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Archive for the ‘Plan Nord’ Category

Au Québec, on l’a déjà vu, le Plan Nord est loin de faire l’unanimité. Le rappeur québécois Samian, alias Samuel Tremblay revendique avec fierté ses origines algonquines de par sa mère. Depuis deux semaines, il diffuse en téléchargement libre et gratuit sa plus récente chanson, Plan Nord, qui dénonce la stratégie du gouvernement Charest en matière de gestion des ressources naturelles. Et qui accuse les dirigeants de piller les richesses du territoire sans égard aux conséquences sur l’environnement et les peuples autochtones. Une bonne part de l’argumentation anti Plan Nord se retrouve dans les paroles de ce single, dont les accents hip hop croisent pour le coup les traditions musicales des Natifs.

La chanson est disponible sur la page web de l’artiste.

Paroles:

Le gouvernement a décidé de perdre le Nord
Pour des diamants, de l’argent et de l’or
Il prétend vivre dans un pays libre
Mais ils ignorent que la nature est notre parfait équilibre
Trop de consommation pour des biens matériels
On est en train de perdre le Nord et les enjeux sont réels
Vous profitez de la terre pour vos propres envies
Sans même réaliser qu’elle nous maintient en vie
Vous voulez profiter pour une seule génération
Mais ces terres nourrissent toute une population
Vous voulez déraciner tout le Nord québécois
Mais un jour vous comprendrez que l’argent ne se mange pas…

T’inquiète j’ai compris, c’est une question de business
Vous gouvernez un territoire rempli de richesses
Ne venez surtout pas me faire croire que cette terre vous appartient
C’est plutôt grâce à elle qu’on respire chaque matin
Je représente mon peuple à travers l’art
Et je vous annonce de leur part que le peuple en a marre
Mais on connait vos politiques, des êtres obsédés
Là où y reste un peu d’air frais, vous devez le posséder
Vous faites même basculer notre chaîne alimentaire
Assis bien au chaud sur la colline parlementaire
Vous pensez refaire le monde avec votre projet de loi
Mais un jour vous comprendrez que l’argent ne se mange pas…

J’ai vu sur ces terres les plus belles rivières
Mais à cause de vos mines, les poissons ont le cancer
Nos ressources naturelles s’épuisent rapidement
Tout ça pour aller vivre près des tours de ciment
Les rivières sèchent, les arbres tombent
Les avares se réjouissent, car le dollar monte
Les esclaves de l’argent n’auront rien dans leur tombe
On fait tous des erreurs, mais à leur place j’aurais honte
On sera tous concernés quand la terre sonnera son heure
Je veux juste vous rappeler que vous commettez une grave erreur
Je suis honnête avec vous, votre politique me déçoit
Mais un jour vous comprendrez que l’argent ne se mange pas…

Sur ces terres, il y a des gens remplis de sagesse
Enfermés dans vos réserves prisonniers de vos gestes
Qui protège ce territoire depuis la nuit des temps
Parce qu’on habite ces terres depuis plus de dix mille ans
Avez-vous pensé aux gens qui habitent ces forêts?
Vous avez mal calculé l’impact de votre projet
Cette terre est fragile, sauvage et indemne
Aussi riche et fertile qu’une terre africaine
On ne peut la posséder cette terre nous a élevé
On doit la protéger elle est mère de l’humanité
Le plan nord repose sur une génération
Je m’y oppose au nom de toute la nation!

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Dernières nouvelles du Plan Nord, ce vaste projet gouvernemental qui vise à exploiter et développer une région quasiment désertée du Québec, grande comme 2 fois la France, riche en or, diamant, fer, zinc et autres ressources. Le projet ne se limite pas d’ailleurs au seul territoire du Nord du Québec et demeure source de débats, de nombreuses questions restant en suspens quant à sa mise en place.

