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Archive for the ‘société’ Category

En ce dimanche 5 février de l’an de grâce 2012, l’heure est à la grand messe: c’est l’heure du Super Bowl! La finale du championnat de football américain pro des États-Unis, un évènement plus grand que la coupe du monde des jeux olympiques et la deuxième guerre mondiale réunis. Un show où les Patriots de la Nouvelle-Angleterre affronteront les Giants de New-York, et ou Madonna tentera de ne pas perdre sa petite culotte durant le concert de la mi-temps. Mais pour des millions (des miyards!) de téléspectateurs du monde entier, c’est surtout l’occasion de se taper la bouffe de l’année. Alors ici, on ne parle pas de haute gastronomie: les nachos rivalisent avec les burgers et autres côtes levées de porc marinées au barbecue. La grande innovation de l’année, celle qui fait un tabac dans les rues de Los Angeles, c’est le cupcake couronné d’une aile de poulet. Un objet culte outre-Atlantique qui fera manger leur chapeau à tous les Paul Bocuse de la terre.

Certains ne se privent pas toutefois pour donner à cette rusticité culinaire un aspect esthétique. Voici donc quelques oeuvres de fans absolus, qui n’ont rien trouvé de mieux que de reconstituer le stade de leur équipe préférée avec des toasts et des chips. Only in USA…

 

 

PS: I believe in Eli!

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Photo: La Presse Canadienne /Darryl Dyck

On a du mal, quand on est Européens, à se faire une idée exacte du statut des Indiens en Amérique du Nord. On sait vaguement qu’ils sont parqués dans des réserves aux États-Unis, mais sans trop savoir de quoi il retourne exactement. Le cas du Canada n’est pas connu, car les médias européens s’intéressent peu à ce pays, et vont plutôt puiser leurs exemples chez l’oncle Sam. Il n’en est pas moins singulier. Le statut des Indiens y fait l’objet d’une loi spéciale difficile à concevoir. Surtout vu de France, pays où les valeurs de la République (tous dans le même moule) sont aux antipodes du modèle américain (vive le communautarisme). Cette Loi sur les Indiens correspond ni plus ni moins à un cas de discrimination, collant sur le dos des Indiens un statut à part, flanqué de droits et devoirs spécifiques, régissant par exemple l’occupation de leurs terres. L’Histoire de la création du Canada, terre conquise aux natifs, d’abord cordialement par les Français puis par la force côté Britannique, explique en partie ce traitement particulier. A partir du XIXe siècle, les premiers traités avaient pour objectif d’éliminer tout obstacle susceptible d’entraver la venue de colons, le défrichement des terres arables et le développement des ressources à l’ouest des Grands Lacs. Les Indiens, préoccupés avant tout par la défense de leur mode de vie, se sont pour ainsi dire laissés rouler dans la farine sur tout ce qui concerne la propriété et gestion des territoires, cette notion leur étant complètement étrangère. Le rapport de force a ensuite fait le reste.

Une chose est sûre, aujourd’hui, la relation entre ce statut et la précarité ravageant ces communautés est évidente.

Cet article vise à apporter des précisions à ceux qui veulent en savoir plus sur cette réalité sans équivalent en Europe. Il est très largement fondé sur quelques excellents articles d’Isabelle Monpetit, Jean-Benoît Nadeau, sans oublier les précisions de l’encyclopédie canadienne sur la Loi des Indiens. Quelques précisions pour commencer:

Le contexte démographique: Le Recensement du Canada de 2006 évaluait à 1 172 785 le nombre d’Autochtones au pays, ce qui représentait 3,8% de la population canadienne. Les Indiens de l’Amérique du Nord constituaient le plus important des trois groupes autochtones (698 025 personnes), venait ensuite le groupe des Métis (389 780 personnes), puis celui des Inuits (50 480 personnes). C’est une population jeune: en 2006  l’âge médian était de 27 ans, soit 13 ans de moins que celui de la population canadienne. Elle croît beaucoup plus vite que le reste de la population du Canada en raison du taux de fécondité nettement plus élevé des femmes. Majoritairement regroupés dans les régions de l’Ouest et de l’Ontario (contre à peine 110.000 au Québec), 54 % des Autochtones vivent dans une région urbaine. C’est également une population précaire, ravagée par l’alcoolisme et l’obésité. Source: Ressources humaines et développement des compétences Canada.

