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Note: ceci est le premier d’une série de récits regroupés dans la rubrique Nouvelle-France. Ils racontent ce temps ou l’Amérique était française, une époque aussi fascinante que négligée des cours d’histoire. Le Québec puise ses racines et son héritage francophone dans cette période. Vous découvrirez des personnages extraordinaires, des anecdotes invraisemblables et de grands moments d’Histoire, tirés d’une époque où le rêve américain se conjuguait en français. Mais pour commencer, voici un petit tour d’horizon, brossé à grand trait, histoire de planter le décor.

Au XVIe siècle, bien avant les Britanniques, les Français accostèrent en Amérique du Nord avec l’objectif d’implanter des colonies durables au sein du Nouveau Monde. Jacques Cartier fut l’explorateur qui, en 1534, fit progresser ses navires dans le Golfe du Saint-Laurent, le fleuve qui longe les villes actuelles de Québec et Montréal. Il partit de Saint-Malo le 20 avril et aborda les côtes de Terre-Neuve le 10 mai. Il traversa l’estuaire du Saint-Laurent puis débarqua enfin au Labrador. Ce qu’il y vit avait de quoi faire tourner la tête. Sous ses yeux, se dressait un nouvel horizon, immense et sauvage, de vastes étendues de terre et de forêt qui ne demandaient qu’à être explorées. Cartier prit possession du territoire au nom du roi de France et la nomma « Canada », du mot iroquois Kanata qui signifie village.

Une rencontre pacifique

Cette expédition allait permettre à ses compatriotes d’embarquer vers le rêve américain français dès la fin du XVIe siècle. Pour eux, cette aventure représentait l’espoir de conquérir une liberté nouvelle, bâtir une société meilleure, sur une nouvelle terre. Certains saisirent aussi la chance de laisser leurs erreurs derrière eux: on comptait parmi les colons quelques délinquants venus effacer leur ardoise…
Mais les bonnes volontés furent mises à rude épreuve. Le climat, épouvantable et particulièrement glacial, en refroidit plus d’un. Les deux tiers des colons repartirent après leur premier hiver. La maladie et les raids indiens firent eux aussi des dégâts. Les durs à cuire, ceux qui décidèrent de rester au pays, furent appelés les Canadiens. Robustes, coriaces et déterminés, ces habitants durent se suffire à eux-mêmes en produisant leurs propres denrées.

Au début du XVIIe siècle, avec les premières expéditions de Samuel Champlain, les colons français entrèrent en contact avec les tribus autochtones. Les Français

établirent des rapports cordiaux avec eux. Ce fait est à souligner. Deux peuples qui ne s’étaient jamais vu et aux cultures on ne peut plus opposées se rencontrèrent, et plutôt que la guerre, ils choisirent la paix: instant unique dans l’Histoire des Amériques et des Hommes. Il faut dire qu’il n’était nullement dans les intentions des colons de guerroyer: le Roi de France misait avant tout sur les richesses du commerce de fourrure. De plus, les Français étaient peu nombreux, et leurs colonies de taille modeste. Les premières d’entre elles ne dépassaient pas la soixantaine d’individus. Les Amérindiens ne se sentirent jamais envahis ni menacés par leur présence. Au milieu du XVIIIe siècle, à peine 65 000 colons étaient installés en Amérique du Nord, et 85% d’entre eux étaient établis le long des berges du Saint-Laurent.

Les Français s’allièrent avec les Micmacs, les Abénaquis, les Algonquins, les Montagnais et les Hurons. Samuel de Champlain participa à la protection de la colonie contre les Iroquois, devenus les ennemis des Hurons et des Algonquins.

À la découverte des grands espaces

Français et Amérindiens trouvèrent plusieurs terrains d’entente. La traite de la fourrure fut le premier d’entre eux. En 1608, Champlain fonda un comptoir permanent qui deviendra la ville du Québec, s’imposant comme la capitale de la Nouvelle-France.

Les alliances franco-amérindiennes furent également l’occasion d’échanger les savoirs. Les Français offrirent des mousquets, des haches, des couteaux, des couvertures, du whisky et des casseroles. Les Amérindiens furent impressionnés par leurs immenses navires. Les Natifs, eux, enseignèrent aux Français la vie en Amérique. Ils leur montrèrent comment survivre aux rudes conditions climatiques. Ils leur apprirent à chasser les animaux du pays. Ils leur révélèrent le secret des herbes médicinales locales, indispensables pour survivre à la maladie, mais aussi lutter contre les nuées de moustiques. À cet effet, ils utilisaient des plantes telles les feuilles de laurier et la sanguinaire, ainsi que les graisses animales et même de l’huile de poisson.

Des Français finirent par vivre au milieu des tribus indiennes et adoptèrent leurs coutumes. Ils devinrent ceux que l’on appelait « coureurs des bois », une spécificité française.

