le boss de fin de niveau. On ne sait pas jusqu’où le tireur voulait se rendre, mais Kevin Vickers a mis un terme à ses plans pour de bon.

Un profil de héros

Je n’ai jamais été couvrir l’actualité de la Colline du Parlement. Le sergent d’armes, pour moi, est un inconnu. Je fais quelques recherches pour savoir qui il est, d’où il vient, depuis quand il est là, à quoi il ressemble… Et c’est clair, il a le profil du héros canadien en devenir. Né dans une petite ville du Nouveau-Brunswick, Miramichi, personnalité simple, élevé dans une famille qui cultive le sens du devoir (son fils aussi est policier et a été décoré pour avoir sauvé une femme de la noyade).

Mais pas juste un super flic. Il a toujours œuvré pour le respect des communautés au pays, les peuples autochtones, les Sikhs… Ce n’est pas un Jack Bauer à l’américaine, c’est un Canadien qui ne fait pas de la sécurité sa raison de vivre. Il a déjà dit détester l’idée de mettre des barrières autour de la Colline du parlement.

«Cela doit venir de mes racines à Miramichi. J’ai toujours été élevé en sachant que la dignité des personnes est très importante», avait-il déclaré au Telegraph-Journal en 2006.

Avec en plus son costume d’un autre âge, son épée d’apparat et sa masse de cérémonie, il a tout pour être une vedette médiatique malgré lui. Le lendemain, quand il a été chaleureusement applaudi par les députés au Parlement et que l’hymne national a été chanté en son honneur, il en a pleuré. Toute cette attention pour lui, ça le prend par surprise.

Le chaos de la salle de nouvelles

Tout ça, je ne l’apprends pas dans le calme d’une bibliothèque, bien au chaud dans ma bulle de concentration. Je passe des coups de fils et fouille Internet au beau milieu d’une ambiance électrique. Les agences de presse inondent nos courriels de mises à jour constantes. On voit les réactions défiler sur Twitter, les rumeurs aussi. Il y avait plusieurs tireurs. Non, un seul. Il avait un foulard. Il était djihadiste. Il était Québécois. Il était Algérien. Il était sur le toit. Il s’approchait de la bibliothèque. Il y a eu une dizaine de tirs. Il y a eu une trentaine de tirs. Si on veut SAVOIR ce qui se passe, il faut s’arrêter sur tout et vérifier, trouver des sources officielles. Une partie de mon cerveau traite ce flot d’éléments pendant qu’une autre tâche de ne pas perdre de vue mon sergent d’armes.

Ah, et il me faut un troisième bout de cervelle sur le meurtre de Longueuil aussi.

Bref, la tête est en feu, et autour de moi, tout le monde carbure au téléphone et à la pizza froide. «le militaire est mort!», «trouvez sa famille!», «on a le nom du tireur!», «ostie il a habité à Montréal!» «allez voir dans le plumitif!» «trouvez la famille!»

La vidéo hallucinante prise par un journaliste circule. Un collègue la passe sur son ordinateur. Je suis à 3 mètres et occupé, je ne vais pas la voir tout de suite, mais pas besoin. La bande-son, la puissance des coups de feu suffisent à suggérer le chaos qui a dû envahir le Parlement ce matin.

Je finis par trouver le frère du sergent d’armes. J’ai retrouvé un tweet qu’il a écrit dans ma matinée pour dire qu’il était fier de son grand frère. J’avais son nom, son boulot, je l’ai retracé. J’ai pu lui parler trois fois, à coups de trois minutes, à l’autre bout du pays. «C’est la folie ici, je dois raccrocher, j’ai plein de rendez-vous avec des télévisions, rappelez-moi dans une heure!», qu’il me dit à chaque fois. Et à chaque fois que je l’ai rappelé, il a pris quelques instants. Sympa. John Vickers était plein de bonne volonté, plein de fierté, mais débordé par le déferlement médiatique mondial qui s’est abattu sur lui et sa famille d’un seul coup.

Ne pas nier l’émotion

Il doit être 16h, quand une bonne amie et collègue apprend qu’elle part à Ottawa dans la soirée au moins jusqu’à vendredi, avec 2 autres journalistes. On se tape dans les mains. Je suis content pour elle. Il y aura tellement de choses à raconter sur place. On est en train de réaliser que ce 22 octobre 2014 est bien parti pour être une date historique. N’en déplaise à ceux qui veulent toujours tout minimiser et prendre du recul le jour même des évènements.

Un attentat a eu lieu au parlement du Canada, deux jours après celui de Saint-Jean-sur-Richelieu. Comment on qualifie ça? Terrorisme, attentat, simple meurtre? J’ai grandi au Pays basque, et le terrorisme est chevillé à son histoire. Sa définition n’est même pas claire. Pour moi, un meurtre qui a un but politique, contre un symbole du pouvoir, c’est du terrorisme (la justesse des intentions n’a rien à voir là-dedans d’ailleurs). Tant pis pour ceux qui aiment se distinguer en prenant toujours du recul, tant pis pour ceux qui se plaignent déjà d’emballement médiatique destiné, bien sûr, à vendre de la copie et manipuler l’opinion des lecteurs.

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Photo Sarah Bélisle / JDM

En bon tabloïd, mon Journal a bien sûr fait la Une avec le mot TERRORISTE en majuscule et en gras. D’autres journaux plus prestigieux ont pudiquement titré avec «attentat» ou «tueur», mais à l’intérieur des pages, des chroniqueurs n’hésitent pas à parler de «la réalité crue du terrorisme international», ou des «islamofascistes».