Le contexte politique: Une rencontre au sommet organisée par le gouvernement de Stephen Harper et les chefs autochtones du pays a eu lieu ce 24 janvier. L’avenir de la Loi sur les Indiens était au menu. Les deux parties ne se sont pas entendues sur le sort du texte, mais se donnent un an pour repenser le lien économique entre Ottawa et les communautés. Pas de grande annonce donc, mais un climat plus serein que ce que l’on pouvait penser. Il faut dire que ce sommet était déjà un événement en soi, tant les précédents sont rares. Il avait été annoncé dans la foulée de la crise de relations publiques entourant le scandale des logements à Attawapiskat: en novembre dernier, des dizaines de personnes ont été contraintes de dormir dans des tentes, des cabanes en bois non isolées et des roulottes de chantier abandonnées, sans eau potable ni électricité.

Une Loi sur les Indiens assimilatrice

Entre l’arrivée des premiers Européens au XVIe siècle et aujourd’hui, les peuples autochtones sont passés d’alliés des nations occidentales à citoyens de seconde zone. Depuis la création institutionnelle du Canada, en 1867 (hé oui, c’est un jeune pays!), c’est le gouvernement fédéral qui s’est octroyé la responsabilité des questions autochtones. La Loi sur les Indiens est instaurée en 1876 et se nomme alors « Loi sur les Sauvages ». Elle permet au gouvernement de contrôler la majorité des aspects de la vie amérindienne : le statut d’Indien, les terres, les ressources, les testaments, l’éducation, l’administration des bandes, etc. Elle a été plusieurs fois modifiée depuis. Par exemple, en 1971, l’article de la loi mentionnant l’interdiction faite aux Indiens d’acheter ou de vendre de l’alcool a été aboli. Le texte de loi actuel date de 1951, mais ses mesures restent fondées sur la loi coloniale et les Proclamations royales. Depuis les années 70, plusieurs évolutions ont laissé aux bandes une plus grande liberté de réglementation en matière d’alcool et de droit de résidence dans la réserve. On est cependant bien loin de la forme d’autonomie que les Indiens réclament. La plupart des peuples autochtones affirment en effet que leurs droits à l’indépendance et à l’autonomie sont inhérents et collectifs, au nom de ce qu’ils appellent le Droit Ancestral. Ils se revendiquent d’une occupation originelle du territoire canadien (ils étaient là avant les Français et les Britanniques effectivement!) et d’un ordre social antérieur à l’arrivée des Européens.

Une partie de cette loi sur les Indiens régit aussi la vie dans les réserves indiennes. Dans ces territoires, qui demeurent propriétés de la Couronne, Dans les réserves, les Premières Nations forment un peuple d’éternels locataires. Le texte est éloquent à leur sujet: « Sa Majesté détient des réserves à l’usage et au profit des bandes respectives pour lesquelles elles furent mises de côté ». Dans ces réserves, plus de la moitié de la jeunesse est frappée par l’obésité, le diabète et le syndrome d’alcoolisation fœtale.

Précisons que les Inuits et les Métis ne sont pas régis par la loi sur les Indiens.

Dans ses versions antérieures, la Loi sur les Indiens visait clairement à assimiler les Amérindiens. Ainsi, un diplômé universitaire perdait automatiquement son statut d’Indien, de même qu’une femme indienne qui épousait un non-Indien (disposition abrogée en 1985). Certaines pratiques traditionnelles étaient interdites.

Entre 1879 et 1996, des dizaines de milliers d’enfants amérindiens ont fréquenté des pensionnats qui visaient à leur faire oublier leur langue et leur culture, et où ils ont été nombreux à subir des sévices. Au nom des Canadiens, le premier ministre conservateur Stephen Harper a présenté en 2008 des excuses aux peuples autochtones pour cette politique qui visait à « tuer l’Indien au sein de l’enfant ».