Guidés par les Natifs, les colons parvinrent  à cartographier une très large partie de l’Amérique du Nord. Pendant 150 ans, ils sillonnèrent le continent au fil de l’eau, à l’aide du canoë d’écorce de bouleau, glissant avec célérité à travers les Grands Lacs et leurs affluents. En quête d’autres tribus avec qui commercer, ces groupes d’aventuriers descendirent jusqu’en Louisiane. Ils élargirent les limites de la Nouvelle-France sur une bande qui traversait le continent depuis le nord du Canada jusqu’au sud des Etats-Unis. La colonisation du pays se fit avec la bienveillance des tribus autochtones, qui contrôlaient les territoires au nom des alliances passées avec les Français. La notion de propriété du territoire leur était complètement étrangère, ce qui expliquait également leur attitude avenante vis-à-vis des colons.

Indiana, Dakota, Illinois, Ohio…
Aujourd’hui, une trentaine d’États américains ont des noms d’origine indienne (Dakota, Nevada, Nebraska, Colorado…). Il s’agit de territoires traversés par les Français, qui apprirent le nom que les Indiens donnaient à ces régions. Ils maintinrent les noms indiens et, plus tard, ces noms furent conservés au moment de créer les états d’Amérique.

Une nouvelle société

Livrés à eux-mêmes, les Canadiens bâtirent une société neuve où les compétences de chacun furent mises à contribution. Cette société favorisait les corps de métier locaux. Outre les marchands, négociants ou paysans, on trouvait de nombreux corps d’artisans. Les maçons, tailleurs de pierre,  menuisiers et autres charpentiers formaient le plus gros contingent de la colonie. Ils participaient à la construction des édifices publics aussi bien que des fortifications, des moulins, des barques et des résidences des particuliers. Quant aux multiples pièces de mobilier qui assuraient le bien-être matériel des habitants, elles étaient l’œuvre des menuisiers. À ce groupe, il fallait ajouter les forgerons, spécialistes du fer, et les tonneliers dont la pratique était assez lucrative. Ils confectionnaient les principaux contenants de l’époque, les barils et les tonneaux utilisés pour conserver et transporter les marchandises, tels que l’alcool, l’huile, le poisson, la farine et les pois.

Au fil du temps, apparut une petite bourgeoisie coloniale qui stimulait la production de biens et de services locaux. De cette manière, les capitaux n’étaient pas drainés vers la métropole : en achetant les produits locaux, les colons favorisaient leur propre enrichissement.

Au XVIIIe siècle, la population de la Nouvelle-France avait réussi son pari. Les gens refaisaient leur vie et la société vivait dans un certain confort matériel. Bon nombre d’artisans étaient propriétaires de leur maison: 50% à Québec et 70% à Montréal. Il existait néanmoins des différences notables quant à l’ampleur des fortunes. Les métiers du fer permettaient généralement de bien vivre et, à Québec comme à Montréal, les forgerons étaient les plus fortunés des artisans. Tonneliers, maçons, tanneurs, cordonniers et menuisiers s’en tiraient également bien. Les métiers reliés à l’habillement   tailleurs d’habits, couturières, perruquiers et cordonniers   étaient les moins lucratifs. À Québec en particulier, ces artisans peinaient à vivre de leur seul métier. Bon nombre durent trouver une deuxième activité. Certains se firent aubergistes à temps perdu, en réservant une ou deux chambres de leur maison aux voyageurs. Les véritables tavernes, elles, popularisèrent le billard, et proposaient également des jeux de dés ou de cartes. Dans l’ensemble, sur le plan matériel, la vie des habitants de la Nouvelle-France semblait meilleure que celle de leurs compatriotes en métropole.

Tout n’était pas si simple cependant. Dès le XVIIe, la venue d’Anglais prêts à conquérir l’Amérique par les armes introduisit la guerre inter-coloniale dans le quotidien. De 1629 à 1632, les Britanniques occupèrent la ville de Québec et l’Acadie (rebaptisée Nouvelle-Écosse).

Le rêve de la Nouvelle-France prit fin avec la guerre de Sept Ans: de 1756 à 1763, l’Empire Britannique ravit l’Amérique du Nord à la France. L’autonomie des colons finit par se retourner contre eux: le Roi Louis XV estimait la valeur du Canada à l’aune des bénéfices destinés à la métropole. Il ne jugea pas rentable d’employer de lourds moyens militaires pour le protéger des Anglais. C’est ainsi que la Couronne de France abandonna le Québec. La devise actuelle de la Belle Province, « je me souviens », fait peut-être autant référence à ses racines françaises qu’à cet abandon de la mère-patrie de l’époque…

Dernières nouvelles du Plan Nord, ce vaste projet gouvernemental qui vise à exploiter et développer une région quasiment désertée du Québec, grande comme 2 fois la France, riche en or, diamant, fer, zinc et autres ressources. Le projet ne se limite pas d’ailleurs au seul territoire du Nord du Québec et demeure source de débats, de nombreuses questions restant en suspens quant à sa mise en place.