Alors tant pis pour ceux qui nient l’importance de l’émotion humaine, ou la méprisent comme si elle n’avait aucune signification. Ceux-là oublient de vivre l’intensité du moment présent. Ils ne devraient pas s’inquiéter: l’heure de l’analyse à froid viendra très vite. À ce moment-là, il sera temps pour eux de dire que les médias cherchent à vendre de la copie en parlant ad nauseam du 22 octobre 2014.

Il est 19h. Je fais relire mon texte (mes textes, ne pas oublier Longueuil). C’est publié. J’ai l’impression d’avoir rouler à 200 à l’heure pendant six heures, un œil devant et l’autre dans le rétroviseur. Impossible de quitter le bureau après avoir rendu les articles. Je continue à fouiner, regarder ce que disent les médias, ce qui passe sur Twitter, s’il n’y a pas d’autres médias qui auraient trouver d’autres trucs sur le sergent d’armes… «Baptiste, j’ai le courriel de la mère du tireur, je lui écris quoi?»

Allez, à 20h30, je finis par quitter. Et j’allume la télé pour voir les infos. Et je vais sur le web, pour voir les infos.

Dire que me voici en repos pendant deux jours, dans un tel pic d’actualité.

Dire que je ne vais même pas à Ottawa…

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Le Super Bowl, la grande finale du championnat de foot américain pro aux États-Unis, qui a eu lieu dimanche dernier, est aussi l’occasion de voir les réclames les plus attendues de l’année dans le pays. Celle que vous pouvez voir dans la vidéo ci-dessus a estomaqué tous les téléspectateurs, au point de causer une certaine polémique. Officiellement, il s’agit d’une publicité visant à vendre des voitures Chrysler. Mais son message, diffusé à la mi-temps du match, est plus global: « It’s halftime in America », « c’est la mi-temps aux États-Unis » (n’oublions pas que pour les Américains, l’Amérique se résume aux États-Unis).

La voix rocailleuse de Clint Eastwood évoque les difficultés actuelles du pays, notamment économiques, mais aussi la mentalité américaine, qui consiste à lutter, se battre jusqu’au bout, pour les valeurs US. Il illustre cette mentalité avec le sauvetage de Chrysler justement. Le fabricant d’automobile a échappé à la faillite grâce aux financements venus des administrations Bush (4 milliards) et Obama (8,5 milliards). Le happy-end est donc toujours possible, résume Eastwood avec émotion. Il invite le peuple américain à se relever, se battre, et sortir de la crise avec fierté, uni autour d’un objectif commun. Le parallèle avec le challenge d’une équipe de football justifie sans doute la place de cette vidéo à la mi-temps du Super Bowl.

Ce message se veut donc très patriotique, et, somme toute, très américain. Pourtant, malgré son aspect fédérateur, il fait polémique. Les Républicains y voient une allégorie du mandat de Barack Obama. En annonçant « c’est la mi-temps », Clint Eastwood impliquerait que le président démocrate devrait être réélu en novembre prochain. Bref, pour les Républicains, il s’agirait bien d’une réclame pour l’administration Obama, et ils ne sont pas contents vu qu’ils en auraient préféré une en leur faveur. Karl Rove, l’ancien « cerveau » de l’administration Bush, l’a clairement fait savoir.

Il est effectivement facile de voir dans ce petit film une incitation à la réélection de Barack Obama. Ce serait tout de même étonnant. Clint Eastwood a toujours voté Républicain aux présidentielles. Il  a même donné 2300 dollars pour financer la campagne de John McCain contre Obama en 2008. L’acteur et réalisateur a d’ailleurs précisé le lendemain du Super Bowl: « Je ne suis certainement pas affilié politiquement à Monsieur Obama. Ce message évoquait la croissance de l’emploi et l’état d’esprit des Etats-Unis. Je crois que les hommes politiques de tous bords seraient en accord avec ce message. »

Mouais. Vu le niveau actuel des primaires Républicaines, on comprendrait qu’il décide de changer de camp…

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« Les Français ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux. »

« L’accroissement du nombre de fidèles musulmans et un certain nombre de comportements posent problème. »

« Les deux tiers des échecs scolaires, c’est l’échec d’enfants d’immigrés. »

« 2 % de la délinquance sont le fait de Roumains ».

« Il y a une immigration comorienne qui est la cause de beaucoup de violences ».

Ce florilège de citations, digne des plus hautes envolées du café du commerce, sort tout droit de la bouche venimeuse d’un ministre. Un ministre oui, en France un homme capable de telles sorties est devenu ministre. Il s’agit du ministre l’intérieur Claude Guéant. Il a encore fait parler de lui le 4 février dernier, en déballant un nouvel extrait de sa réflexion: « Toutes les civilisations ne se valent pas. » Il faisait bien sûr allusion aux Musulmans. Encore. Le président Sarkozy l’a d’ailleurs défendu en précisant, pour ceux qui n’avaient pas compris: « Le ministre de l’Intérieur a dit qu’une civilisation, un régime, une société qui n’accordaient pas la même place et les mêmes droits à des hommes et à des femmes, ça n’avait pas la même valeur. C’est du bon sens ». Quel est le but de tout ça? Prouver qu’à l’UMP on imite très bien l’extrême droite? C’est réussi. Encore une agression. Encore une phrase qu’on imaginerait bien sortie de la bouche d’un aryen convaincu  avec des gesticulations hystériques et la mèche de cheveux qui pendouille. Encore une phrase qui va générer des débats stériles et haineux à base de « quelle honte, c’est du racisme » contre « je ne suis pas raciste mais là il a raison ». Et pendant ce temps, on évite de parler d’autre chose. Bref, encore une phrase que Guéant aurait mieux fait de garder dans sa bouche de (je n’en reviens toujours pas) ministre. Ce type est ministre!!