Des protections ambigües

Certaines dispositions de la Loi sur les Indiens visent toutefois à protéger les Amérindiens. « Il y a une obligation fiduciaire du gouvernement fédéral et anciennement de la Couronne de protéger les intérêts des Autochtones et des terres autochtones qui ont été réservées à leur usage dans le processus de colonisation, d’affirmation de la Couronne », rappelle l’anthropologue Pierre Trudel, expert des questions autochtones.
Du coup, beaucoup d’Amérindiens ont un rapport contradictoire à la Loi sur les Indiens. D’un côté, ils dénoncent son paternalisme. De l’autre, il leur est difficile de renoncer aux protections qu’elle leur apporte, comme les exemptions de taxes dans les réserves.

Certaines dispositions, a priori protectrices, peuvent pourtant se retourner contre les Indiens. Voici une anecdote, tirée d’un article de Jean Benoît Nadeau « Abolir la loi sur les Indiens? » en 2004:

Lorsque John Paul Murdoch est venu étudier le droit à l’Université McGill, en 1998, sa mère a voulu lui offrir un ordinateur. Comme de nombreux consommateurs, Gertie Murdoch a accepté l’offre de prêt du marchand. Sa solvabilité ne faisait aucun doute. Le prêt a pourtant été refusé. Gertie Murdoch n’a pas eu besoin de demander pourquoi: aucune institution financière n’avance de l’argent aux autochtones qui vivent dans une réserve. Parce que leurs biens ne peuvent être saisis, selon la loi fédérale sur les Indiens. Désolé, le responsable des prêts a proposé que John Paul, qui lui ne vivait plus dans la réserve de Waskaganish, fasse la demande. « Et c’est moi, l’étudiant, qui a eu le prêt, pas ma mère, qui travaillait depuis 20 ans comme administratrice à l’éducation communautaire! » raconte John Paul.

Certaines communautés autochtones ont choisi de s’affranchir de cette loi. Elles ont signé des traités afin de former leur propre gouvernement. D’autres ont préféré adhérer à la Loi sur la gestion des terres des premières nations, adoptée par Ottawa en 1999, tout en restant assujetties à la Loi sur les Indiens. Elles ont ainsi acquis certains pouvoirs sur la gestion des terres de réserve, des ressources et de l’environnement.

Lors de l’assemblée annuelle de 2010 de l’Assemblée des Premières Nations, le chef Shawn Atleo a pour sa part invité Ottawa à abroger la Loi sur les Indiens d’ici cinq ans. Il a proposé de la remplacer par une nouvelle relation qui permettrait de faire avancer les dossiers des revendications territoriales et du partage des ressources.

2 ans plus tard, le chemin est encore long…

Les idées reçues des Canadiens

L’idée que les autochtones seraient des citoyens privilégiés et même qu’ils auraient des droits supérieurs aux autres citoyens vivant sur le territoire du Québec fait maintenant partie des croyances populaires et du discours quotidien. Deux Québécois sur trois pensent que les autochtones ont un niveau de vie aussi bon, voire meilleur, que le Canadien moyen. Des phrases bien enracinées comme « ils ne paient pas de taxes ni d’impôts, ils obtiennent tout gratuitement » font encore partie de la mémoire collective canadienne. C’est fort de café, si l’on prend du recul en considérant que les Indiens se sont fait déposséder de leurs terres par l’Empire colonial et priver de leurs droits en 1876! On ne peut pas se contenter de dire « c’est du passé, vivons avec notre temps », puisque la situation juridique perdure. Les communautés reçoivent des subventions très généreuses, supérieures aux subventions perçues par les municipalités. Oui mais les communautés sont tenues d’assumer tous les services (y compris la santé par exemple, dont les municipalités non-autochtones n’ont pas la responsabilité). Il faudrait y penser avant de pestiférer au nom des « blancs égorgés  qui crachent par le nez ».