Le Premier Ministre Jean Charest a multiplié les rencontres et conférences de presse depuis le début de l’année pour promouvoir son Plan Nord. Il sillonne le monde entier depuis des mois pour attirer des investisseurs et autres exploitants miniers en quête d’or, de diamant ou de zinc. La promotion ne cessera sans doute jamais, mais en ce moment, le gouvernement doit également faire adopter plusieurs textes législatifs lié au projet. Trois projets de loi sont débattus en ce moment au parlement, mais aussi sur la place publique. Il s’agit de la réforme de la Loi sur les mines (PL14), la création de la Société du Plan Nord (PL27) et le projet de loi à venir sur la protection de 50% du territoire au nord du 48e parallèle.

En ce qui concerne la réforme de la Loi sur les Mines, certains trouvent que le texte en fait en a trop, d’autres pas assez. L’opposition habituelle du Plan Nord critique ce projet de loi car il ne prévoit pas de nouvelle hausse des redevances et ne contraint pas les sociétés minières à transformer la ressource en sol québécois. Or, ces opérations de transformation représentent une forte source d’emploi.

Mais ce texte dispose d’un point récemment controversé au sein même des partisans du Plan Nord, qui craignent de le voir brider, voire empêcher certains chantiers. L’article 91 donne autorité aux municipalités pour interdire l’activité minière sur certaines parties de leur territoire. Ce texte vise forcément à rassurer les populations craintives pour l’exploitation excessive du territoire, notamment dans le Sud, où l’opposition à l’exploration des sous-sols à la recherche de gaz de schiste reste forte. Un gage de bonne volonté de Jean Charest, souvent taxé de n’entrevoir avec son projet que la logique de profit sans tenir compte suffisamment des enjeux écologiques. Du coup, la grogne vient de son camp: Daniel Bernard, un libéral issu de la propre majorité de Charest, défend un amendement qui limiterait l’application de l’article 91 au Sud du 47e parallèle. Si tel était le cas, les municipalités situées dans les régions de l’Abitibi, la Côte-Nord et le Nord-du-Québec n’auraient donc pas voix au chapitre. Motif invoqué par Daniel Bernard pour justifier cette proposition: la crainte de voir des mannes économiques rejetées par les communes, pour des considérations… non économiques. Daniel Bernard « éviter les abus et les situations où les entreprises seraient prises en otages ». Le mythe de l’éco-terroriste, si vague en France, n’est jamais bien loin de ce côté-ci de l’Atlantique…

La Société du Plan Nord aura pour mandat, comme annoncé, de coordonner les décisions d’investissement dans la région. C’est l’une des gageures de Charest: stimuler les investisseurs, mais ne pas ouvrir les portes pour un pillage du Québec par des mercenaires qui s’en repartiront une fois les poches pleines, sans que les Québécois ne profitent de leurs ressources. Toutefois, lundi dernier, afin de vanter le dynamisme et l’enthousiasme que suscite le Plan Nord dans le monde entier, Jean Charest déclarait: « On l’avoue candidement, c’est allé plus vite que ce que nous avions anticipé. Pourquoi? Parce qu’il y a des choses que nous ne contrôlons pas. Il y a des compagnies qui ont décidé d’aller plus vite pour aller se chercher des parts de marché et qui ont décidé de peser sur l’accélérateur pour développer leurs projets ». On peut se demander, du coup, l’impact de la société du Plan Nord, puisque tout est déjà en route, voire hors de contrôle.

La protection de 50% du territoire au nord du 48e parallèle se fera progressivement. Jean Charest s’est engagé, le 5 février dernier, à convertir 20% du territoire du Grand Nord en aires protégées d’ici 2020 et à empêcher toute activité industrielle dans un autre 30% de la région d’ici 2035. Près de 600 000 kilomètres carrés au nord du 49e parallèle, soit l’équivalent du territoire de la France, seront donc exempts de développement industriel dans le cadre du Plan Nord. La mesure a finalement été saluée par les groupes environnementaux, puisqu’il s’agit d’un progrès par rapport aux précédentes déclarations. Le gouvernement a accepté d’élargir les zones de conservation de 12% à 20% après une tournée de consultation publique menée l’automne dernier. Cependant, seule 12% de la forêt boréale sera protégée de l’exploitation forestière. Et les écologistes se demandent, évidemment, comment seront choisies les zones sauvegardées.  « Il faut toujours se demander ce qu’on veut protéger. Est-ce qu’on va réellement protéger ce qui est menacé ou est-ce qu’on va faire une ligne sur une carte pour protéger un endroit qui, de toute façon, n’aurait pas été développé dans les prochaines décennies? », s’interroge Nicolas Mainville, biologiste et responsable de la campagne Forêts chez Greenpeace. « Nous voulons faire du Plan Nord un grand exemple de développement durable », a répondu Jean Charest, qui martèle ce message depuis le début.

