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Note: ceci est le deuxième d’une série de récits regroupés dans la rubrique Nouvelle-France. Ils racontent ce temps ou l’Amérique était française, une époque aussi fascinante que négligée des cours d’histoire. Le Québec puise ses racines et son héritage francophone dans cette période. Vous découvrirez des personnages extraordinaires, des anecdotes invraisemblables et de grands moments d’Histoire, tirés d’une époque où le rêve américain se conjuguait en français. Ce récit retrace la vie d’Étienne Brûlé, premier Français à avoir vécu parmi les Indiens.

Lorsqu’ils rencontrèrent les Amérindiens en terre canadienne, les Français établirent des rapports cordiaux avec eux. Au point que l’on vit même des colons partir s’installer dans les villages autochtones. Ainsi naquirent les « coureurs des bois », ces Français qui choisirent le monde des Indiens. Ils adoptèrent leurs coutumes, leur langue, leurs vêtements. Les coureurs des bois permirent aux Français de comprendre les Natifs et furent de grands explorateurs.

Étienne Brûlé fut le premier coureur des bois, et son histoire fut tant passionnante que tumultueuse. Il quitta la France en 1608 à l’âge de 16 ans, alors qu’il menait vie à Honfleur. Il embarqua dans le navire de l’explorateur Samuel Champlain en direction de Québec, la nouvelle colonie.

Il arriva au mois de juin à Tadoussac. La traversée de l’Atlantique en bateau, longue de plusieurs mois, relevait de l’épreuve initiatique pour ce jeune homme. Mais rien qui ne put le préparer à ce qu’il vit en débarquant: la violence et la mort. Les Basques espagnols, peu enclins à partager le commerce de la traite et de la pêche en leur territoire, attaquaient férocement les Français. Brûlé ne fut cependant pas inquiété. Un peu plus tard, il découvrit également des danses particulièrement suggestives orchestrées par de jeunes Indiennes. Il ne s’en remit manifestement jamais…

Nouvelle vie

Quelques mois après, un hiver particulièrement rude dévasta la colonie. 16 des 24 hommes de l’expédition Champlain moururent. Étienne Brûlé et son compagnon Nicolas Marsolet survécurent en passant l’hiver en forêt. Ils apprirent à chasser, à se déplacer dans la neige. Ils firent la connaissance de la tribu amérindienne des Montagnais. Brûlé se découvrit un don pour les langues et pu très rapidement communiquer avec eux dans leur propre parler. La langue montagnaise étant une langue algonquienne, Étienne Brûlé s’ouvrit ainsi les portes de l’ensemble des tribus du pays algonquin.

Champlain l’envoya vivre parmi les Hurons en 1610. Enthousiaste, Brûlé revint en parlant couramment l’iroquoïen (Iroquois et Hurons, bien qu’ennemis, parlaient la même langue) et s’habillait comme un Indien. Il était devenu un membre à part entière de la nation de l’Ours. En 1611, il partit à nouveau vivre au pays des les Hurons, une communauté de 40 000 habitants, et y resta quatre ans.

On lui apprit à manœuvrer les canots, à chasser et à utiliser des raquettes. Il pouvait désormais fabriquer des canots en écorce de bouleau, tel qu’enseigné par les Natifs. Brûlé réalisa que le bouleau verruqueux était la ressource la plus importante pour la vie dans les bois. On l’utilisait pour construire et réparer les canots au cours du voyage. On bâtissait des abris avec les branches et l’écorce. L’écorce servait aussi à dessiner des cartes et à rédiger des messages. Au besoin, on pouvait même la manger! Cependant, un repas typique comprenait plutôt du pemmican, de la viande de chevreuil, du maïs et des pois séchés.

Brûlé méritait son sobriquet de coureur des bois à plus d’un titre. C’était un excellent éclaireur. Il participa à plusieurs expéditions, au nom de Champlain pour des négociants de fourrure. Il explora les terres à l’ouest de Québec. Ses périples lui firent découvrir des régions sauvages non-tracées. Il se rendit à la jonction des lacs Érié et Ontario. Il fut le premier Européen à explorer l’actuel État de Pennsylvanie.

Destin tragique

Sa vie prit un tournant plus dramatique en 1616. Au cours d’un voyage, il fut capturé par des Sénécas. Reconnu comme un Français, ennemi de la tribu, il subit d’effroyables tortures. Il s’en tira au prix d’un marché avec la tribu hostile: jouer les intermédiaires auprès des Français. Mais ce terrible épisode lui valut un an de convalescence.