Car la réalité de cette population « privilégiée » est tout autre: la Loi sur les Indiens enferme les autochtones dans un régime de tutelle. Qui dit tutelle dit contrainte, dépendance, absence d’autonomie et privation de certains droits et libertés, notamment en  matière testamentaire ou en terme de libre disposition de certains biens personnels. En matière d’accès à la propriété immobilière, il est quasiment impossible pour un Indien dans une réserve de devenir propriétaire de sa maison. Les terrains n’y ont aucune valeur marchande, car ils ne sont transférables qu’à la communauté ou à un autre Amérindien. Et la précarité est partout. En 2007, 58% des jeunes de 15 à 17 ans étaient des consommateurs de drogue et d’alcool. L’obésité touche 52% des enfants, 42% des adolescents, 67% des adultes et 67% des aînés. Le taux de diabète des jeunes est de 15%, il est trois fois plus important que celui du Québec.… Dix pour cent des maisons sont surpeuplées et une sur trois est infestée de moisissures… L’assurance-emploi et l’aide sociale comptent pour 44 % des revenus, ce n’est pas exactement ce qu’on appelle un privilège… Voici un tableau qui compare les statistiques entre les communautés autochtones et les autres (puisque à la différence de la France, les statistiques ethniques sont légales au Canada).

Conclusion

Difficile d’envier la situation des Autochtones à la lecture du dernier tableau. La seule idée qui en ressort, c’est que la Loi sur les Indiens est loin de mettre en place les conditions d’une cohabitation saine et socialement juste. Voilà pourquoi le sommet du 24 janvier dernier, à propos de l’avenir du texte, a attiré l’attention. Et voilà pourquoi on en attend aussi des suites plus concrètes. Les amérindiens ne sont pas les seuls à suivre l’affaire. La précarité des autochtones et leur état de dépendance extrême face aux subventions en tout genre, rappellent à tous les Canadiens ce moment d’Histoire où les ancêtres européens ont posé le pied en terre indienne, puis se sont appropriés leurs terres et ont réduits les habitants en citoyens de seconde classe. Rompre avec ce sentiment de culpabilité que les subventions publiques peinent à cacher, et construire une société plus équitable: c’est tout le défi du Canada moderne.

Pour plus de précisions au sujet des Autochtones, je vous invite à lire le document officiel Mythes et Réalités autochtones. qui émane directement du secrétariat des affaires autochtones du Québec.

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Bonne année à tous, profitez-en bien car, comme vous le savez tous, c’est la dernière! Les Mayas sont formels, le monde tel que nous le connaissons aujourd’hui n’existera plus au 21 décembre 2012. Je confirme moi aussi: vu que le monde change tous les jours, ce serait une énorme coïncidence que l’ensemble du monde animal et végétal décide de rester au lit sans bouger pile ce jour-là, juste histoire de laisser la Terre entière dans le même état que la veille. Il faudrait vraiment avoir l’esprit de contradiction.

Mais ce n’est pas de cela que je voulais parler. Pour fêter le passage en 2012, je souhaitais revenir sur une excellente initiative vue au Québec. Il s’agit de l’Opération Nez Rouge.

Bon, c’est sûr, le nom impressionne moins que « Opération Tempête du Désert » ou « Opération Choc et Effroi ». Mais chaque année, au mois de décembre, comme il est résumé sur le site officiel, cette action bénévole se donne pour mission de « valoriser, par une approche non moralisatrice, l’adoption d’un comportement responsable face à la conduite avec les facultés affaiblies, en rendant possible l’existence d’un service de raccompagnement accessible et confidentiel, et dont les résultats financiers profitent à des organismes locaux dédiés à la jeunesse et/ou au sport amateur ». En clair, ils ramènent les mecs bourrés à la maison (ainsi que les femmes).

A ma connaissance, cette offre bénévole n’a pas d’équivalent en France. Il y a là un créneau à prendre. A condition, évidemment, de mettre la main sur les quelques personnes ne buvant pas pendant les fêtes de fin d’année (les fameux Sam, ces créatures étranges mi-homme, mi-airbag).