Le Super Bowl, la grande finale du championnat de foot américain pro aux États-Unis, qui a eu lieu dimanche dernier, est aussi l’occasion de voir les réclames les plus attendues de l’année dans le pays. Celle que vous pouvez voir dans la vidéo ci-dessus a estomaqué tous les téléspectateurs, au point de causer une certaine polémique. Officiellement, il s’agit d’une publicité visant à vendre des voitures Chrysler. Mais son message, diffusé à la mi-temps du match, est plus global: « It’s halftime in America », « c’est la mi-temps aux États-Unis » (n’oublions pas que pour les Américains, l’Amérique se résume aux États-Unis).

La voix rocailleuse de Clint Eastwood évoque les difficultés actuelles du pays, notamment économiques, mais aussi la mentalité américaine, qui consiste à lutter, se battre jusqu’au bout, pour les valeurs US. Il illustre cette mentalité avec le sauvetage de Chrysler justement. Le fabricant d’automobile a échappé à la faillite grâce aux financements venus des administrations Bush (4 milliards) et Obama (8,5 milliards). Le happy-end est donc toujours possible, résume Eastwood avec émotion. Il invite le peuple américain à se relever, se battre, et sortir de la crise avec fierté, uni autour d’un objectif commun. Le parallèle avec le challenge d’une équipe de football justifie sans doute la place de cette vidéo à la mi-temps du Super Bowl.

Ce message se veut donc très patriotique, et, somme toute, très américain. Pourtant, malgré son aspect fédérateur, il fait polémique. Les Républicains y voient une allégorie du mandat de Barack Obama. En annonçant « c’est la mi-temps », Clint Eastwood impliquerait que le président démocrate devrait être réélu en novembre prochain. Bref, pour les Républicains, il s’agirait bien d’une réclame pour l’administration Obama, et ils ne sont pas contents vu qu’ils en auraient préféré une en leur faveur. Karl Rove, l’ancien « cerveau » de l’administration Bush, l’a clairement fait savoir.

Il est effectivement facile de voir dans ce petit film une incitation à la réélection de Barack Obama. Ce serait tout de même étonnant. Clint Eastwood a toujours voté Républicain aux présidentielles. Il  a même donné 2300 dollars pour financer la campagne de John McCain contre Obama en 2008. L’acteur et réalisateur a d’ailleurs précisé le lendemain du Super Bowl: « Je ne suis certainement pas affilié politiquement à Monsieur Obama. Ce message évoquait la croissance de l’emploi et l’état d’esprit des Etats-Unis. Je crois que les hommes politiques de tous bords seraient en accord avec ce message. »

Mouais. Vu le niveau actuel des primaires Républicaines, on comprendrait qu’il décide de changer de camp…

« Les Français ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux. »

« L’accroissement du nombre de fidèles musulmans et un certain nombre de comportements posent problème. »

« Les deux tiers des échecs scolaires, c’est l’échec d’enfants d’immigrés. »

« 2 % de la délinquance sont le fait de Roumains ».

« Il y a une immigration comorienne qui est la cause de beaucoup de violences ».

Ce florilège de citations, digne des plus hautes envolées du café du commerce, sort tout droit de la bouche venimeuse d’un ministre. Un ministre oui, en France un homme capable de telles sorties est devenu ministre. Il s’agit du ministre l’intérieur Claude Guéant. Il a encore fait parler de lui le 4 février dernier, en déballant un nouvel extrait de sa réflexion: « Toutes les civilisations ne se valent pas. » Il faisait bien sûr allusion aux Musulmans. Encore. Le président Sarkozy l’a d’ailleurs défendu en précisant, pour ceux qui n’avaient pas compris: « Le ministre de l’Intérieur a dit qu’une civilisation, un régime, une société qui n’accordaient pas la même place et les mêmes droits à des hommes et à des femmes, ça n’avait pas la même valeur. C’est du bon sens ». Quel est le but de tout ça? Prouver qu’à l’UMP on imite très bien l’extrême droite? C’est réussi. Encore une agression. Encore une phrase qu’on imaginerait bien sortie de la bouche d’un aryen convaincu  avec des gesticulations hystériques et la mèche de cheveux qui pendouille. Encore une phrase qui va générer des débats stériles et haineux à base de « quelle honte, c’est du racisme » contre « je ne suis pas raciste mais là il a raison ». Et pendant ce temps, on évite de parler d’autre chose. Bref, encore une phrase que Guéant aurait mieux fait de garder dans sa bouche de (je n’en reviens toujours pas) ministre. Ce type est ministre!!