La réputation d’Étienne Brûlé fut ternie quand Samuel de Champlain apprit qu’il travaillait pour les marchands de fourrures. D’explorateur au service de la Couronne, il devint une sorte de VRP, rémunéré pour persuader les tribus d’amener leurs peaux à la traite de tel ou tel marchand. Les missionnaires catholiques lui reprochèrent aussi ses mœurs très libres: ayant totalement adopté les coutumes et la morale des Hurons, Brûlé prit plusieurs femmes Indiennes. Les danses de son adolescence l’avaient bel et bien ensorcelé…

En 1629, quand lorsque les Britanniques s’emparèrent brièvement de Québec, Champlain était persuadé que Brûlé les avaient guidé en personne le long du fleuve Saint-Laurent. Tandis que Champlain retourna en métropole, Brûlé choisit de demeurer en Nouvelle-France au service des frères Kirke, les colonisateurs et négociants britanniques qui avaient pris Québec. Le coureur des bois fut définitivement perçu comme traître. Accusé dans les derniers écrits de Champlain, il ne subit cependant jamais de procès ni n’eut l’occasion de se défendre.

Brûlé repartit vivre chez les siens, les Hurons. Peu de traces de la fin de sa vie subsistent, mais il semble qu’il sombra peu à peu dans l’alcoolisme. Lorsque Champlain revint en Nouvelle-France en 1633, il apprit la nouvelle de sa mise à mort par les Hurons. Le coureur des bois avait été torturé, brûlé, démembré, puis mangé comme un ennemi! La raison de cet ultime châtiment ne fut jamais consignée, pas plus que la date exacte de l’exécution. Avait-t-il commis un geste irréparable pour la société huron? Avait-t-il été tué pour des raisons plus politiques? On ne le saura jamais. Une chose est sûre, Champlain ne manifesta guère de compassion.

Cette fin aussi floue qu’épouvantable met un terme à l’histoire extraordinaire d’Étienne Brûlé, grand explorateur, fin voyageur, surdoué des langues, archétype du métis culturel.

La dangereuse vie des coureurs des bois

Étienne Brûlé fut le premier coureur des bois. D’autres le suivirent. Et si leur vie fut moins atypique, elle n’en était pas moins difficile et jonchée de dangers. Les coureurs des bois se lançaient dans de vastes expéditions au cœur des terres américaines inconnues pour commercer, rapporter de la nourriture et de la fourrure aux colonies françaises. Ils quittaient leur domicile au printemps avec leurs canots remplis à craquer de provisions et de produits à échanger. Ils voyageaient de la rivière des Outaouais au lac Huron. De là, ils ramaient à raison de 12 heures par jour pendant un autre mois pour arriver à destination. Les coureurs des bois parcouraient ainsi des distances considérables, parfois jusqu’à 2 000 kilomètres ou plus de la maison.

Il s’agissait d’un travail dangereux qui impliquait de traverser de vastes étendues de nature hostile. Les coureurs de bois voyageaient donc en groupes. Ils avaient besoin les uns des autres pour manœuvrer les pagaies, établir les abris et guetter les ennemis à la nuit tombée. Ils devaient aussi trouver leur propre nourriture. Tout au long du parcours, ils s’adonnaient à la chasse et à la pêche.

Les coureur de bois devaient souvent faire du portage avec leur canot. Durant l’été, les moustiques et d’autres insectes les incommodaient. Ils devaient accrocher leur nourriture très haut loin de la portée des animaux. L’hiver venu, il fallait se tenir au chaud pendant la nuit. Pour cela, ils creusaient des trous dans la neige et les tapissaient de branches de cèdres. La vie au grand air, dans toute sa réalité!

Pour aller plus loin: une très belle narration radio de l’histoire d’Étienne Brûlé.

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Note: ceci est le premier d’une série de récits regroupés dans la rubrique Nouvelle-France. Ils racontent ce temps ou l’Amérique était française, une époque aussi fascinante que négligée des cours d’histoire. Le Québec puise ses racines et son héritage francophone dans cette période. Vous découvrirez des personnages extraordinaires, des anecdotes invraisemblables et de grands moments d’Histoire, tirés d’une époque où le rêve américain se conjuguait en français. Mais pour commencer, voici un petit tour d’horizon, brossé à grand trait, histoire de planter le décor.