Guéant a au moins le mérite de la constance. Depuis son arrivée au ministère il y a un an, le haut fonctionnaire a mis tout son génie à l’œuvre pour enchaîner les incitations à la haine aussi honteuses qu’incroyables pour un ministre (un ministre!!!). Son objectif est manifestement de maintenir le pays dans un niveau de débat en-dessous du caniveau. Je n’ai cité qu’un échantillon de ses déclarations hein, j’en passe et des meilleures. Tous les moyens sont bons pour maintenir le racisme et la haine au cœur du débat national – c’est tellement pratique pour éviter de parler emploi ou argent! Guéant n’hésite jamais à inventer des chiffres ou des statistiques pour appuyer ses phrases nauséabondes. L’INSEE lui-même (l’institution de la statistique en France), qui ne commente jamais les affaires politiques, a contesté la phrase sur l’échec scolaire.

Guéant est peut-être un amateur de première. Un type plus naïf que Forrest Gump, qui ne réalise même pas l’énormité de ce qu’il dit ni les répercussions que cela peut avoir. Car s’acharner à ce point dans l’incitation à la haine, alors qu’une campagne présidentielle se profile et que le pays en crise a besoin de mobiliser ses ressources, cela relève de la crétinerie bornée! Je ne parle même pas du fond de ses citations: on peut parler de la violence, on peut parler de l’immigration, on peut parler de la place de la religion dans les services publics; mais quand on est ministre (ministre!!!), on ne fait pas de lamentables raccourcis démagogiques tout juste bons à draguer l’électorat d’extrême droite! Le pire est de voir l’UMP lui emboîter le pas, en qualifiant tout contestataire de « bobo moralisateur ». Ouais, de grosse pédale, tout le monde sait que c’est ce qu’ils ont envie de cracher. Ça transpire, c’est le style de la maison. En même temps, lorsque le député de la Martinique Serge Letchimy joue sur le terrain UMP du parler-cru et déclare que les propos de Guéant rappellent « jour après jour à ces idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration » et le « régime nazi », que font les membres du gouvernement? Ils quittent l’Assemblée, tels des bobos moralisateurs dont les oreilles délicates auraient été choquées! Le franc-parler n’est plus de mise lorsque l’agresseur devient agressé…

Pourtant, s’il faut chercher les hommes politiques qui ont prononcé ce genre de phrase, on finira vite par tomber sur Adolf Hitler. Ben oui, il faut appeler un chat un chat. Vous voulez une traduction de son livre pour en juger? Vous voulez lire du Mein Kampf pour comparer? En voici quelques extraits:

« Un peuple n’est pas identique à un autre peuple et, à l’intérieur d’une communauté, une tête ne peut pas non plus être identique à une autre tête. Admettre ce postulat incite d’abord, sans chercher de finesses, à favoriser dans la communauté les éléments reconnus supérieurs, et à s’occuper d’accroître particulièrement leur nombre. »

« Celui qui nie la différence entre les races, en ce qui concerne leur aptitude à engendrer des civilisations, est forcé de se tromper aussi quand il juge les individus. Accepter l’égalité des races entraîne à juger pareillement les peuples et les hommes. »

C’est Mein Kampf hein, pas les extraits du dernier discours de Claude Guéant, précisons. Et pourtant, les membres de l’UMP ont joué les vierges effarouchées en entendant le mot « nazi ». Ce genre de réaction me laisse penser que Guéant n’est pas un amateur. Juste un instrument de la politique de sabordage de l’UMP. L’élection semble perdue d’avance pour le parti de Sarkozy, il faut croire que le but des politicards qui dirigent le navire se résume désormais à emporter un maximum de victimes avec eux. Dans ce cas, c’est sûr, le cynique Guéant se pose en capitaine de vaisseau.

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Photo: La Presse Canadienne /Darryl Dyck

On a du mal, quand on est Européens, à se faire une idée exacte du statut des Indiens en Amérique du Nord. On sait vaguement qu’ils sont parqués dans des réserves aux États-Unis, mais sans trop savoir de quoi il retourne exactement. Le cas du Canada n’est pas connu, car les médias européens s’intéressent peu à ce pays, et vont plutôt puiser leurs exemples chez l’oncle Sam. Il n’en est pas moins singulier. Le statut des Indiens y fait l’objet d’une loi spéciale difficile à concevoir. Surtout vu de France, pays où les valeurs de la République (tous dans le même moule) sont aux antipodes du modèle américain (vive le communautarisme). Cette Loi sur les Indiens correspond ni plus ni moins à un cas de discrimination, collant sur le dos des Indiens un statut à part, flanqué de droits et devoirs spécifiques, régissant par exemple l’occupation de leurs terres. L’Histoire de la création du Canada, terre conquise aux natifs, d’abord cordialement par les Français puis par la force côté Britannique, explique en partie ce traitement particulier. A partir du XIXe siècle, les premiers traités avaient pour objectif d’éliminer tout obstacle susceptible d’entraver la venue de colons, le défrichement des terres arables et le développement des ressources à l’ouest des Grands Lacs. Les Indiens, préoccupés avant tout par la défense de leur mode de vie, se sont pour ainsi dire laissés rouler dans la farine sur tout ce qui concerne la propriété et gestion des territoires, cette notion leur étant complètement étrangère. Le rapport de force a ensuite fait le reste.