Guéant a au moins le mérite de la constance. Depuis son arrivée au ministère il y a un an, le haut fonctionnaire a mis tout son génie à l’œuvre pour enchaîner les incitations à la haine aussi honteuses qu’incroyables pour un ministre (un ministre!!!). Son objectif est manifestement de maintenir le pays dans un niveau de débat en-dessous du caniveau. Je n’ai cité qu’un échantillon de ses déclarations hein, j’en passe et des meilleures. Tous les moyens sont bons pour maintenir le racisme et la haine au cœur du débat national – c’est tellement pratique pour éviter de parler emploi ou argent! Guéant n’hésite jamais à inventer des chiffres ou des statistiques pour appuyer ses phrases nauséabondes. L’INSEE lui-même (l’institution de la statistique en France), qui ne commente jamais les affaires politiques, a contesté la phrase sur l’échec scolaire.

Guéant est peut-être un amateur de première. Un type plus naïf que Forrest Gump, qui ne réalise même pas l’énormité de ce qu’il dit ni les répercussions que cela peut avoir. Car s’acharner à ce point dans l’incitation à la haine, alors qu’une campagne présidentielle se profile et que le pays en crise a besoin de mobiliser ses ressources, cela relève de la crétinerie bornée! Je ne parle même pas du fond de ses citations: on peut parler de la violence, on peut parler de l’immigration, on peut parler de la place de la religion dans les services publics; mais quand on est ministre (ministre!!!), on ne fait pas de lamentables raccourcis démagogiques tout juste bons à draguer l’électorat d’extrême droite! Le pire est de voir l’UMP lui emboîter le pas, en qualifiant tout contestataire de « bobo moralisateur ». Ouais, de grosse pédale, tout le monde sait que c’est ce qu’ils ont envie de cracher. Ça transpire, c’est le style de la maison. En même temps, lorsque le député de la Martinique Serge Letchimy joue sur le terrain UMP du parler-cru et déclare que les propos de Guéant rappellent « jour après jour à ces idéologies européennes qui ont donné naissance aux camps de concentration » et le « régime nazi », que font les membres du gouvernement? Ils quittent l’Assemblée, tels des bobos moralisateurs dont les oreilles délicates auraient été choquées! Le franc-parler n’est plus de mise lorsque l’agresseur devient agressé…

Pourtant, s’il faut chercher les hommes politiques qui ont prononcé ce genre de phrase, on finira vite par tomber sur Adolf Hitler. Ben oui, il faut appeler un chat un chat. Vous voulez une traduction de son livre pour en juger? Vous voulez lire du Mein Kampf pour comparer? En voici quelques extraits:

« Un peuple n’est pas identique à un autre peuple et, à l’intérieur d’une communauté, une tête ne peut pas non plus être identique à une autre tête. Admettre ce postulat incite d’abord, sans chercher de finesses, à favoriser dans la communauté les éléments reconnus supérieurs, et à s’occuper d’accroître particulièrement leur nombre. »

« Celui qui nie la différence entre les races, en ce qui concerne leur aptitude à engendrer des civilisations, est forcé de se tromper aussi quand il juge les individus. Accepter l’égalité des races entraîne à juger pareillement les peuples et les hommes. »

C’est Mein Kampf hein, pas les extraits du dernier discours de Claude Guéant, précisons. Et pourtant, les membres de l’UMP ont joué les vierges effarouchées en entendant le mot « nazi ». Ce genre de réaction me laisse penser que Guéant n’est pas un amateur. Juste un instrument de la politique de sabordage de l’UMP. L’élection semble perdue d’avance pour le parti de Sarkozy, il faut croire que le but des politicards qui dirigent le navire se résume désormais à emporter un maximum de victimes avec eux. Dans ce cas, c’est sûr, le cynique Guéant se pose en capitaine de vaisseau.

Super Bouffe XLVI

En ce dimanche 5 février de l’an de grâce 2012, l’heure est à la grand messe: c’est l’heure du Super Bowl! La finale du championnat de football américain pro des États-Unis, un évènement plus grand que la coupe du monde des jeux olympiques et la deuxième guerre mondiale réunis. Un show où les Patriots de la Nouvelle-Angleterre affronteront les Giants de New-York, et ou Madonna tentera de ne pas perdre sa petite culotte durant le concert de la mi-temps. Mais pour des millions (des miyards!) de téléspectateurs du monde entier, c’est surtout l’occasion de se taper la bouffe de l’année. Alors ici, on ne parle pas de haute gastronomie: les nachos rivalisent avec les burgers et autres côtes levées de porc marinées au barbecue. La grande innovation de l’année, celle qui fait un tabac dans les rues de Los Angeles, c’est le cupcake couronné d’une aile de poulet. Un objet culte outre-Atlantique qui fera manger leur chapeau à tous les Paul Bocuse de la terre.