Au XVIe siècle, bien avant les Britanniques, les Français accostèrent en Amérique du Nord avec l’objectif d’implanter des colonies durables au sein du Nouveau Monde. Jacques Cartier fut l’explorateur qui, en 1534, fit progresser ses navires dans le Golfe du Saint-Laurent, le fleuve qui longe les villes actuelles de Québec et Montréal. Il partit de Saint-Malo le 20 avril et aborda les côtes de Terre-Neuve le 10 mai. Il traversa l’estuaire du Saint-Laurent puis débarqua enfin au Labrador. Ce qu’il y vit avait de quoi faire tourner la tête. Sous ses yeux, se dressait un nouvel horizon, immense et sauvage, de vastes étendues de terre et de forêt qui ne demandaient qu’à être explorées. Cartier prit possession du territoire au nom du roi de France et la nomma « Canada », du mot iroquois Kanata qui signifie village.

Une rencontre pacifique

Cette expédition allait permettre à ses compatriotes d’embarquer vers le rêve américain français dès la fin du XVIe siècle. Pour eux, cette aventure représentait l’espoir de conquérir une liberté nouvelle, bâtir une société meilleure, sur une nouvelle terre. Certains saisirent aussi la chance de laisser leurs erreurs derrière eux: on comptait parmi les colons quelques délinquants venus effacer leur ardoise…
Mais les bonnes volontés furent mises à rude épreuve. Le climat, épouvantable et particulièrement glacial, en refroidit plus d’un. Les deux tiers des colons repartirent après leur premier hiver. La maladie et les raids indiens firent eux aussi des dégâts. Les durs à cuire, ceux qui décidèrent de rester au pays, furent appelés les Canadiens. Robustes, coriaces et déterminés, ces habitants durent se suffire à eux-mêmes en produisant leurs propres denrées.

Au début du XVIIe siècle, avec les premières expéditions de Samuel Champlain, les colons français entrèrent en contact avec les tribus autochtones. Les Français

établirent des rapports cordiaux avec eux. Ce fait est à souligner. Deux peuples qui ne s’étaient jamais vu et aux cultures on ne peut plus opposées se rencontrèrent, et plutôt que la guerre, ils choisirent la paix: instant unique dans l’Histoire des Amériques et des Hommes. Il faut dire qu’il n’était nullement dans les intentions des colons de guerroyer: le Roi de France misait avant tout sur les richesses du commerce de fourrure. De plus, les Français étaient peu nombreux, et leurs colonies de taille modeste. Les premières d’entre elles ne dépassaient pas la soixantaine d’individus. Les Amérindiens ne se sentirent jamais envahis ni menacés par leur présence. Au milieu du XVIIIe siècle, à peine 65 000 colons étaient installés en Amérique du Nord, et 85% d’entre eux étaient établis le long des berges du Saint-Laurent.

Les Français s’allièrent avec les Micmacs, les Abénaquis, les Algonquins, les Montagnais et les Hurons. Samuel de Champlain participa à la protection de la colonie contre les Iroquois, devenus les ennemis des Hurons et des Algonquins.

À la découverte des grands espaces

Français et Amérindiens trouvèrent plusieurs terrains d’entente. La traite de la fourrure fut le premier d’entre eux. En 1608, Champlain fonda un comptoir permanent qui deviendra la ville du Québec, s’imposant comme la capitale de la Nouvelle-France.

Les alliances franco-amérindiennes furent également l’occasion d’échanger les savoirs. Les Français offrirent des mousquets, des haches, des couteaux, des couvertures, du whisky et des casseroles. Les Amérindiens furent impressionnés par leurs immenses navires. Les Natifs, eux, enseignèrent aux Français la vie en Amérique. Ils leur montrèrent comment survivre aux rudes conditions climatiques. Ils leur apprirent à chasser les animaux du pays. Ils leur révélèrent le secret des herbes médicinales locales, indispensables pour survivre à la maladie, mais aussi lutter contre les nuées de moustiques. À cet effet, ils utilisaient des plantes telles les feuilles de laurier et la sanguinaire, ainsi que les graisses animales et même de l’huile de poisson.

Des Français finirent par vivre au milieu des tribus indiennes et adoptèrent leurs coutumes. Ils devinrent ceux que l’on appelait « coureurs des bois », une spécificité française.