Pour ce mois de décembre 2011, l’Opération Nez Rouge a complété pas moins de 62 907 raccompagnements dans les différentes régions du Québec desservies par le service, ce qui représente une augmentation de 6,6 % par rapport à 2010. Aucune statistique ne précise en revanche combien de poivrots sont parvenus à articuler leur véritable adresse, et non un amas de syllabes incompréhensibles entrecoupé de postillons précédant le ronflement final, poussant leur conducteur à les rapatrier au beau milieu de la forêt boréale.

Après avoir jeté son passager ivre mort prêt à dormir devant la porte de sa maison (vu qu’il a perdu les clés, qui attendront le lendemain pour réapparaître au beau milieu de sa poche), chacun des 43 984 bénévoles est reparti avec le sentiment du devoir accompli, pensant avoir évité un accident stupide. En réalité, ces bons samaritains ont surtout contribué à appauvrir les journaux télévisés en faits divers, devenant ainsi les ennemis publics numéro 1 des journalistes à cours de sujet en période de fêtes. Au nom de la fraternité rédactionnelle du journalisme total, que je représente en ce blog, je ne vous remercie pas!

Meuuuuh non je plaisante. Les journalistes aiment bien picoler en plus, je suis sûr que certains ont fait appel à eux. Pas moi, j’ai une femme pour ça.

Meuuuh non je plaisante, je ne bois même pas. Meuuuh n… ah si, c’est vrai ça.

Et parce qu’une bonne action c’est bien, mais moins bien que deux, l’Opération Nez Rouge ne se contente pas de ramener à bon port tous ceux qui ont abusé du sang du Christ à la messe de Noël. Chaque année, dans tout le Canada, l’Opération Nez rouge remet plus de 1 300 000 $ à des organismes œuvrant dans le domaine de la jeunesse et du sport amateur grâce aux dons versés par les clients. Certes, ces dons étaient peut-être involontaires, puisqu’on a toujours du mal à compter les billets lorsqu’on abuse du sang du Christ à la messe (en plus, on est obligé de donner les billets, vu que le curé nous a délesté de la totalité de nos pièces de monnaie pendant la quête). Mais qu’importe, cela aura le mérite de donner un sujet d’enquête aux journalistes à cours de sujet au mois de janvier. Incroyable, une troisième bonne action!

De quoi réchauffer les cœurs au moment de dresser un bilan routier des Fêtes plutôt désastreux: 23 personnes sont mortes sur les routes du Québec entre le 24 décembre et le 2 janvier. C’est deux fois plus que l’an dernier, mais les chiffres sont souvent élevés à l’arrivée des premières neiges, qui sont tombées pile pendant les congés de Noël cette saison.

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La Grande Bibliothèque de Montréal, où je traînais ce matin, est un endroit classe. 5 étages remplis à ras-bord de bouquins, revues, journaux, bureaux, expos, le tout dans une ambiance feutrée, décontractée mais digne tout de même. Quel ne fut donc pas mon émoi lorsque, au hasard d’un rayon, j’entendis un livre chuter au sol, tandis que le responsable de cette maladresse laissa échapper un juron.

« Criss », lâcha-t-il, visiblement au comble de l’exaspération.

En bon Français, membre de la Nation championne du monde des insultes et injures en tout genre, je ricanais sous ma barbe. « Christ« . (c’est ça que ça veut dire, Criss). Quel juron ridicule. J’avais envie de me précipiter vers le gars, lui claquer une tape dans le dos, le regarder dans les yeux façon sergent-instructeur et lui hurler au visage: « c’est tout ce dont t’es capable?! Recommence, mieux que ça espèce de p’tite merde! Ma tatie en poussait des plus gros pour réveiller les chiots*! »

Ah, merveilleuse culture tricolore! Au pays qui a vu naître le plus grand théoricien de la langue française (mes hommages, cher Jacques Toubon), tout homme bien élevé dispose d’une panoplie de grossièretés suffisante pour insulter la police 20 heures d’affilée. Inutile de préciser que notre sensibilité poétique explore tous les thèmes et tabous possibles (oui, même celui-là). Le sacré? Ça ne choque plus personne. Un « nom de Dieu » est à peine digne de figurer au registre des expressions appropriées à la perte d’une fausse pièce de monnaie de 5 centimes. La plupart du temps, la pièce choisit de réapparaître, histoire de ne pas causer un drame disproportionné.