Une chose est sûre, aujourd’hui, la relation entre ce statut et la précarité ravageant ces communautés est évidente.

Cet article vise à apporter des précisions à ceux qui veulent en savoir plus sur cette réalité sans équivalent en Europe. Il est très largement fondé sur quelques excellents articles d’Isabelle Monpetit, Jean-Benoît Nadeau, sans oublier les précisions de l’encyclopédie canadienne sur la Loi des Indiens. Quelques précisions pour commencer:

Le contexte démographique: Le Recensement du Canada de 2006 évaluait à 1 172 785 le nombre d’Autochtones au pays, ce qui représentait 3,8% de la population canadienne. Les Indiens de l’Amérique du Nord constituaient le plus important des trois groupes autochtones (698 025 personnes), venait ensuite le groupe des Métis (389 780 personnes), puis celui des Inuits (50 480 personnes). C’est une population jeune: en 2006  l’âge médian était de 27 ans, soit 13 ans de moins que celui de la population canadienne. Elle croît beaucoup plus vite que le reste de la population du Canada en raison du taux de fécondité nettement plus élevé des femmes. Majoritairement regroupés dans les régions de l’Ouest et de l’Ontario (contre à peine 110.000 au Québec), 54 % des Autochtones vivent dans une région urbaine. C’est également une population précaire, ravagée par l’alcoolisme et l’obésité. Source: Ressources humaines et développement des compétences Canada.

Le contexte politique: Une rencontre au sommet organisée par le gouvernement de Stephen Harper et les chefs autochtones du pays a eu lieu ce 24 janvier. L’avenir de la Loi sur les Indiens était au menu. Les deux parties ne se sont pas entendues sur le sort du texte, mais se donnent un an pour repenser le lien économique entre Ottawa et les communautés. Pas de grande annonce donc, mais un climat plus serein que ce que l’on pouvait penser. Il faut dire que ce sommet était déjà un événement en soi, tant les précédents sont rares. Il avait été annoncé dans la foulée de la crise de relations publiques entourant le scandale des logements à Attawapiskat: en novembre dernier, des dizaines de personnes ont été contraintes de dormir dans des tentes, des cabanes en bois non isolées et des roulottes de chantier abandonnées, sans eau potable ni électricité.

Une Loi sur les Indiens assimilatrice

Entre l’arrivée des premiers Européens au XVIe siècle et aujourd’hui, les peuples autochtones sont passés d’alliés des nations occidentales à citoyens de seconde zone. Depuis la création institutionnelle du Canada, en 1867 (hé oui, c’est un jeune pays!), c’est le gouvernement fédéral qui s’est octroyé la responsabilité des questions autochtones. La Loi sur les Indiens est instaurée en 1876 et se nomme alors « Loi sur les Sauvages ». Elle permet au gouvernement de contrôler la majorité des aspects de la vie amérindienne : le statut d’Indien, les terres, les ressources, les testaments, l’éducation, l’administration des bandes, etc. Elle a été plusieurs fois modifiée depuis. Par exemple, en 1971, l’article de la loi mentionnant l’interdiction faite aux Indiens d’acheter ou de vendre de l’alcool a été aboli. Le texte de loi actuel date de 1951, mais ses mesures restent fondées sur la loi coloniale et les Proclamations royales. Depuis les années 70, plusieurs évolutions ont laissé aux bandes une plus grande liberté de réglementation en matière d’alcool et de droit de résidence dans la réserve. On est cependant bien loin de la forme d’autonomie que les Indiens réclament. La plupart des peuples autochtones affirment en effet que leurs droits à l’indépendance et à l’autonomie sont inhérents et collectifs, au nom de ce qu’ils appellent le Droit Ancestral. Ils se revendiquent d’une occupation originelle du territoire canadien (ils étaient là avant les Français et les Britanniques effectivement!) et d’un ordre social antérieur à l’arrivée des Européens.

Une partie de cette loi sur les Indiens régit aussi la vie dans les réserves indiennes. Dans ces territoires, qui demeurent propriétés de la Couronne, Dans les réserves, les Premières Nations forment un peuple d’éternels locataires. Le texte est éloquent à leur sujet: « Sa Majesté détient des réserves à l’usage et au profit des bandes respectives pour lesquelles elles furent mises de côté ». Dans ces réserves, plus de la moitié de la jeunesse est frappée par l’obésité, le diabète et le syndrome d’alcoolisation fœtale.

Précisons que les Inuits et les Métis ne sont pas régis par la loi sur les Indiens.

Dans ses versions antérieures, la Loi sur les Indiens visait clairement à assimiler les Amérindiens. Ainsi, un diplômé universitaire perdait automatiquement son statut d’Indien, de même qu’une femme indienne qui épousait un non-Indien (disposition abrogée en 1985). Certaines pratiques traditionnelles étaient interdites.

Entre 1879 et 1996, des dizaines de milliers d’enfants amérindiens ont fréquenté des pensionnats qui visaient à leur faire oublier leur langue et leur culture, et où ils ont été nombreux à subir des sévices. Au nom des Canadiens, le premier ministre conservateur Stephen Harper a présenté en 2008 des excuses aux peuples autochtones pour cette politique qui visait à « tuer l’Indien au sein de l’enfant ».