Le Premier Ministre Jean Charest a multiplié les rencontres et conférences de presse depuis le début de l’année pour promouvoir son Plan Nord. Il sillonne le monde entier depuis des mois pour attirer des investisseurs et autres exploitants miniers en quête d’or, de diamant ou de zinc. La promotion ne cessera sans doute jamais, mais en ce moment, le gouvernement doit également faire adopter plusieurs textes législatifs lié au projet. Trois projets de loi sont débattus en ce moment au parlement, mais aussi sur la place publique. Il s’agit de la réforme de la Loi sur les mines (PL14), la création de la Société du Plan Nord (PL27) et le projet de loi à venir sur la protection de 50% du territoire au nord du 48e parallèle.

En ce qui concerne la réforme de la Loi sur les Mines, certains trouvent que le texte en fait en a trop, d’autres pas assez. L’opposition habituelle du Plan Nord critique ce projet de loi car il ne prévoit pas de nouvelle hausse des redevances et ne contraint pas les sociétés minières à transformer la ressource en sol québécois. Or, ces opérations de transformation représentent une forte source d’emploi.

Mais ce texte dispose d’un point récemment controversé au sein même des partisans du Plan Nord, qui craignent de le voir brider, voire empêcher certains chantiers. L’article 91 donne autorité aux municipalités pour interdire l’activité minière sur certaines parties de leur territoire. Ce texte vise forcément à rassurer les populations craintives pour l’exploitation excessive du territoire, notamment dans le Sud, où l’opposition à l’exploration des sous-sols à la recherche de gaz de schiste reste forte. Un gage de bonne volonté de Jean Charest, souvent taxé de n’entrevoir avec son projet que la logique de profit sans tenir compte suffisamment des enjeux écologiques. Du coup, la grogne vient de son camp: Daniel Bernard, un libéral issu de la propre majorité de Charest, défend un amendement qui limiterait l’application de l’article 91 au Sud du 47e parallèle. Si tel était le cas, les municipalités situées dans les régions de l’Abitibi, la Côte-Nord et le Nord-du-Québec n’auraient donc pas voix au chapitre. Motif invoqué par Daniel Bernard pour justifier cette proposition: la crainte de voir des mannes économiques rejetées par les communes, pour des considérations… non économiques. Daniel Bernard « éviter les abus et les situations où les entreprises seraient prises en otages ». Le mythe de l’éco-terroriste, si vague en France, n’est jamais bien loin de ce côté-ci de l’Atlantique…

La Société du Plan Nord aura pour mandat, comme annoncé, de coordonner les décisions d’investissement dans la région. C’est l’une des gageures de Charest: stimuler les investisseurs, mais ne pas ouvrir les portes pour un pillage du Québec par des mercenaires qui s’en repartiront une fois les poches pleines, sans que les Québécois ne profitent de leurs ressources. Toutefois, lundi dernier, afin de vanter le dynamisme et l’enthousiasme que suscite le Plan Nord dans le monde entier, Jean Charest déclarait: « On l’avoue candidement, c’est allé plus vite que ce que nous avions anticipé. Pourquoi? Parce qu’il y a des choses que nous ne contrôlons pas. Il y a des compagnies qui ont décidé d’aller plus vite pour aller se chercher des parts de marché et qui ont décidé de peser sur l’accélérateur pour développer leurs projets ». On peut se demander, du coup, l’impact de la société du Plan Nord, puisque tout est déjà en route, voire hors de contrôle.

La protection de 50% du territoire au nord du 48e parallèle se fera progressivement. Jean Charest s’est engagé, le 5 février dernier, à convertir 20% du territoire du Grand Nord en aires protégées d’ici 2020 et à empêcher toute activité industrielle dans un autre 30% de la région d’ici 2035. Près de 600 000 kilomètres carrés au nord du 49e parallèle, soit l’équivalent du territoire de la France, seront donc exempts de développement industriel dans le cadre du Plan Nord. La mesure a finalement été saluée par les groupes environnementaux, puisqu’il s’agit d’un progrès par rapport aux précédentes déclarations. Le gouvernement a accepté d’élargir les zones de conservation de 12% à 20% après une tournée de consultation publique menée l’automne dernier. Cependant, seule 12% de la forêt boréale sera protégée de l’exploitation forestière. Et les écologistes se demandent, évidemment, comment seront choisies les zones sauvegardées.  « Il faut toujours se demander ce qu’on veut protéger. Est-ce qu’on va réellement protéger ce qui est menacé ou est-ce qu’on va faire une ligne sur une carte pour protéger un endroit qui, de toute façon, n’aurait pas été développé dans les prochaines décennies? », s’interroge Nicolas Mainville, biologiste et responsable de la campagne Forêts chez Greenpeace. « Nous voulons faire du Plan Nord un grand exemple de développement durable », a répondu Jean Charest, qui martèle ce message depuis le début.

