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Posts Tagged ‘autochtones’

Au Québec, on l’a déjà vu, le Plan Nord est loin de faire l’unanimité. Le rappeur québécois Samian, alias Samuel Tremblay revendique avec fierté ses origines algonquines de par sa mère. Depuis deux semaines, il diffuse en téléchargement libre et gratuit sa plus récente chanson, Plan Nord, qui dénonce la stratégie du gouvernement Charest en matière de gestion des ressources naturelles. Et qui accuse les dirigeants de piller les richesses du territoire sans égard aux conséquences sur l’environnement et les peuples autochtones. Une bonne part de l’argumentation anti Plan Nord se retrouve dans les paroles de ce single, dont les accents hip hop croisent pour le coup les traditions musicales des Natifs.

La chanson est disponible sur la page web de l’artiste.

Paroles:

Le gouvernement a décidé de perdre le Nord
Pour des diamants, de l’argent et de l’or
Il prétend vivre dans un pays libre
Mais ils ignorent que la nature est notre parfait équilibre
Trop de consommation pour des biens matériels
On est en train de perdre le Nord et les enjeux sont réels
Vous profitez de la terre pour vos propres envies
Sans même réaliser qu’elle nous maintient en vie
Vous voulez profiter pour une seule génération
Mais ces terres nourrissent toute une population
Vous voulez déraciner tout le Nord québécois
Mais un jour vous comprendrez que l’argent ne se mange pas…

T’inquiète j’ai compris, c’est une question de business
Vous gouvernez un territoire rempli de richesses
Ne venez surtout pas me faire croire que cette terre vous appartient
C’est plutôt grâce à elle qu’on respire chaque matin
Je représente mon peuple à travers l’art
Et je vous annonce de leur part que le peuple en a marre
Mais on connait vos politiques, des êtres obsédés
Là où y reste un peu d’air frais, vous devez le posséder
Vous faites même basculer notre chaîne alimentaire
Assis bien au chaud sur la colline parlementaire
Vous pensez refaire le monde avec votre projet de loi
Mais un jour vous comprendrez que l’argent ne se mange pas…

J’ai vu sur ces terres les plus belles rivières
Mais à cause de vos mines, les poissons ont le cancer
Nos ressources naturelles s’épuisent rapidement
Tout ça pour aller vivre près des tours de ciment
Les rivières sèchent, les arbres tombent
Les avares se réjouissent, car le dollar monte
Les esclaves de l’argent n’auront rien dans leur tombe
On fait tous des erreurs, mais à leur place j’aurais honte
On sera tous concernés quand la terre sonnera son heure
Je veux juste vous rappeler que vous commettez une grave erreur
Je suis honnête avec vous, votre politique me déçoit
Mais un jour vous comprendrez que l’argent ne se mange pas…

Sur ces terres, il y a des gens remplis de sagesse
Enfermés dans vos réserves prisonniers de vos gestes
Qui protège ce territoire depuis la nuit des temps
Parce qu’on habite ces terres depuis plus de dix mille ans
Avez-vous pensé aux gens qui habitent ces forêts?
Vous avez mal calculé l’impact de votre projet
Cette terre est fragile, sauvage et indemne
Aussi riche et fertile qu’une terre africaine
On ne peut la posséder cette terre nous a élevé
On doit la protéger elle est mère de l’humanité
Le plan nord repose sur une génération
Je m’y oppose au nom de toute la nation!

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Note: ceci est le deuxième d’une série de récits regroupés dans la rubrique Nouvelle-France. Ils racontent ce temps ou l’Amérique était française, une époque aussi fascinante que négligée des cours d’histoire. Le Québec puise ses racines et son héritage francophone dans cette période. Vous découvrirez des personnages extraordinaires, des anecdotes invraisemblables et de grands moments d’Histoire, tirés d’une époque où le rêve américain se conjuguait en français. Ce récit retrace la vie d’Étienne Brûlé, premier Français à avoir vécu parmi les Indiens.