Des protections ambigües

Certaines dispositions de la Loi sur les Indiens visent toutefois à protéger les Amérindiens. « Il y a une obligation fiduciaire du gouvernement fédéral et anciennement de la Couronne de protéger les intérêts des Autochtones et des terres autochtones qui ont été réservées à leur usage dans le processus de colonisation, d’affirmation de la Couronne », rappelle l’anthropologue Pierre Trudel, expert des questions autochtones.
Du coup, beaucoup d’Amérindiens ont un rapport contradictoire à la Loi sur les Indiens. D’un côté, ils dénoncent son paternalisme. De l’autre, il leur est difficile de renoncer aux protections qu’elle leur apporte, comme les exemptions de taxes dans les réserves.

Certaines dispositions, a priori protectrices, peuvent pourtant se retourner contre les Indiens. Voici une anecdote, tirée d’un article de Jean Benoît Nadeau « Abolir la loi sur les Indiens? » en 2004:

Lorsque John Paul Murdoch est venu étudier le droit à l’Université McGill, en 1998, sa mère a voulu lui offrir un ordinateur. Comme de nombreux consommateurs, Gertie Murdoch a accepté l’offre de prêt du marchand. Sa solvabilité ne faisait aucun doute. Le prêt a pourtant été refusé. Gertie Murdoch n’a pas eu besoin de demander pourquoi: aucune institution financière n’avance de l’argent aux autochtones qui vivent dans une réserve. Parce que leurs biens ne peuvent être saisis, selon la loi fédérale sur les Indiens. Désolé, le responsable des prêts a proposé que John Paul, qui lui ne vivait plus dans la réserve de Waskaganish, fasse la demande. « Et c’est moi, l’étudiant, qui a eu le prêt, pas ma mère, qui travaillait depuis 20 ans comme administratrice à l’éducation communautaire! » raconte John Paul.

Certaines communautés autochtones ont choisi de s’affranchir de cette loi. Elles ont signé des traités afin de former leur propre gouvernement. D’autres ont préféré adhérer à la Loi sur la gestion des terres des premières nations, adoptée par Ottawa en 1999, tout en restant assujetties à la Loi sur les Indiens. Elles ont ainsi acquis certains pouvoirs sur la gestion des terres de réserve, des ressources et de l’environnement.

Lors de l’assemblée annuelle de 2010 de l’Assemblée des Premières Nations, le chef Shawn Atleo a pour sa part invité Ottawa à abroger la Loi sur les Indiens d’ici cinq ans. Il a proposé de la remplacer par une nouvelle relation qui permettrait de faire avancer les dossiers des revendications territoriales et du partage des ressources.

2 ans plus tard, le chemin est encore long…

Les idées reçues des Canadiens

L’idée que les autochtones seraient des citoyens privilégiés et même qu’ils auraient des droits supérieurs aux autres citoyens vivant sur le territoire du Québec fait maintenant partie des croyances populaires et du discours quotidien. Deux Québécois sur trois pensent que les autochtones ont un niveau de vie aussi bon, voire meilleur, que le Canadien moyen. Des phrases bien enracinées comme « ils ne paient pas de taxes ni d’impôts, ils obtiennent tout gratuitement » font encore partie de la mémoire collective canadienne. C’est fort de café, si l’on prend du recul en considérant que les Indiens se sont fait déposséder de leurs terres par l’Empire colonial et priver de leurs droits en 1876! On ne peut pas se contenter de dire « c’est du passé, vivons avec notre temps », puisque la situation juridique perdure. Les communautés reçoivent des subventions très généreuses, supérieures aux subventions perçues par les municipalités. Oui mais les communautés sont tenues d’assumer tous les services (y compris la santé par exemple, dont les municipalités non-autochtones n’ont pas la responsabilité). Il faudrait y penser avant de pestiférer au nom des « blancs égorgés  qui crachent par le nez ».

Car la réalité de cette population « privilégiée » est tout autre: la Loi sur les Indiens enferme les autochtones dans un régime de tutelle. Qui dit tutelle dit contrainte, dépendance, absence d’autonomie et privation de certains droits et libertés, notamment en  matière testamentaire ou en terme de libre disposition de certains biens personnels. En matière d’accès à la propriété immobilière, il est quasiment impossible pour un Indien dans une réserve de devenir propriétaire de sa maison. Les terrains n’y ont aucune valeur marchande, car ils ne sont transférables qu’à la communauté ou à un autre Amérindien. Et la précarité est partout. En 2007, 58% des jeunes de 15 à 17 ans étaient des consommateurs de drogue et d’alcool. L’obésité touche 52% des enfants, 42% des adolescents, 67% des adultes et 67% des aînés. Le taux de diabète des jeunes est de 15%, il est trois fois plus important que celui du Québec.… Dix pour cent des maisons sont surpeuplées et une sur trois est infestée de moisissures… L’assurance-emploi et l’aide sociale comptent pour 44 % des revenus, ce n’est pas exactement ce qu’on appelle un privilège… Voici un tableau qui compare les statistiques entre les communautés autochtones et les autres (puisque à la différence de la France, les statistiques ethniques sont légales au Canada).