On peut même se procurer, dans toutes les bonnes insulteries, le fameux « Dictionnaire des injures », ouvrage de référence depuis 1967, régulièrement réédité, idéal en cas de trou de mémoire.

Après avoir été élevé dans un tel bouillonnement culturel, ce « Christ » me mit le nez devant mes lacunes. Si cette réaction fort peu fleurie m’interpellait, c’est que je n’étais pas encore suffisamment intégré, c’était certain.

Mais j’étais à la Grande Bibliothèque. J’allais m’intégrer.

Hostie (ils disent Ostie). Christ (ils disent Crisse). Vierge (ils disent Viarge). Tabernacle. Calice. Ciboire. Ici les gens se soulagent en usant de tels mots.

Nom de Dieu.

Mais pourquoi tant de sacré? L’usage de ce champ lexical n’est pas exclusif heureusement. Cela reste toutefois une particularité locale: il y a comme qui dirait une tradition au Québec de piocher dans le mobilier ecclésiastique pour étoffer son vocabulaire injurieux.

C’est une question d’Histoire. Dirigeante ou contestée, l’Église a toujours occupé une place prépondérante dans la société québécoise. Dès 1615, l’Église catholique française participait largement au processus de colonisation en envoyant des missionnairesnique ta reum, chargés d’évangéliser les peuples autochtones. De 1760 à 1867, sous le régime Britannique, l’antagonisme entre francophones et anglophones est également religieux: les premiers sont catholiques, les seconds protestants. Durant la période de la Confédération Canadienne (à partir de 1868), l’Église catholique reste omniprésente dans les sphères de l’éducation, de la santé et des services sociaux. Enfin, dans les années 60, avec la Révolution Tranquille qui dessine largement les traits de la société québécoise contemporaine, une des réformes majeures consiste à imposer la séparation de l’Église et de l’État.

En gros, la vie locale a longtemps tourné autour de leur lieu de culte. Pas étonnant donc que le Québécois, quand il est bien tanné de la vie, ait envie de s’en prendre à ceux qui le gouvernent. Et du coup, le Québécois, qui est du genre facétieux, a développé l’art de se planter devant le curé, le défier du regard, et de lui balancer dans les oreilles un vicieux « câlisse! » (c’est comme cela qu’on l’écrit au Québec). Ça n’a l’air de rien, mais quand on sait que le calice désigne la coupe contenant le sang du Christ, et que le Québécois en a détourné le sens pour en faire un synonyme de (haussez la voix) « MERDE!!! », on comprend l’intérêt de la chose. Il suffit d’imaginer la réaction du curé. Dans le même ordre d’idée, ceux qui ne vont pas souvent à la messe seront heureux d’apprendre que le « tabernacle » désigne le meuble abritant le ciboire contenant les hosties.

Personnellement, je ne suis pas croyant. Je veux bien m’adapter, mais au début j’étais sceptique à l’idée d’employer un jargon clérical qui ne me concerne pas outre mesure. Mais c’est l’usage, alors je vais pas faire mon maudit français. Et tout bien considéré, je perdrais l’intégralité de l’effet recherché en « athéïsant » ces grossièretés  sacrées. Il faut vraiment être jusqu’au-boutiste pour lancer le plus naturellement du monde « Nom d’un concept suranné et asservissant! », ou « Meuble à vaisselle, mon char veut pas démarrer! »

D’autant que mes fouilles m’ont appris que tout ceci est très sérieux: à une certaine époque, le sacre était carrément le moyen de rejeter l’église et devenir apostat. Concrètement, plusieurs de ces jurons font référence à la profanation d’hosties, de calices, de tabernacles. Sacrilège! A tel point que pour atténuer leur impact, les Québécois ont inventé des euphémismes, comme par exemple « tabarouette » en lieu et place de « tabarnak ». A l’inverse, dans les pires moments de colère, ils n’hésitent pas à combiner plusieurs sacres entre eux. Il n’est pas rare d’entendre un comptable, à bout de nerf en constatant que son collègue a déplacé sa calculette, crier « Hostie de câlice de saint-sacrament! ».