Certains ne se privent pas toutefois pour donner à cette rusticité culinaire un aspect esthétique. Voici donc quelques oeuvres de fans absolus, qui n’ont rien trouvé de mieux que de reconstituer le stade de leur équipe préférée avec des toasts et des chips. Only in USA…

 

 

PS: I believe in Eli!

Montréal la nuit, c’est beau. Le côté « ville américaine » ressort, mais son caractère latin s’exprime aussi par l’ambiance, le sens de la fête. C’est ce qui la rend unique en Amérique du Nord.

http://dai.ly/xo49cs

La plupart des images du clip ne sont pas de moi. J’avais juste envie de rendre hommage à cette belle ville, après l’avoir un peu arpentée et succombé à ses charmes. Je voulais aussi montrer aux lecteurs qui ne la connaissent pas à quel point elle est attirante et singulière. Il y a tant de choses à montrer encore… Par exemple, l’architecture foutraque, qui illustre complètement l’histoire de la ville, avec une triple influence française, britannique et américaine, toutes époques confondues… Il faudra du temps pour faire le tour de tout ça.

Photo: La Presse Canadienne /Darryl Dyck

On a du mal, quand on est Européens, à se faire une idée exacte du statut des Indiens en Amérique du Nord. On sait vaguement qu’ils sont parqués dans des réserves aux États-Unis, mais sans trop savoir de quoi il retourne exactement. Le cas du Canada n’est pas connu, car les médias européens s’intéressent peu à ce pays, et vont plutôt puiser leurs exemples chez l’oncle Sam. Il n’en est pas moins singulier. Le statut des Indiens y fait l’objet d’une loi spéciale difficile à concevoir. Surtout vu de France, pays où les valeurs de la République (tous dans le même moule) sont aux antipodes du modèle américain (vive le communautarisme). Cette Loi sur les Indiens correspond ni plus ni moins à un cas de discrimination, collant sur le dos des Indiens un statut à part, flanqué de droits et devoirs spécifiques, régissant par exemple l’occupation de leurs terres. L’Histoire de la création du Canada, terre conquise aux natifs, d’abord cordialement par les Français puis par la force côté Britannique, explique en partie ce traitement particulier. A partir du XIXe siècle, les premiers traités avaient pour objectif d’éliminer tout obstacle susceptible d’entraver la venue de colons, le défrichement des terres arables et le développement des ressources à l’ouest des Grands Lacs. Les Indiens, préoccupés avant tout par la défense de leur mode de vie, se sont pour ainsi dire laissés rouler dans la farine sur tout ce qui concerne la propriété et gestion des territoires, cette notion leur étant complètement étrangère. Le rapport de force a ensuite fait le reste.

Une chose est sûre, aujourd’hui, la relation entre ce statut et la précarité ravageant ces communautés est évidente.

Cet article vise à apporter des précisions à ceux qui veulent en savoir plus sur cette réalité sans équivalent en Europe. Il est très largement fondé sur quelques excellents articles d’Isabelle Monpetit, Jean-Benoît Nadeau, sans oublier les précisions de l’encyclopédie canadienne sur la Loi des Indiens. Quelques précisions pour commencer:

Le contexte démographique: Le Recensement du Canada de 2006 évaluait à 1 172 785 le nombre d’Autochtones au pays, ce qui représentait 3,8% de la population canadienne. Les Indiens de l’Amérique du Nord constituaient le plus important des trois groupes autochtones (698 025 personnes), venait ensuite le groupe des Métis (389 780 personnes), puis celui des Inuits (50 480 personnes). C’est une population jeune: en 2006  l’âge médian était de 27 ans, soit 13 ans de moins que celui de la population canadienne. Elle croît beaucoup plus vite que le reste de la population du Canada en raison du taux de fécondité nettement plus élevé des femmes. Majoritairement regroupés dans les régions de l’Ouest et de l’Ontario (contre à peine 110.000 au Québec), 54 % des Autochtones vivent dans une région urbaine. C’est également une population précaire, ravagée par l’alcoolisme et l’obésité. Source: Ressources humaines et développement des compétences Canada.

Le contexte politique: Une rencontre au sommet organisée par le gouvernement de Stephen Harper et les chefs autochtones du pays a eu lieu ce 24 janvier. L’avenir de la Loi sur les Indiens était au menu. Les deux parties ne se sont pas entendues sur le sort du texte, mais se donnent un an pour repenser le lien économique entre Ottawa et les communautés. Pas de grande annonce donc, mais un climat plus serein que ce que l’on pouvait penser. Il faut dire que ce sommet était déjà un événement en soi, tant les précédents sont rares. Il avait été annoncé dans la foulée de la crise de relations publiques entourant le scandale des logements à Attawapiskat: en novembre dernier, des dizaines de personnes ont été contraintes de dormir dans des tentes, des cabanes en bois non isolées et des roulottes de chantier abandonnées, sans eau potable ni électricité.