Conclusion

Difficile d’envier la situation des Autochtones à la lecture du dernier tableau. La seule idée qui en ressort, c’est que la Loi sur les Indiens est loin de mettre en place les conditions d’une cohabitation saine et socialement juste. Voilà pourquoi le sommet du 24 janvier dernier, à propos de l’avenir du texte, a attiré l’attention. Et voilà pourquoi on en attend aussi des suites plus concrètes. Les amérindiens ne sont pas les seuls à suivre l’affaire. La précarité des autochtones et leur état de dépendance extrême face aux subventions en tout genre, rappellent à tous les Canadiens ce moment d’Histoire où les ancêtres européens ont posé le pied en terre indienne, puis se sont appropriés leurs terres et ont réduits les habitants en citoyens de seconde classe. Rompre avec ce sentiment de culpabilité que les subventions publiques peinent à cacher, et construire une société plus équitable: c’est tout le défi du Canada moderne.

Pour plus de précisions au sujet des Autochtones, je vous invite à lire le document officiel Mythes et Réalités autochtones. qui émane directement du secrétariat des affaires autochtones du Québec.

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Ils ne reculent devant rien

Je vous l’avais prédit dans mes précédents articles: pour contrecarrer l’arrivée de Free sur le marché du mobile français, les opérateurs concurrents n’hésiteront pas à employer les plus vils stratagèmes. Oh les fourbes!

Aaaawwww

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Histoire de ne pas être taxé d’écrire uniquement à charge, voici les extraits d’une petite enquête d’UFC Que Choisir à propos des nouveaux forfaits mobiles de Free. L’association de défense des consommateurs en France a mis son nez dans le détail des offres, et y a déniché quelques frais non-annoncés. Le principal hic vient du prix exorbitant des téléphones vendus par l’opérateur. L’iPhone 4S 16 Go, par exemple, revient au final à 720 € chez Free alors qu’il est vendu seul 629 € chez SFR. Le plus intéressant reste donc de souscrire à une offre de Free si l’on a déjà un téléphone, puisque rien n’oblige à s’équiper d’un nouveau modèle. Nul doute que Free (qui cherche lui-aussi à se faire de l’argent hein!) compte sur l’énorme attractivité de ses forfaits pour attirer des clients et profiter de leur élan pour leur vendre un téléphone avec une grosse marge bénéficiaire.

Voici les extraits de l’enquête que je trouve les plus pertinents, notamment sur des points que Xavier Niel n’avait pas jugé bon de préciser dans sa fracassante conférence de presse. Je soupçonne certaines critiques d’UFC Que Choisir d’être applicables à de nombreux autres opérateurs, comme fait d’imposer l’octroi d’un avoir en cas d’interruption de service (c’est illégal). Il serait amusant que ce genre d’enquête soit également réalisée sur les forfaits proposés par les opérateurs historiques, histoire de voir si ces derniers, qui font feu de tout bois pour attaquer Free, n’oublient pas de balayer devant leur porte. Mais c’est la règle du jeu: après son arrivée tonitruante sur le marché, Free devait s’attendre à ce que son offre soit décortiquée à la loupe par des spécialistes, en quête de la moindre arnaque. C’est de bonne guerre…

Le contenu complet de l’article d’UFC Que Choisir se trouve ici.

Free mobile

Des frais annexes

Free mobile facture 10 € l’envoi de la carte SIM (sauf en cas de souscription par Internet ou de portabilité) et 10 € l’envoi du mobile (15 € pour les deux). Certaines options sont aussi facturées en supplément : 1 €/mois pour le service Mail Push BlackBerry, 0,05 €/min pour le renvoi d’appels (en métropole)…

Des restrictions d’usage

Les appels inclus vers 40 destinations sont limités aux lignes fixes, sauf pour l’Amérique du Nord (fixe ou mobile) (1).
Les SMS et MMS sont limités à 10 destinataires par envoi, la carte SIM ne peut pas être utilisée dans un ordinateur ou une tablette 3G.

Attention au tarif des téléphones

Free mobile propose d’acquérir des téléphones grâce à un crédit sans frais sur 12, 24 ou 36 mois. Mais gare au prix de vente du téléphone ! L’iPhone 4S 16 Go, par exemple, revient au final à 720 € chez Free alors qu’il est vendu seul 629 € chez SFR. Par ailleurs, que se passe-t-il si le téléphone rend l’âme ou si vous souhaitez en changer avant la fin du remboursement ?

Indemnisation limitée

Une interruption du service d’au moins 2 jours donne droit « à un avoir calculé sur le montant de l’abonnement mensuel au prorata temporis du défaut d’accès au service » (art. 5.2 des CGA). Le fait d’imposer l’octroi d’un avoir est abusif (art. R.132-1 7° du code de la consommation).

Les débits

Free ne donne aucune précision concernant les débits proposés sur son réseau, que ce soit en utilisation normale ou bien une fois les 3 Go de données épuisés.

Pas de facture papier

Les abonnés à Free mobile recevront chaque mois une facture sur « support durable électronique » (art. 3.2 des CGA). Une pratique inverse au principe édicté par l’article 14 de l’arrêté du 1er février 2002 relatif aux factures téléphoniques, qui prévoit que les factures sont envoyées au client « sur support papier ou, avec son accord préalable et exprès, sur un autre support durable à sa disposition ».

Je tenais à mettre en avant l’approche critique d’UFC Que Choisir car l’association est réputée impartiale, et sa démarche est constructive. En attendant, méfiez-vous des déclarations à l’emporte-pièce des experts en communication de Bouygues, Orange et autre SFR. Ces derniers ne savent plus quoi inventer. Canal + (propriété de Vivendi, détenteur de SFR) a récemment diffusé un reportage narrant le casse-tête abominable qui attend tous ceux qui s’apprêtent à résilier leur forfait actuel. Message sous-tendu: si vous tentez de nous quitter, on fera de votre vie un enfer!