Lorsqu’ils rencontrèrent les Amérindiens en terre canadienne, les Français établirent des rapports cordiaux avec eux. Au point que l’on vit même des colons partir s’installer dans les villages autochtones. Ainsi naquirent les « coureurs des bois », ces Français qui choisirent le monde des Indiens. Ils adoptèrent leurs coutumes, leur langue, leurs vêtements. Les coureurs des bois permirent aux Français de comprendre les Natifs et furent de grands explorateurs.

Étienne Brûlé fut le premier coureur des bois, et son histoire fut tant passionnante que tumultueuse. Il quitta la France en 1608 à l’âge de 16 ans, alors qu’il menait vie à Honfleur. Il embarqua dans le navire de l’explorateur Samuel Champlain en direction de Québec, la nouvelle colonie.

Il arriva au mois de juin à Tadoussac. La traversée de l’Atlantique en bateau, longue de plusieurs mois, relevait de l’épreuve initiatique pour ce jeune homme. Mais rien qui ne put le préparer à ce qu’il vit en débarquant: la violence et la mort. Les Basques espagnols, peu enclins à partager le commerce de la traite et de la pêche en leur territoire, attaquaient férocement les Français. Brûlé ne fut cependant pas inquiété. Un peu plus tard, il découvrit également des danses particulièrement suggestives orchestrées par de jeunes Indiennes. Il ne s’en remit manifestement jamais…

Nouvelle vie

Quelques mois après, un hiver particulièrement rude dévasta la colonie. 16 des 24 hommes de l’expédition Champlain moururent. Étienne Brûlé et son compagnon Nicolas Marsolet survécurent en passant l’hiver en forêt. Ils apprirent à chasser, à se déplacer dans la neige. Ils firent la connaissance de la tribu amérindienne des Montagnais. Brûlé se découvrit un don pour les langues et pu très rapidement communiquer avec eux dans leur propre parler. La langue montagnaise étant une langue algonquienne, Étienne Brûlé s’ouvrit ainsi les portes de l’ensemble des tribus du pays algonquin.

Champlain l’envoya vivre parmi les Hurons en 1610. Enthousiaste, Brûlé revint en parlant couramment l’iroquoïen (Iroquois et Hurons, bien qu’ennemis, parlaient la même langue) et s’habillait comme un Indien. Il était devenu un membre à part entière de la nation de l’Ours. En 1611, il partit à nouveau vivre au pays des les Hurons, une communauté de 40 000 habitants, et y resta quatre ans.

On lui apprit à manœuvrer les canots, à chasser et à utiliser des raquettes. Il pouvait désormais fabriquer des canots en écorce de bouleau, tel qu’enseigné par les Natifs. Brûlé réalisa que le bouleau verruqueux était la ressource la plus importante pour la vie dans les bois. On l’utilisait pour construire et réparer les canots au cours du voyage. On bâtissait des abris avec les branches et l’écorce. L’écorce servait aussi à dessiner des cartes et à rédiger des messages. Au besoin, on pouvait même la manger! Cependant, un repas typique comprenait plutôt du pemmican, de la viande de chevreuil, du maïs et des pois séchés.

Brûlé méritait son sobriquet de coureur des bois à plus d’un titre. C’était un excellent éclaireur. Il participa à plusieurs expéditions, au nom de Champlain pour des négociants de fourrure. Il explora les terres à l’ouest de Québec. Ses périples lui firent découvrir des régions sauvages non-tracées. Il se rendit à la jonction des lacs Érié et Ontario. Il fut le premier Européen à explorer l’actuel État de Pennsylvanie.

Destin tragique

Sa vie prit un tournant plus dramatique en 1616. Au cours d’un voyage, il fut capturé par des Sénécas. Reconnu comme un Français, ennemi de la tribu, il subit d’effroyables tortures. Il s’en tira au prix d’un marché avec la tribu hostile: jouer les intermédiaires auprès des Français. Mais ce terrible épisode lui valut un an de convalescence.