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Six mois après son annonce officielle, le Plan Nord peine à obtenir l’adhésion générale. On en a déjà parlé il s’annonce pourtant comme un projet majeur pour la société québécoise, sur les plans économique, social, environnemental. Le Premier Ministre Jean Charest est en tournée mondiale pour en assurer la promotion (et inciter les grosses entreprises à venir investir). J’ai moi-même écrit de fabuleux articles ici et , donc question com’ on ne peut pas faire mieux. Malgré ce dispositif exceptionnel, les populations locales directement concernées ne savent toujours pas de quoi il retourne exactement. Inquiètes de voir de si grandes marelles se dessiner dans leur cour sans permission, elles manifestent en ce moment leur inquiétudes.

A Schefferville, les Innus demandent à être consultés sur le champ. Réal McKenzie, le chef des Innus sur ce territoire, affirme que sa communauté de 850 personnes n’a pas été consultée dans l’élaboration du Plan Nord. « Pas eu un seul téléphone, pas une seule lettre de M. Charest », s’est agacé McKenzie, qui ne veut pas voir la population locale devenir à nouveau les dindons de la farce. Car ce village de la Côte-Nord a déjà connu les promesses du développement économique, suivi de l’abandon pur et simple sitôt le filon tari. La compagnie minière Iron Ore du Canada a longtemps exploité les mines de fer du coin. La ville a d’ailleurs été créée en 1955 pour cette raison, en vertu de la loi sur l’organisation municipale des villages miniers. Au fil de l’exploitation, la population de Schefferville est montée à 5000 habitants – autochtones et allochtones, ce qui n’est pas rien à de telles latitudes. Et puis, en 1982, terminé. Le filon épuisé, Iron Ore se retire. La ville ferme, les infrastructures sont détruites, dont 300 maisons encore habitables. Schefferville a ré-ouvert à la faveur du récent boom minier, mais le village compte 200 habitants à tout casser… et ne veut pas voir cette mésaventure recommencer. « Nous avons la volonté d’être écoutés une fois pour toutes », résume McKenzie, qui entend aussi être écouté par les sociétés minières. « Il n’y aura plus de passe-droits sur mon territoire », avertit le chef.

A Mashteuiatsh, les Innus sont prêts à rejeter le Plan Nord si les doutes subsistent. Ils demandent notamment davantage de garanties au sujet de la protection, annoncée mais floue, de 50% des terres concernées. Même chose en ce qui concerne la protection du caribou forestier, une espère de grande valeur culturelle pour ce peuple. « La poursuite de notre adhésion est indissociable du respect de notre statut de réel partenaire et de la détermination d’engagements clairs et fermes du gouvernement », prévient Florent Bégin, vice-chef aux Affaires extérieures et représentant politique délégué au dossier du Plan Nord.

Face au scepticisme ambiant, Roméo Saganash, le député fédéral néo-démocrate, ex-chef des Cris et ex-négociateur autochtone, est monté au créneau. Le fait d’accueillir un grand nombre de personnes qui ne demeureraient sur le territoire que pour des quarts de travail prolongés ne l’inquiète pas outre mesure. « L’important, c’est que le développement profite aux communautés directement touchées, en termes de contrats, d’emplois et de compensations pour le territoire ». Il avance également que ce plan sera l’opportunité de construire des infrastructures qui bénéficieront durablement aux habitants. A condition que l’expérience Schefferville serve de leçon évidemment.