Guidés par les Natifs, les colons parvinrent  à cartographier une très large partie de l’Amérique du Nord. Pendant 150 ans, ils sillonnèrent le continent au fil de l’eau, à l’aide du canoë d’écorce de bouleau, glissant avec célérité à travers les Grands Lacs et leurs affluents. En quête d’autres tribus avec qui commercer, ces groupes d’aventuriers descendirent jusqu’en Louisiane. Ils élargirent les limites de la Nouvelle-France sur une bande qui traversait le continent depuis le nord du Canada jusqu’au sud des Etats-Unis. La colonisation du pays se fit avec la bienveillance des tribus autochtones, qui contrôlaient les territoires au nom des alliances passées avec les Français. La notion de propriété du territoire leur était complètement étrangère, ce qui expliquait également leur attitude avenante vis-à-vis des colons.

Indiana, Dakota, Illinois, Ohio…
Aujourd’hui, une trentaine d’États américains ont des noms d’origine indienne (Dakota, Nevada, Nebraska, Colorado…). Il s’agit de territoires traversés par les Français, qui apprirent le nom que les Indiens donnaient à ces régions. Ils maintinrent les noms indiens et, plus tard, ces noms furent conservés au moment de créer les états d’Amérique.

Une nouvelle société

Livrés à eux-mêmes, les Canadiens bâtirent une société neuve où les compétences de chacun furent mises à contribution. Cette société favorisait les corps de métier locaux. Outre les marchands, négociants ou paysans, on trouvait de nombreux corps d’artisans. Les maçons, tailleurs de pierre,  menuisiers et autres charpentiers formaient le plus gros contingent de la colonie. Ils participaient à la construction des édifices publics aussi bien que des fortifications, des moulins, des barques et des résidences des particuliers. Quant aux multiples pièces de mobilier qui assuraient le bien-être matériel des habitants, elles étaient l’œuvre des menuisiers. À ce groupe, il fallait ajouter les forgerons, spécialistes du fer, et les tonneliers dont la pratique était assez lucrative. Ils confectionnaient les principaux contenants de l’époque, les barils et les tonneaux utilisés pour conserver et transporter les marchandises, tels que l’alcool, l’huile, le poisson, la farine et les pois.

Au fil du temps, apparut une petite bourgeoisie coloniale qui stimulait la production de biens et de services locaux. De cette manière, les capitaux n’étaient pas drainés vers la métropole : en achetant les produits locaux, les colons favorisaient leur propre enrichissement.

Au XVIIIe siècle, la population de la Nouvelle-France avait réussi son pari. Les gens refaisaient leur vie et la société vivait dans un certain confort matériel. Bon nombre d’artisans étaient propriétaires de leur maison: 50% à Québec et 70% à Montréal. Il existait néanmoins des différences notables quant à l’ampleur des fortunes. Les métiers du fer permettaient généralement de bien vivre et, à Québec comme à Montréal, les forgerons étaient les plus fortunés des artisans. Tonneliers, maçons, tanneurs, cordonniers et menuisiers s’en tiraient également bien. Les métiers reliés à l’habillement   tailleurs d’habits, couturières, perruquiers et cordonniers   étaient les moins lucratifs. À Québec en particulier, ces artisans peinaient à vivre de leur seul métier. Bon nombre durent trouver une deuxième activité. Certains se firent aubergistes à temps perdu, en réservant une ou deux chambres de leur maison aux voyageurs. Les véritables tavernes, elles, popularisèrent le billard, et proposaient également des jeux de dés ou de cartes. Dans l’ensemble, sur le plan matériel, la vie des habitants de la Nouvelle-France semblait meilleure que celle de leurs compatriotes en métropole.

Tout n’était pas si simple cependant. Dès le XVIIe, la venue d’Anglais prêts à conquérir l’Amérique par les armes introduisit la guerre inter-coloniale dans le quotidien. De 1629 à 1632, les Britanniques occupèrent la ville de Québec et l’Acadie (rebaptisée Nouvelle-Écosse).

Le rêve de la Nouvelle-France prit fin avec la guerre de Sept Ans: de 1756 à 1763, l’Empire Britannique ravit l’Amérique du Nord à la France. L’autonomie des colons finit par se retourner contre eux: le Roi Louis XV estimait la valeur du Canada à l’aune des bénéfices destinés à la métropole. Il ne jugea pas rentable d’employer de lourds moyens militaires pour le protéger des Anglais. C’est ainsi que la Couronne de France abandonna le Québec. La devise actuelle de la Belle Province, « je me souviens », fait peut-être autant référence à ses racines françaises qu’à cet abandon de la mère-patrie de l’époque…

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