Une Loi sur les Indiens assimilatrice

Entre l’arrivée des premiers Européens au XVIe siècle et aujourd’hui, les peuples autochtones sont passés d’alliés des nations occidentales à citoyens de seconde zone. Depuis la création institutionnelle du Canada, en 1867 (hé oui, c’est un jeune pays!), c’est le gouvernement fédéral qui s’est octroyé la responsabilité des questions autochtones. La Loi sur les Indiens est instaurée en 1876 et se nomme alors « Loi sur les Sauvages ». Elle permet au gouvernement de contrôler la majorité des aspects de la vie amérindienne : le statut d’Indien, les terres, les ressources, les testaments, l’éducation, l’administration des bandes, etc. Elle a été plusieurs fois modifiée depuis. Par exemple, en 1971, l’article de la loi mentionnant l’interdiction faite aux Indiens d’acheter ou de vendre de l’alcool a été aboli. Le texte de loi actuel date de 1951, mais ses mesures restent fondées sur la loi coloniale et les Proclamations royales. Depuis les années 70, plusieurs évolutions ont laissé aux bandes une plus grande liberté de réglementation en matière d’alcool et de droit de résidence dans la réserve. On est cependant bien loin de la forme d’autonomie que les Indiens réclament. La plupart des peuples autochtones affirment en effet que leurs droits à l’indépendance et à l’autonomie sont inhérents et collectifs, au nom de ce qu’ils appellent le Droit Ancestral. Ils se revendiquent d’une occupation originelle du territoire canadien (ils étaient là avant les Français et les Britanniques effectivement!) et d’un ordre social antérieur à l’arrivée des Européens.

Une partie de cette loi sur les Indiens régit aussi la vie dans les réserves indiennes. Dans ces territoires, qui demeurent propriétés de la Couronne, Dans les réserves, les Premières Nations forment un peuple d’éternels locataires. Le texte est éloquent à leur sujet: « Sa Majesté détient des réserves à l’usage et au profit des bandes respectives pour lesquelles elles furent mises de côté ». Dans ces réserves, plus de la moitié de la jeunesse est frappée par l’obésité, le diabète et le syndrome d’alcoolisation fœtale.

Précisons que les Inuits et les Métis ne sont pas régis par la loi sur les Indiens.

Dans ses versions antérieures, la Loi sur les Indiens visait clairement à assimiler les Amérindiens. Ainsi, un diplômé universitaire perdait automatiquement son statut d’Indien, de même qu’une femme indienne qui épousait un non-Indien (disposition abrogée en 1985). Certaines pratiques traditionnelles étaient interdites.

Entre 1879 et 1996, des dizaines de milliers d’enfants amérindiens ont fréquenté des pensionnats qui visaient à leur faire oublier leur langue et leur culture, et où ils ont été nombreux à subir des sévices. Au nom des Canadiens, le premier ministre conservateur Stephen Harper a présenté en 2008 des excuses aux peuples autochtones pour cette politique qui visait à « tuer l’Indien au sein de l’enfant ».

Des protections ambigües

Certaines dispositions de la Loi sur les Indiens visent toutefois à protéger les Amérindiens. « Il y a une obligation fiduciaire du gouvernement fédéral et anciennement de la Couronne de protéger les intérêts des Autochtones et des terres autochtones qui ont été réservées à leur usage dans le processus de colonisation, d’affirmation de la Couronne », rappelle l’anthropologue Pierre Trudel, expert des questions autochtones.
Du coup, beaucoup d’Amérindiens ont un rapport contradictoire à la Loi sur les Indiens. D’un côté, ils dénoncent son paternalisme. De l’autre, il leur est difficile de renoncer aux protections qu’elle leur apporte, comme les exemptions de taxes dans les réserves.

Certaines dispositions, a priori protectrices, peuvent pourtant se retourner contre les Indiens. Voici une anecdote, tirée d’un article de Jean Benoît Nadeau « Abolir la loi sur les Indiens? » en 2004:

Lorsque John Paul Murdoch est venu étudier le droit à l’Université McGill, en 1998, sa mère a voulu lui offrir un ordinateur. Comme de nombreux consommateurs, Gertie Murdoch a accepté l’offre de prêt du marchand. Sa solvabilité ne faisait aucun doute. Le prêt a pourtant été refusé. Gertie Murdoch n’a pas eu besoin de demander pourquoi: aucune institution financière n’avance de l’argent aux autochtones qui vivent dans une réserve. Parce que leurs biens ne peuvent être saisis, selon la loi fédérale sur les Indiens. Désolé, le responsable des prêts a proposé que John Paul, qui lui ne vivait plus dans la réserve de Waskaganish, fasse la demande. « Et c’est moi, l’étudiant, qui a eu le prêt, pas ma mère, qui travaillait depuis 20 ans comme administratrice à l’éducation communautaire! » raconte John Paul.