En outre, « aucune loi ne peut prendre le dessus sur la Convention de la Baie-James », a poursuivi Saganash. Cette convention constitue un règlement général entre le gouvernement du Québec et les représentants des Cris et des Inuits du Nord-du-Québec. Signée en 1975, elle établit un régime de protection de l’environnement et du milieu social, avec en outre un régime d’indemnités de développement économique. Cela dit, vu l’extrême précarité en vigueur dans ces communautés, difficile de rassurer la population en disant « au moins cela ne peut pas être pire ». Ces communautés ne veulent pas maintenir le statu quo, elles veulent un progrès. Pour l’heure, elles voient un gros truc arriver, mais ne savent pas s’il s’agit d’une montagne d’or ou d’autre chose plus malodorant.

Avec ce Plan Nord titanesque, Jean Charest laissera quoi qu’il arrive son nom dans l’Histoire du Québec. Mais pour la section « concours de popularité », ce n’est pas encore ça. Des groupes facebook anti-Plan-Nord fleurissent sur la toile (tel celui-ci, dont un ou une représentant-e a déjà honoré ce blog de quelques commentaires). Un groupe de députés indépendants vient d’exiger la tenue d’une commission parlementaire sur le développement des ressources naturelles et hydroélectriques. La faute à ce qu’ils dénoncent comme une « culture du secret ». Ce manque de transparence interdit à l’ensemble des Québécois, et pas seulement aux autochtones, de se faire une véritable opinion. C’est franchement dommage, au vu de sa nécessité économique, mais aussi de l’opportunité sociale sans précédent qu’il constitue. On n’a pas tous les jours l’occasion de véritablement transformer un pays. A moins que ce ne soit un manque de vision qui rende la communication si délicate? Car on n’est pas sûr que le gouvernement ait lui-même conscience de l’ensemble des enjeux à l’œuvre, notamment en ce qui concerne le développement des territoires à long terme. Il faut espérer que non, car cela ferait drôlement désordre. Quand le professeur attire la foudre sur son château pour donner vie à la créature, mieux vaut qu’il sache quoi faire si la bête se lève, étrangle le majordome et se dirige vers le village juste en bas.

Ceci n’est pas une photo de Jean Charest

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Il y a des signes qui ne trompent pas. Le Parti Libéral Québécois, celui du Premier Ministre Jean Charest, vient de lancer une campagne publicitaire télévisée pour promouvoir son fameux Plan Nord. C’est un signe disais-je, mais un signe de quoi? Comme souvent quand un gouvernement se lance dans la réclame pour vendre son produit, cela veut dire que le sujet est chaud et, surtout, casse-gueule.

J’en avais déjà causé dans un précédent billet, mais rappelons tout de même en quoi consiste ce plan Nord: il s’agit d’un énorme investissement de 80 milliards sur 25 ans, générant 500.000 emplois (petite laine offerte), pour développer une région quasiment désertée du Québec, grande comme 2 fois la France, riche en or, diamant, fer, zinc et autres ressources.

Outre des enjeux économiques évidents, se dressent aussi des enjeux écologiques (quid de la protection de ce poumon vert mondial face au forage et à la déforestation?) et sociaux. Voici les principaux débats du moment.

Les Québécois profiteront-ils de la manne économique? Raymond Bachand, le Ministre des Finances, vient de relever le taux des redevances sur les profits des sociétés minières exploitantes. Au lieu de 12%, ce sera 16% de leurs profits qu’elles devront reverser au Québec. Un minimum pour l’ancien Ministre Jacques Parizeau, qui estime que cette hausse met simplement fin à « une situation scandaleuse ». Selon lui, il faudrait également envisager une participation au capital de ces sociétés. D’autant que c’est également le gouvernement qui paiera l’immense majorité des infrastructures à aménager. Prenons le gigantesque projet de mine de fer du Lac Otelnuk, au Nunavik (je cite cette chronique de Sophie Cousineau): « Avec un investissement estimé à 13 milliards de dollars, ce complexe minier deviendrait le plus important centre de production du Canada, tous métaux confondus. Cette coentreprise du producteur d’acier chinois Wisco (60%) et de la société canadienne Adriana Resources (40%) exige l’aménagement de 815 kilomètres de voies ferroviaires. Il nécessite aussi l’agrandissement du port de Sept-Îles, pour que celui-ci puisse accueillir d’immenses vraquiers chinois. Entre autres! » Bref, si le Québec ne prend pas des mesures pour obtenir du retour sur investissement, le Nord du territoire sera instantanément promu « open bar préféré des sociétés minières ».