La réputation d’Étienne Brûlé fut ternie quand Samuel de Champlain apprit qu’il travaillait pour les marchands de fourrures. D’explorateur au service de la Couronne, il devint une sorte de VRP, rémunéré pour persuader les tribus d’amener leurs peaux à la traite de tel ou tel marchand. Les missionnaires catholiques lui reprochèrent aussi ses mœurs très libres: ayant totalement adopté les coutumes et la morale des Hurons, Brûlé prit plusieurs femmes Indiennes. Les danses de son adolescence l’avaient bel et bien ensorcelé…

En 1629, quand lorsque les Britanniques s’emparèrent brièvement de Québec, Champlain était persuadé que Brûlé les avaient guidé en personne le long du fleuve Saint-Laurent. Tandis que Champlain retourna en métropole, Brûlé choisit de demeurer en Nouvelle-France au service des frères Kirke, les colonisateurs et négociants britanniques qui avaient pris Québec. Le coureur des bois fut définitivement perçu comme traître. Accusé dans les derniers écrits de Champlain, il ne subit cependant jamais de procès ni n’eut l’occasion de se défendre.

Brûlé repartit vivre chez les siens, les Hurons. Peu de traces de la fin de sa vie subsistent, mais il semble qu’il sombra peu à peu dans l’alcoolisme. Lorsque Champlain revint en Nouvelle-France en 1633, il apprit la nouvelle de sa mise à mort par les Hurons. Le coureur des bois avait été torturé, brûlé, démembré, puis mangé comme un ennemi! La raison de cet ultime châtiment ne fut jamais consignée, pas plus que la date exacte de l’exécution. Avait-t-il commis un geste irréparable pour la société huron? Avait-t-il été tué pour des raisons plus politiques? On ne le saura jamais. Une chose est sûre, Champlain ne manifesta guère de compassion.

Cette fin aussi floue qu’épouvantable met un terme à l’histoire extraordinaire d’Étienne Brûlé, grand explorateur, fin voyageur, surdoué des langues, archétype du métis culturel.

La dangereuse vie des coureurs des bois

Étienne Brûlé fut le premier coureur des bois. D’autres le suivirent. Et si leur vie fut moins atypique, elle n’en était pas moins difficile et jonchée de dangers. Les coureurs des bois se lançaient dans de vastes expéditions au cœur des terres américaines inconnues pour commercer, rapporter de la nourriture et de la fourrure aux colonies françaises. Ils quittaient leur domicile au printemps avec leurs canots remplis à craquer de provisions et de produits à échanger. Ils voyageaient de la rivière des Outaouais au lac Huron. De là, ils ramaient à raison de 12 heures par jour pendant un autre mois pour arriver à destination. Les coureurs des bois parcouraient ainsi des distances considérables, parfois jusqu’à 2 000 kilomètres ou plus de la maison.

Il s’agissait d’un travail dangereux qui impliquait de traverser de vastes étendues de nature hostile. Les coureurs de bois voyageaient donc en groupes. Ils avaient besoin les uns des autres pour manœuvrer les pagaies, établir les abris et guetter les ennemis à la nuit tombée. Ils devaient aussi trouver leur propre nourriture. Tout au long du parcours, ils s’adonnaient à la chasse et à la pêche.

Les coureur de bois devaient souvent faire du portage avec leur canot. Durant l’été, les moustiques et d’autres insectes les incommodaient. Ils devaient accrocher leur nourriture très haut loin de la portée des animaux. L’hiver venu, il fallait se tenir au chaud pendant la nuit. Pour cela, ils creusaient des trous dans la neige et les tapissaient de branches de cèdres. La vie au grand air, dans toute sa réalité!

Pour aller plus loin: une très belle narration radio de l’histoire d’Étienne Brûlé.