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Regardez bien cette vidéo juste au-dessus. Un bon paquet de Français l’ont probablement visionnée, mais j’aimerais aussi que des Québécois en fassent autant.

Cette vidéo, c’est la troisième guerre mondiale. La nouvelle révolution française. La guerre des ondes. La grosse brique qui tombe sur le poil (pour ceux qui préfèrent les images concrètes).

Cette vidéo, c’est la conférence de presse de Xavier Niel, patron de l’opérateur internet Free, qui se lance dans le marché du mobile. Accrochez-vous, les deux offres annoncées vont totalement changer le marché de la téléphonie mobile en France. Premier forfait: 20 euros/mois, illimité en voix et sms, en France et vers la plupart des destinations à l’étranger, 3 go pour l’internet. Aucun engagement. Pas de frais caché. Autrement dit, une facture divisée par 4 par rapport aux concurrents Bouygues, SFR et Orange. Ces offres n’incluent pas l’achat du téléphone, dont la facture est séparée (il est donc possible de prendre un forfait chez Free sans acheter de téléphone par leur entremise). Mais pour un forfait accompagné d’un IPhone 4s, la facture reste divisée par 2.

Deuxième forfait: il s’agit d’un forfait « social », pour petits budgets ou petites consommations. Free proposera une heure de communication vocale et 60 textos pour… 2 euros par mois. Gratuit pour ceux qui sont déjà abonnés à la Freebox (l’offre internet de Free). A noter que les abonnés Freebox ont également droit à 4 euros de réduction sur le forfait mobile « classique ».

Ces offres mobiles vont faire des dégâts chez les escrocs qui trustent depuis trop longtemps le marché du mobile en France. Niel peut railler copieusement les opérateurs historiques (personnellement, comme vous vous en doutez, j’applaudis des deux mains): avec cette annonce, Bouygues, SFR et Orange sont morts. Morts de leurs ententes sur les prix, morts de leurs marges tellement colossales qu’elles ont bouchées leurs artères. Bon, ces grands groupes se sont tellement gavés qu’ils ont certainement les moyens de se soigner, autrement dit d’aligner rapidement leurs tarifs. Mais dans l’immédiat, le coup va les ébranler. D’ailleurs, leurs réactions n’ont pas trainé, et comme prévu, elles se sont avérées bien ridicules.

Les opérateurs historiques ont commencé, comme d’habitude, à critiquer le SAV de Free, un argument risible compte-tenu du niveau de leur propre suivi-client. Sans parler, bien sûr, de leur capacité légendaire à les prendre pour des vaches à lait: arnaquer tout le monde, je n’appelle pas ça prendre soin de ses clients! Est venu ensuite un plan anti-Free sur les ondes télévisées. On s’en doutait: SFR est détenu par Vivendi, propriétaire de la chaîne Canal+. TF1 est détenu par Bouygues. On attendait donc de bonnes vieilles stratégies de diffamation mensongères et nauséabondes, et on n’a pas été déçu. Sur Canal, le soir même, Xavier Niel est tout simplement interdit de plateau, refoulé « parce qu’il avait accordé un entretien sur la Cinquième juste avant ». Ah ah ah. Et sur TF1, au journal de 20 heures, il y avait carrément de quoi se taper sur les cuisses: un sujet probablement écrit par les experts en communication de Bouygues qualifie le forfait social à 2 euros de « pas suffisant », notamment pour « les personnes en interdit bancaire ». On se marre. Que proposent les autres concurrents, en attendant? 10 euros pour 40 minutes et 40 sms. Soit 5 fois plus cher, pour 33% de contenu en moins. Et mieux vaut ne pas parler de la facture des dépassements.

Depuis 2002, Free s’est taillé un énorme succès en France en lançant les offres triple play (30 euros pour internet, télévision et téléphonie fixe illimités). A l’époque, on parlait déjà de révolution: pas de limite, le plus haut débit possible, et un prix défiant toute concurrence: c’était du jamais vu. Ce sont les mêmes recettes que l’on retrouve aujourd’hui dans leur offre mobile.

J’espère que cette actualité va faire le tour du Québec, où les offres sont à des années-lumières de ce que peut proposer Free. Que ce soit pour l’internet (le triple play n’existe pas, et les tarifs des FAI principaux, Bell et Videotron, sont tout simplement scandaleux) ou le mobile. Il y a un grand besoin de stimuler ce marché, où l’on en est encore à l’ère du téléchargement limité, ou il faut payer pour avoir une messagerie sur son cellulaire, avec des tarifs prohibitifs. Pour l’internet, n’espérez pas un débit de 12 mo à moins de 50 dollars mensuels, et ce avec une capacité de téléchargement bridée. Les rares opérateurs à proposer de l’internet illimité limitent la vitesse à 5 ou 6 mo, pour 30 dollars par mois environ. Et nous ne sommes pas dans le triple play, rappelons-le!

Voici, pour finir, une interview de Xavier Niel sur une émission radio, ou il détaille un peu plus son offre. Le journaliste, Jean-Jacques Bourdin, est réputé intraitable et du genre à ne rien laisser passer. Mais là, difficile de prendre l’offre de Free en défaut. Surtout par rapport à la concurrence, qui s’est franchement moqué du monde pendant trop longtemps. En 2002, lorsque Free avait lancé son offre triple play internet, le patron d’AOL avait compris en direct que son entreprise était morte. On peut déjà creuser les tombes SFR, Orange et Bouygues. A moins que, tout-à-fait par hasard, ces opérateurs-voleurs ne parviennent comme par magie à aligner des tarifs concurrentiels. Après tout, pour internet, tous avaient fini par se caler sur l’offre triple play de Free, à quelques euros près. Cela prouverait une fois de plus à quel point ces opérateurs se remplissent les poches sur le dos des consommateurs.