Quel sera le modèle de développement social pour le Nord? Les territoires du Nord sont habités par 120.000 habitants (120.000 « âmes », comme on adore l’écrire dans la presse locale en France). Sur une terre grande comme la France et la Belgique, c’est peu. L’invasion de projets miniers sera-t-il l’occasion de créer de nouveaux villages, qui deviendront éventuellement des villes, autour des chantiers? Ou verra-t-on, au contraire, les sociétés embaucher des travailleurs volants, venant 2 mois sur place avant de repartir chez eux pour de larges plages de vacances? Le gouvernement n’a pas encore exprimé sa position au sujet de ce développement sociétal. C’est pourtant une question fondamentale, dont les problématiques s’imposeront d’elles-mêmes. Les travailleurs volants seront confrontés à la difficulté d’une séparation familiale. Dans le cas d’une politique de sédentarisation des travailleurs, il s’agira d’investir afin d’offrir les services nécessaires, afin d’éviter le sentiment d’isolement. Ah oui, et il faudra mettre le paquet sur le chauffage aussi! Cette question du développement est reliée à un deuxième enjeu, plus local:

Dans quelle mesure les populations autochtones seront-elles associées à ce projet? La plupart des 120.000 habitants du Nord du Québec sont issus des 10 nations Amérindiennes et de la nation Inuit. De tout le Québec, ce sont les plus touchées par la misère sociale. Les entreprises seront tenues de jouer le jeu et de les impliquer. Seront-elles forcées, par obligation légale, d’embaucher un certain nombre de locaux? Certainement, vu que le pourcentage de cette discrimination positive est un élément négocié par le gouvernement Charest auprès des populations locales, pour leur faire accepter le Plan Nord. Mais elles en seront également tenues par pragmatisme. Les Autochtones devront être convaincus du bienfait de la présence de sociétés étrangères venant exploiter les ressources naturelles situées sur leur territoire. Leurs réticences paraitraient logiques s’ils ne bénéficiaient pas d’une part du gâteau! Afin d’obtenir un compromis, le 1er Ministre négocie depuis plusieurs mois avec les différentes nations. Au sujet de la part de travail qui leur sera réservée, mais aussi à propos de l’aide financière qui leur sera allouée. Jean Charest ne fait pas l’unanimité: le chef des Innus Raphaël Picard vient d’annoncer qu’il partira en croisade mondiale contre ce plan Nord. Charest lui a proposé 350 millions d’aide, lui en demande carrément 5 milliards (et même 11 milliards en mai dernier!). Je ne connais pas assez l’économie québécoise pour donner raison à l’un ou à l’autre, mais une chose est sûre: là, il y en a un qui essaye d’entuber l’autre.

L’écosystème sera-t-il protégé? Des déclarations fluctuantes du Premier Ministre ont rendu sceptiques, pour ne pas dire hostiles, les écologistes. Jean Charest avait initialement garanti, en février dernier, de protéger 50% de la forêt boréale de toute activité industrielle. Mais il a peiné à dévoiler par la suite des mesures plus concrètes pour réaliser ce projet. Plus tard, en octobre, il est revenu sur sa promesse en admettant que cette protection n’exclurait pas les activités d’exploitation forestière. Bref, tout est encore bien flou, et surtout rien n’est gravé sur le marbre.

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« Les mines du Nord, c’est l’avenir du pays ». Ceci aurait pu être un slogan de la France aux XIXème et XXème siècle, en plein age d’or de l’exploitation des bassins houillers du Nord-Pas-de-Calais et des environs.

Cela pourrait aussi être un slogan pour le Québec, mais de nos jours. Le 1er Ministre de la Province Jean Charest, en tout cas, y croit très fort. Le gouvernement a en effet lancé, en mai dernier, le Plan Nord, qui prévoit pas moins de 80 milliards de dollars canadiens investis dans les 25 prochaines années pour développer ce territoire. 47 milliards seront dédiés aux énergies renouvelables et 33 milliards au développement des infrastructures publiques. De quoi générer, selon le gouvernement, quelques 500 000 emplois durant ce lap de temps (20 000 par an). Gros secteur concerné: l’industrie minière, avec 11 projets différents qui serviront à exploiter des filons de cuivre, nickel, fer, or et diamant.