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Six mois après son annonce officielle, le Plan Nord peine à obtenir l’adhésion générale. On en a déjà parlé il s’annonce pourtant comme un projet majeur pour la société québécoise, sur les plans économique, social, environnemental. Le Premier Ministre Jean Charest est en tournée mondiale pour en assurer la promotion (et inciter les grosses entreprises à venir investir). J’ai moi-même écrit de fabuleux articles ici et , donc question com’ on ne peut pas faire mieux. Malgré ce dispositif exceptionnel, les populations locales directement concernées ne savent toujours pas de quoi il retourne exactement. Inquiètes de voir de si grandes marelles se dessiner dans leur cour sans permission, elles manifestent en ce moment leur inquiétudes.

A Schefferville, les Innus demandent à être consultés sur le champ. Réal McKenzie, le chef des Innus sur ce territoire, affirme que sa communauté de 850 personnes n’a pas été consultée dans l’élaboration du Plan Nord. « Pas eu un seul téléphone, pas une seule lettre de M. Charest », s’est agacé McKenzie, qui ne veut pas voir la population locale devenir à nouveau les dindons de la farce. Car ce village de la Côte-Nord a déjà connu les promesses du développement économique, suivi de l’abandon pur et simple sitôt le filon tari. La compagnie minière Iron Ore du Canada a longtemps exploité les mines de fer du coin. La ville a d’ailleurs été créée en 1955 pour cette raison, en vertu de la loi sur l’organisation municipale des villages miniers. Au fil de l’exploitation, la population de Schefferville est montée à 5000 habitants – autochtones et allochtones, ce qui n’est pas rien à de telles latitudes. Et puis, en 1982, terminé. Le filon épuisé, Iron Ore se retire. La ville ferme, les infrastructures sont détruites, dont 300 maisons encore habitables. Schefferville a ré-ouvert à la faveur du récent boom minier, mais le village compte 200 habitants à tout casser… et ne veut pas voir cette mésaventure recommencer. « Nous avons la volonté d’être écoutés une fois pour toutes », résume McKenzie, qui entend aussi être écouté par les sociétés minières. « Il n’y aura plus de passe-droits sur mon territoire », avertit le chef.

A Mashteuiatsh, les Innus sont prêts à rejeter le Plan Nord si les doutes subsistent. Ils demandent notamment davantage de garanties au sujet de la protection, annoncée mais floue, de 50% des terres concernées. Même chose en ce qui concerne la protection du caribou forestier, une espère de grande valeur culturelle pour ce peuple. « La poursuite de notre adhésion est indissociable du respect de notre statut de réel partenaire et de la détermination d’engagements clairs et fermes du gouvernement », prévient Florent Bégin, vice-chef aux Affaires extérieures et représentant politique délégué au dossier du Plan Nord.

Face au scepticisme ambiant, Roméo Saganash, le député fédéral néo-démocrate, ex-chef des Cris et ex-négociateur autochtone, est monté au créneau. Le fait d’accueillir un grand nombre de personnes qui ne demeureraient sur le territoire que pour des quarts de travail prolongés ne l’inquiète pas outre mesure. « L’important, c’est que le développement profite aux communautés directement touchées, en termes de contrats, d’emplois et de compensations pour le territoire ». Il avance également que ce plan sera l’opportunité de construire des infrastructures qui bénéficieront durablement aux habitants. A condition que l’expérience Schefferville serve de leçon évidemment.

En outre, « aucune loi ne peut prendre le dessus sur la Convention de la Baie-James », a poursuivi Saganash. Cette convention constitue un règlement général entre le gouvernement du Québec et les représentants des Cris et des Inuits du Nord-du-Québec. Signée en 1975, elle établit un régime de protection de l’environnement et du milieu social, avec en outre un régime d’indemnités de développement économique. Cela dit, vu l’extrême précarité en vigueur dans ces communautés, difficile de rassurer la population en disant « au moins cela ne peut pas être pire ». Ces communautés ne veulent pas maintenir le statu quo, elles veulent un progrès. Pour l’heure, elles voient un gros truc arriver, mais ne savent pas s’il s’agit d’une montagne d’or ou d’autre chose plus malodorant.