M’est avis aussi que si c’est le cas, Free aura de quoi répondre. Xavier Niel a déclaré que les forfaits annoncés étaient limités aux 3 premiers millions de clients. Cela ne m’étonnerait pas qu’ils gardent des offres encore plus intéressantes sous le coude, une fois qu’ils auront bien investi le marché, histoire d’enterrer définitivement les autres opérateurs.

Bientôt, la fin des pigeons?

 

MISES A JOUR:

Mieux que les blagues carambar, voici les dernières réactions de la concurrence suite à l’arrivée en fanfare de Free sur le marché français de la téléphonie mobile (voir mon précédent billet).

Le 12 janvier: ils cogitent. Ça n’a pas loupé, dès le lendemain, Orange riposte en proposant de nouveaux tarifs, via sa marque Sosh (déjà créée par anticipation, afin de limiter la fuite des clients vers Free). C’est comique, car d’une part, si Orange se doutait qu’il fallait préparer une grosse baisse, on est encore loin des tarifs de Free: 25 euros par mois pour le forfait illimité avec seulement 1 go de téléchargement internet mobile (contre 20 euros et 3 go chez Free, voire 16 euros si vous avez la freebox). D’autre part, et c’est peut-être là le plus drôle, c’est qu’Orange donne la preuve à tous ses clients qu’il leur a dépouillé le porte-feuille aussi longtemps que c’était possible. C’est à se demander si SFR et Bouygues ne feraient pas mieux de jouer les opérateurs chers mais honnêtes. « Non, nous on baisse pas, on n’a pas les moyens, trop de frais, tout ça, siouplait, on est pauvres ». Pour leur image, ce serait mieux, à condition de ne pas savoir que le communiqué aurait été rédigé en direct de la piscine en or massif du siège social. A voir dans les jours qui viennent.

Le 13 janvier: ils avouent. Bouygues se fend d’une lettre officielle sur… facebook. L’opérateur affirme à ses clients « non, nous ne vous prenons pas pour des pigeons » (sic), sans toutefois en apporter la moindre preuve. Bouygues en profite pour annoncer que de nouvelles offres arriveront « prochainement ». Autrement dit, en attendant, pas de geste. La lettre récolte une pluie d’insultes.

SFR, pour sa part, préfère réviser ses tarifs immédiatement. Quelle chance, de nouveaux forfaits étaient justement là, dans le tiroir, on les avait oublié, c’est trop bête! Amis clients de SFR, vous savez maintenant qu’on vous a pris vous aussi pour de gros pigeons pendant des années. Virgin prend également des mesures similaires. Il est navrant de constater que la plupart des opérateurs avaient bel et bien des offres concurrentielles dans leur besace. Tout était prêt depuis longtemps: on se doute qu’on ne monte pas une nouvelle gamme de prix à coup de brouillons, vite griffonnés sur un coin de table pendant la conférence de Free. Mais Bouygues & co sont de tels rapaces qu’ils ont préféré se sucrer jusqu’au dernier moment. C’est une grave erreur stratégique: en baissant drastiquement leurs tarifs plusieurs mois avant l’arrivée de Free sur le marché, ils auraient pu damer le pion à leur concurrent et fidéliser la clientèle grâce à une image sympathique, genre « on fait des efforts, comme ça, pour vous ». Bref, ils auraient pu gagner ce que Free vient de leur rafler il y a 3 jours. Mais non, l’appel du bénéfice à court terme a été le plus fort. Tout le monde sait maintenant qu’ils ont cherché à entuber leurs clients le plus longtemps possible.

Le 14 janvier: ils sont patriotes. De mieux en mieux. N’ayant pas peur du ridicule, les opérateurs historiques accusent Free de ruiner l’État français. « Le manque à gagner sera de plusieurs milliards », a confié à la presse un concurrent, patriote valeureux mais curieusement anonyme. Bah oui ma pov’ dame, vous comprenez, tous les opérateurs vont être obligés de s’aligner sur les tarifs de Free Mobile. Cela entraînera une baisse du chiffre d’affaires, des bénéfices, et donc des taxes qui en découlent. La mort du pays, j’vous dit, bouhouhou. Alors que nous autres, nous escroquions l’ensemble des Français pour le bien de la Nation, vous comprenez.

On atteint des sommets de mauvaise foi. Déjà, les concurrents n’ont toujours pas aligné leurs tarifs. Parmi les différentes nouvelles offres, la proposition la plus courante tourne à 25 euros en illimité. Soit 5 euros de plus par mois, avec des capacités de téléchargement moindres pour internet. Ensuite, c’est bien la première fois qu’on entend des patrons regrettant leur contribution fiscale! Aux dernières nouvelles, monsieur Bouygues n’est pas un homme de gauche. Il devrait se montrer heureux de l’initiative de Free: elle va entraîner moins de pression fiscale pour les Français, et un regain de leur pouvoir d’achat. Sarkozy en rêvait, Free l’a fait… Messieurs Esser, Bouygues et autres patrons d’opérateurs téléphoniques, bienvenue dans un monde de concurrence libre et non faussée!

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