Il y a de quoi tirer son chapeau devant un art du sacre maitrisé à ce point. Afin de satisfaire aux exigences syntaxiques de chaque jureur, la langue s’adapte: elle transforme les noms en verbe (« on s’en câlice de c’que tu racontes ») ou en adverbe (« il est crissement vulgaire cet article »). C’est beau. C’est riche. C’est vivant.

Plus ça va, plus je me réconcilie avec l’art de l’insulte québécoise, qui ne se limite de toute façon pas aux sacres. J’ai même trouvé un site capable de générer automatiquement des flots entiers de grivoiserie locale à tomber par terre. Consultez-le en cliquant ici. Moi je l’aime, surtout quand il me lance un tonitruant « Va te faire injecter de l’Antiflogestine dans l’urète avec un gun à Mono! ». Ça doit être ça l’intégration.

*Et les chiots répondaient « va te faire foutre, sale racaille! » avant de lui léchouiller le visage et de trotter joyeusement vers la gamelle.

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Le défilé militaire du 14 juillet doit-il être remplacé par une cavalcade babacool? On se demande ce qui serait le plus effrayant pour tous ces terroristes qui cherchent à investir la France. Mais la question a été posée par la candidate Verte aux futures présidentielles Eva Joly. Au lieu de discuter du fond du sujet, le débat s’est tout de suite vautré dans le caniveau, les politiques de tout bord questionnant le patriotisme de l’écologiste à base de « rentre dans ton pays, sale norvégienne » (je caricature à peine). Du haut niveau. Cela donne au moins l’occasion de comparer les budgets Défense de la France et du Canada.

En France, les crédits alloués à la Défense dans le projet de loi de finances 2011 s’élèvent à 37,42 milliards d’euros, soit 13% du budget. C’est la deuxième mission de l’État la plus dotée, après l’Éducation Nationale (la troisième si l’on compte le remboursement de la dette). Des hausses sont prévues pour 2012 et 2013.

Au Canada, la Défense est une compétence exclusivement fédérale. Le budget de la défense s’élève à 21,3 milliards de dollars canadiens,(15,8 milliards d’euros) soit 8,6% des revenus budgétaires du pays. C’est le quatrième plus important domaine de dépense du gouvernement, après l’assurance-emploi et les pensions de vieillesse, le paiement de transfert aux provinces et le service de la dette. Depuis 2010, afin d’enrayer rapidement la dette, le gouvernement Harper s’est engagé à freiner la hausse du budget de l’armée. Cela permettra de réaliser, selon les prévisions fédérales, 1,6 milliard de dollars d’économies d’ici 2013‑2014.

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Le soccer, c’est un sport pour les gamins et les gonzesses.

Bon, si je m’arrête là, mon futur débarquement au Québec devrait inévitablement se solder par un accueil musclé de la part de toutes les associations féministes locales. A moins que des gangs de supporters français, dont la finesse d’esprit n’est plus à démontrer, me transforment en soupe avant le décollage. J’ai donc intérêt à développer, d’autant que je respecte les féministes.

Je dis ça parce que c’est comme ça qu’est perçu le soccer en Amérique du Nord. Je dis ça aussi parce que l’occasion s’y prête: le 30 juin dernier, le Canada et la France se sont tirées la bourre lors du mondial féminin de futebol (quand on parle soccer, il faut écrire un mot en brésilien. C’est comme ça, sinon vous n’êtes pas sérieux. Les clichés ont la vie dure dans ce sport, mais vous n’êtes pas obligé de danser la samba devant votre ordinateur). Cela a quelque peu surpris les experts, mais les Françaises n’ont fait qu’une bouchée des Canadiennes, 4-0.