Avec ce Plan Nord titanesque, Jean Charest laissera quoi qu’il arrive son nom dans l’Histoire du Québec. Mais pour la section « concours de popularité », ce n’est pas encore ça. Des groupes facebook anti-Plan-Nord fleurissent sur la toile (tel celui-ci, dont un ou une représentant-e a déjà honoré ce blog de quelques commentaires). Un groupe de députés indépendants vient d’exiger la tenue d’une commission parlementaire sur le développement des ressources naturelles et hydroélectriques. La faute à ce qu’ils dénoncent comme une « culture du secret ». Ce manque de transparence interdit à l’ensemble des Québécois, et pas seulement aux autochtones, de se faire une véritable opinion. C’est franchement dommage, au vu de sa nécessité économique, mais aussi de l’opportunité sociale sans précédent qu’il constitue. On n’a pas tous les jours l’occasion de véritablement transformer un pays. A moins que ce ne soit un manque de vision qui rende la communication si délicate? Car on n’est pas sûr que le gouvernement ait lui-même conscience de l’ensemble des enjeux à l’œuvre, notamment en ce qui concerne le développement des territoires à long terme. Il faut espérer que non, car cela ferait drôlement désordre. Quand le professeur attire la foudre sur son château pour donner vie à la créature, mieux vaut qu’il sache quoi faire si la bête se lève, étrangle le majordome et se dirige vers le village juste en bas.

Ceci n’est pas une photo de Jean Charest

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Il y a des signes qui ne trompent pas. Le Parti Libéral Québécois, celui du Premier Ministre Jean Charest, vient de lancer une campagne publicitaire télévisée pour promouvoir son fameux Plan Nord. C’est un signe disais-je, mais un signe de quoi? Comme souvent quand un gouvernement se lance dans la réclame pour vendre son produit, cela veut dire que le sujet est chaud et, surtout, casse-gueule.

J’en avais déjà causé dans un précédent billet, mais rappelons tout de même en quoi consiste ce plan Nord: il s’agit d’un énorme investissement de 80 milliards sur 25 ans, générant 500.000 emplois (petite laine offerte), pour développer une région quasiment désertée du Québec, grande comme 2 fois la France, riche en or, diamant, fer, zinc et autres ressources.

Outre des enjeux économiques évidents, se dressent aussi des enjeux écologiques (quid de la protection de ce poumon vert mondial face au forage et à la déforestation?) et sociaux. Voici les principaux débats du moment.

Les Québécois profiteront-ils de la manne économique? Raymond Bachand, le Ministre des Finances, vient de relever le taux des redevances sur les profits des sociétés minières exploitantes. Au lieu de 12%, ce sera 16% de leurs profits qu’elles devront reverser au Québec. Un minimum pour l’ancien Ministre Jacques Parizeau, qui estime que cette hausse met simplement fin à « une situation scandaleuse ». Selon lui, il faudrait également envisager une participation au capital de ces sociétés. D’autant que c’est également le gouvernement qui paiera l’immense majorité des infrastructures à aménager. Prenons le gigantesque projet de mine de fer du Lac Otelnuk, au Nunavik (je cite cette chronique de Sophie Cousineau): « Avec un investissement estimé à 13 milliards de dollars, ce complexe minier deviendrait le plus important centre de production du Canada, tous métaux confondus. Cette coentreprise du producteur d’acier chinois Wisco (60%) et de la société canadienne Adriana Resources (40%) exige l’aménagement de 815 kilomètres de voies ferroviaires. Il nécessite aussi l’agrandissement du port de Sept-Îles, pour que celui-ci puisse accueillir d’immenses vraquiers chinois. Entre autres! » Bref, si le Québec ne prend pas des mesures pour obtenir du retour sur investissement, le Nord du territoire sera instantanément promu « open bar préféré des sociétés minières ».