Certaines communautés autochtones ont choisi de s’affranchir de cette loi. Elles ont signé des traités afin de former leur propre gouvernement. D’autres ont préféré adhérer à la Loi sur la gestion des terres des premières nations, adoptée par Ottawa en 1999, tout en restant assujetties à la Loi sur les Indiens. Elles ont ainsi acquis certains pouvoirs sur la gestion des terres de réserve, des ressources et de l’environnement.

Lors de l’assemblée annuelle de 2010 de l’Assemblée des Premières Nations, le chef Shawn Atleo a pour sa part invité Ottawa à abroger la Loi sur les Indiens d’ici cinq ans. Il a proposé de la remplacer par une nouvelle relation qui permettrait de faire avancer les dossiers des revendications territoriales et du partage des ressources.

2 ans plus tard, le chemin est encore long…

Les idées reçues des Canadiens

L’idée que les autochtones seraient des citoyens privilégiés et même qu’ils auraient des droits supérieurs aux autres citoyens vivant sur le territoire du Québec fait maintenant partie des croyances populaires et du discours quotidien. Deux Québécois sur trois pensent que les autochtones ont un niveau de vie aussi bon, voire meilleur, que le Canadien moyen. Des phrases bien enracinées comme « ils ne paient pas de taxes ni d’impôts, ils obtiennent tout gratuitement » font encore partie de la mémoire collective canadienne. C’est fort de café, si l’on prend du recul en considérant que les Indiens se sont fait déposséder de leurs terres par l’Empire colonial et priver de leurs droits en 1876! On ne peut pas se contenter de dire « c’est du passé, vivons avec notre temps », puisque la situation juridique perdure. Les communautés reçoivent des subventions très généreuses, supérieures aux subventions perçues par les municipalités. Oui mais les communautés sont tenues d’assumer tous les services (y compris la santé par exemple, dont les municipalités non-autochtones n’ont pas la responsabilité). Il faudrait y penser avant de pestiférer au nom des « blancs égorgés  qui crachent par le nez ».

Car la réalité de cette population « privilégiée » est tout autre: la Loi sur les Indiens enferme les autochtones dans un régime de tutelle. Qui dit tutelle dit contrainte, dépendance, absence d’autonomie et privation de certains droits et libertés, notamment en  matière testamentaire ou en terme de libre disposition de certains biens personnels. En matière d’accès à la propriété immobilière, il est quasiment impossible pour un Indien dans une réserve de devenir propriétaire de sa maison. Les terrains n’y ont aucune valeur marchande, car ils ne sont transférables qu’à la communauté ou à un autre Amérindien. Et la précarité est partout. En 2007, 58% des jeunes de 15 à 17 ans étaient des consommateurs de drogue et d’alcool. L’obésité touche 52% des enfants, 42% des adolescents, 67% des adultes et 67% des aînés. Le taux de diabète des jeunes est de 15%, il est trois fois plus important que celui du Québec.… Dix pour cent des maisons sont surpeuplées et une sur trois est infestée de moisissures… L’assurance-emploi et l’aide sociale comptent pour 44 % des revenus, ce n’est pas exactement ce qu’on appelle un privilège… Voici un tableau qui compare les statistiques entre les communautés autochtones et les autres (puisque à la différence de la France, les statistiques ethniques sont légales au Canada).

Conclusion

Difficile d’envier la situation des Autochtones à la lecture du dernier tableau. La seule idée qui en ressort, c’est que la Loi sur les Indiens est loin de mettre en place les conditions d’une cohabitation saine et socialement juste. Voilà pourquoi le sommet du 24 janvier dernier, à propos de l’avenir du texte, a attiré l’attention. Et voilà pourquoi on en attend aussi des suites plus concrètes. Les amérindiens ne sont pas les seuls à suivre l’affaire. La précarité des autochtones et leur état de dépendance extrême face aux subventions en tout genre, rappellent à tous les Canadiens ce moment d’Histoire où les ancêtres européens ont posé le pied en terre indienne, puis se sont appropriés leurs terres et ont réduits les habitants en citoyens de seconde classe. Rompre avec ce sentiment de culpabilité que les subventions publiques peinent à cacher, et construire une société plus équitable: c’est tout le défi du Canada moderne.

Pour plus de précisions au sujet des Autochtones, je vous invite à lire le document officiel Mythes et Réalités autochtones. qui émane directement du secrétariat des affaires autochtones du Québec.

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