En fait, rien de plus normal: en France, ce sport injuste où dominer l’adversaire ne veut rien dire, ou marquer un but relève du coup de chance (déviation hasardeuse, frappe dévissée…), ce jeu à base de simulations, de non respect des règles et de l’arbitre, encourageant les supporters à faire de même… ce sport donc, est roi.

Il est certes largement plus pratiqué par les p’tits gars: 2 millions de footballeurs français contre à peine 55,000 footballeuses. Le vivier pour développer du haut niveau n’est donc pas bien gros.

Malgré tout, la France a la « culture » soccer. Tout le monde sait vaguement à quoi ressemble un match de foot. Et n’importe quel sportif dans l’âme connaît le rôle d’un latéral défensif ou d’un milieu offensif. Ca aide pour démarrer. Et même si la médiatisation de l’équipe nationale féminine est bien moindre que celle des hommes, la situation pour les Bleues est idéale actuellement. Les téléspectateurs français ont bien du mal à oublier le désastre moral et sportif offert par l’équipe de France masculine en Afrique du Sud l’été dernier. Aussi, le fan moyen de sport tricolore a tendance, depuis un an, à tomber amoureux au moindre exploit un peu frais, porté par d’illustres inconnus dont les journaux s’empressent de montrer la simplicité et le goût de l’effort. Avec toujours, en sourdine, cette comparaison avec l’équipe de France masculine de foot:  « z’avez vu ces p’tits gars, eux au moins ils en veulent, ils sont pas gâtés-pourris comme les footeux millionnaires de l’équipe de France ».

Donc c’était pas de chance pour les joueuses de soccer du Canada: leurs adversaires françaises étaient en plus portées par un élan populaire. Un élan modeste certes, néanmoins largement au-dessus de ce qu’elles ont jamais pu obtenir jusqu’à présent. Les Bleues (et les nageurs français, et Christophe Lemaître…) peuvent dire merci à la grève du bus.

Les Canadiennes, plutôt ambitieuses au moment d’aborder le mondial féminin, peuvent d’autant plus se vexer de leur prestation qu’elles sont plutôt nombreuses à pratiquer la discipline. Le pays compte en effet plus de 377,000 joueuses (contre 500,000 joueurs environ). 7 fois plus qu’en France! Un sport de gonzesses je vous dis. Aïe, ne me tapez pas! Ce n’est pas ma faute si les filles représentent plus de 43% des joueurs au Canada, et près de 30% aux États-Unis, le pays des championnes du monde (qui compte carrément 5 millions de pratiquantes!).

Et puis, je charrie, mais soyons honnêtes: au Canada, le soccer attire surtout les enfants. Là-bas, 85% des footballeurs ont moins de 19 ans, 82% n’ont pas 17 ans. Bah oui, le ballon rond, c’est super pour les petiots. C’est tout bête, ça apprend la motricité, tout ça. Mais bon, en grandissant on finit par passer à des disciplines plus sérieuses, comme le hockey ou le football (le vrai, l’américain). Les 15% qui continuent à leur majorité sont, je ne sais pas moi, de grands enfants.

En France par contre, c’est dramatique, trop de sportifs continuent dans cette voie. En décortiquant les chiffres des licences 2010, on réalise avec effroi que 44% des joueurs amateurs sont majeurs et vaccinés (soit, selon mes habiles calculs, plus de 756 000 personnes!). Et le gouvernement ne fait rien, c’est un scandale. Résultat: on aboutit invariablement à des accidents du type Anelka ou Ribery, qui jouent encore au stade anal.

Bref, si la France a perdu 45-10 contre le Canada lors de la Coupe du Monde de football américain le 9 juillet dernier, c’est entièrement la faute des joueurs de soccer. Il est grand temps que nos sportifs quittent leurs parcs à jouets, laissent tomber les balles rebondissantes, et envisagent le plaquage et la passe vers l’avant comme la seule alternative sportive valable, à partir du moment où on sait faire pipi tout seul. Sinon on leur piquera leur goûter, ils feront moins les malins.

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Une différence entre le Québec et la France? Environ 99% des Québécois vont rigoler là-dessus, environ 99% des Français n’y comprendront rien…

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