Quel sera le modèle de développement social pour le Nord? Les territoires du Nord sont habités par 120.000 habitants (120.000 « âmes », comme on adore l’écrire dans la presse locale en France). Sur une terre grande comme la France et la Belgique, c’est peu. L’invasion de projets miniers sera-t-il l’occasion de créer de nouveaux villages, qui deviendront éventuellement des villes, autour des chantiers? Ou verra-t-on, au contraire, les sociétés embaucher des travailleurs volants, venant 2 mois sur place avant de repartir chez eux pour de larges plages de vacances? Le gouvernement n’a pas encore exprimé sa position au sujet de ce développement sociétal. C’est pourtant une question fondamentale, dont les problématiques s’imposeront d’elles-mêmes. Les travailleurs volants seront confrontés à la difficulté d’une séparation familiale. Dans le cas d’une politique de sédentarisation des travailleurs, il s’agira d’investir afin d’offrir les services nécessaires, afin d’éviter le sentiment d’isolement. Ah oui, et il faudra mettre le paquet sur le chauffage aussi! Cette question du développement est reliée à un deuxième enjeu, plus local:

Dans quelle mesure les populations autochtones seront-elles associées à ce projet? La plupart des 120.000 habitants du Nord du Québec sont issus des 10 nations Amérindiennes et de la nation Inuit. De tout le Québec, ce sont les plus touchées par la misère sociale. Les entreprises seront tenues de jouer le jeu et de les impliquer. Seront-elles forcées, par obligation légale, d’embaucher un certain nombre de locaux? Certainement, vu que le pourcentage de cette discrimination positive est un élément négocié par le gouvernement Charest auprès des populations locales, pour leur faire accepter le Plan Nord. Mais elles en seront également tenues par pragmatisme. Les Autochtones devront être convaincus du bienfait de la présence de sociétés étrangères venant exploiter les ressources naturelles situées sur leur territoire. Leurs réticences paraitraient logiques s’ils ne bénéficiaient pas d’une part du gâteau! Afin d’obtenir un compromis, le 1er Ministre négocie depuis plusieurs mois avec les différentes nations. Au sujet de la part de travail qui leur sera réservée, mais aussi à propos de l’aide financière qui leur sera allouée. Jean Charest ne fait pas l’unanimité: le chef des Innus Raphaël Picard vient d’annoncer qu’il partira en croisade mondiale contre ce plan Nord. Charest lui a proposé 350 millions d’aide, lui en demande carrément 5 milliards (et même 11 milliards en mai dernier!). Je ne connais pas assez l’économie québécoise pour donner raison à l’un ou à l’autre, mais une chose est sûre: là, il y en a un qui essaye d’entuber l’autre.

L’écosystème sera-t-il protégé? Des déclarations fluctuantes du Premier Ministre ont rendu sceptiques, pour ne pas dire hostiles, les écologistes. Jean Charest avait initialement garanti, en février dernier, de protéger 50% de la forêt boréale de toute activité industrielle. Mais il a peiné à dévoiler par la suite des mesures plus concrètes pour réaliser ce projet. Plus tard, en octobre, il est revenu sur sa promesse en admettant que cette protection n’exclurait pas les activités d’exploitation forestière. Bref, tout est encore bien flou, et surtout rien n’est gravé sur le marbre.

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« Les mines du Nord, c’est l’avenir du pays ». Ceci aurait pu être un slogan de la France aux XIXème et XXème siècle, en plein age d’or de l’exploitation des bassins houillers du Nord-Pas-de-Calais et des environs.

Cela pourrait aussi être un slogan pour le Québec, mais de nos jours. Le 1er Ministre de la Province Jean Charest, en tout cas, y croit très fort. Le gouvernement a en effet lancé, en mai dernier, le Plan Nord, qui prévoit pas moins de 80 milliards de dollars canadiens investis dans les 25 prochaines années pour développer ce territoire. 47 milliards seront dédiés aux énergies renouvelables et 33 milliards au développement des infrastructures publiques. De quoi générer, selon le gouvernement, quelques 500 000 emplois durant ce lap de temps (20 000 par an). Gros secteur concerné: l’industrie minière, avec 11 projets différents qui serviront à exploiter des filons de cuivre, nickel, fer, or et diamant.