Vu de France, ce genre de mesure parait gigantesque, mais aussi très « rétro » – pour ne pas dire suranné. Miser sur les exploitations minières, aujourd’hui? L’Hexagone a pour ainsi dire fait deuil de cette industrie le 23 avril 2004, date de la fermeture de la dernière mine de charbon en Moselle.

Mais le territoire français est loin de ressembler au Québec. Compte-tenu de sa démographie et de son développement constant, la France et ses 65 millions de Français sont un peu à l’étroit dans leurs 675 000 km² de terres. Aujourd’hui, c’est bien simple: à part peut-être en montagne, il est impossible de mettre le pied dans un bout de terrain qui ne soit pas administré, exploité, ou qui appartienne déjà à quelqu’un. Pour rester dans le domaine de l’industrie minière, on peut considérer que le pays a fait le tour de ses gisements: rien de neuf à creuser.

Le Québec est bien différent. Avec son million et demi de kilomètres carrés, pour à peine 8 millions d’habitants, le territoire offre encore de nombreuses perspectives et ressources inexploitées. Quand le gouvernement québécois mise sur le Nord, il parle d’un territoire déserté, plus  grand que la France et la Belgique réunis pour 120 000 habitants. De l’or et du diamant? Il y en aura. Une sorte de Far West moderne, en moins chaotique tout de même!

Les perspectives économiques s’annoncent donc réjouissantes. Mais tout n’est pas si simple, et le Plan Nord est loin de faire l’unanimité. Le Parti Québécois (opposition) a critiqué le choix de prioriser l’industrie minière, pollueuse. Les Ecologistes  craignent une « ruée vers l’or » précipitée, sans véritable plan de sauvegarde d’un territoire quasi sacré : ce Nord représente un vaste poumon de nature sauvage, une denrée rare au cœur du monde occidental. Québec s’est pourtant engagé à veiller à la protection de l’environnement. 50% du territoire concerné par la Plan Nord devrait être consacré à des fins autres qu’industrielles, à la protection de l’environnement et à la sauvegarde de la biodiversité. On n’a que la parole de Jean Charest à se mettre sous la dent comme garantie, donc wait and see.

Les critiques se font entendre aussi du côté des peuples autochtones. Les Innus reprochent particulièrement au gouvernement québécois d’avoir pris une initiative de cette envergure sans avoir consulté les communautés qui vivent sur ces terres. « Ce n’est rien de moins que s’approprier notre territoire sans nous consulter, ce qui est contraire à ce que prévoit la Cour suprême », a notamment exprimé Raphaël Picard, chef de Pessamit. Des tractations sont en cours entre le gouvernement et les populations locales qui s’estiment délaissées et ne veulent plus voir le train du développement passer sans s’arrêter chez eux. D’autant que les communautés Inuits et les Cris sont, elles, belles et bien associées au projet.

Car les peuples autochtones voient dans ce plan Nord une sérieuse opportunité de sortir de la misère. Formation, emploi stable, perspectives de carrière… Les entreprises minières apportent ces mots d’espoir sur les territoires qu’ils comptent exploiter. Une entreprise comme New Millenium Iron compte embaucher le tiers de sa main d’œuvre dans la population locale (soit 250 personnes environ dans la région de Schefferville). Jusqu’à présent, les quelques intrusions de l’industrie minière au Nord se faisaient à l’aide d’employés recrutés à Montréal ou Québec, qui travaillent 20 jours sur place avant de rentrer 10 jours chez eux. Cette fois, la donne va changer pour les tribus locales, qui profiteront du développement économique amorcé sur leur territoire. Ce reportage de Monique Durand montre bien tout l’espoir que suscite cette arrivée industrielle massive, un espoir que la précarité sociale actuelle de ces communautés met d’autant plus en perspective.

Pour mieux connaître ce Grand Nord, mythique y compris pour la majorité des Québécois, les carnets de route de la journaliste offrent une magnifique entrée en matière.

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