Vu de France, ce genre de mesure parait gigantesque, mais aussi très « rétro » – pour ne pas dire suranné. Miser sur les exploitations minières, aujourd’hui? L’Hexagone a pour ainsi dire fait deuil de cette industrie le 23 avril 2004, date de la fermeture de la dernière mine de charbon en Moselle.

Mais le territoire français est loin de ressembler au Québec. Compte-tenu de sa démographie et de son développement constant, la France et ses 65 millions de Français sont un peu à l’étroit dans leurs 675 000 km² de terres. Aujourd’hui, c’est bien simple: à part peut-être en montagne, il est impossible de mettre le pied dans un bout de terrain qui ne soit pas administré, exploité, ou qui appartienne déjà à quelqu’un. Pour rester dans le domaine de l’industrie minière, on peut considérer que le pays a fait le tour de ses gisements: rien de neuf à creuser.

Le Québec est bien différent. Avec son million et demi de kilomètres carrés, pour à peine 8 millions d’habitants, le territoire offre encore de nombreuses perspectives et ressources inexploitées. Quand le gouvernement québécois mise sur le Nord, il parle d’un territoire déserté, plus  grand que la France et la Belgique réunis pour 120 000 habitants. De l’or et du diamant? Il y en aura. Une sorte de Far West moderne, en moins chaotique tout de même!

Les perspectives économiques s’annoncent donc réjouissantes. Mais tout n’est pas si simple, et le Plan Nord est loin de faire l’unanimité. Le Parti Québécois (opposition) a critiqué le choix de prioriser l’industrie minière, pollueuse. Les Ecologistes  craignent une « ruée vers l’or » précipitée, sans véritable plan de sauvegarde d’un territoire quasi sacré : ce Nord représente un vaste poumon de nature sauvage, une denrée rare au cœur du monde occidental. Québec s’est pourtant engagé à veiller à la protection de l’environnement. 50% du territoire concerné par la Plan Nord devrait être consacré à des fins autres qu’industrielles, à la protection de l’environnement et à la sauvegarde de la biodiversité. On n’a que la parole de Jean Charest à se mettre sous la dent comme garantie, donc wait and see.

Les critiques se font entendre aussi du côté des peuples autochtones. Les Innus reprochent particulièrement au gouvernement québécois d’avoir pris une initiative de cette envergure sans avoir consulté les communautés qui vivent sur ces terres. « Ce n’est rien de moins que s’approprier notre territoire sans nous consulter, ce qui est contraire à ce que prévoit la Cour suprême », a notamment exprimé Raphaël Picard, chef de Pessamit. Des tractations sont en cours entre le gouvernement et les populations locales qui s’estiment délaissées et ne veulent plus voir le train du développement passer sans s’arrêter chez eux. D’autant que les communautés Inuits et les Cris sont, elles, belles et bien associées au projet.

Car les peuples autochtones voient dans ce plan Nord une sérieuse opportunité de sortir de la misère. Formation, emploi stable, perspectives de carrière… Les entreprises minières apportent ces mots d’espoir sur les territoires qu’ils comptent exploiter. Une entreprise comme New Millenium Iron compte embaucher le tiers de sa main d’œuvre dans la population locale (soit 250 personnes environ dans la région de Schefferville). Jusqu’à présent, les quelques intrusions de l’industrie minière au Nord se faisaient à l’aide d’employés recrutés à Montréal ou Québec, qui travaillent 20 jours sur place avant de rentrer 10 jours chez eux. Cette fois, la donne va changer pour les tribus locales, qui profiteront du développement économique amorcé sur leur territoire. Ce reportage de Monique Durand montre bien tout l’espoir que suscite cette arrivée industrielle massive, un espoir que la précarité sociale actuelle de ces communautés met d’autant plus en perspective.

Pour mieux connaître ce Grand Nord, mythique y compris pour la majorité des Québécois, les carnets de route de la journaliste offrent une magnifique entrée en matière.

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