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Posts Tagged ‘Kaamelott’

Note: ceci est le troisième d’une série de récits regroupés dans la rubrique Nouvelle-France. Ils racontent ce temps ou l’Amérique était française, une époque aussi fascinante que négligée des cours d’histoire. Le Québec puise ses racines et son héritage francophone dans cette période. Vous découvrirez des personnages extraordinaires, des anecdotes invraisemblables et de grands moments d’Histoire, tirés d’une époque où le rêve américain se conjuguait en français. Voici aujourd’hui l’histoire de Madeleine de Verchères. À 14 ans, cette jeune femme qui n’avait pas froid aux yeux prit le commandement du Fort de Verchères et le défendit victorieusement pendant huit jours contre une invasion d’Iroquois.

Pied de cochon, Marie-Madeleine, pied de cochon, Marie Madelon. Votre air coupable ne ment pas: oui, vous vous souvenez de cette soirée où vous aviez trop bu, et où vous aviez commis l’erreur artistique d’entonner cette chanson paillarde. Sachez tout d’abord que l’alcool ne justifie pas tout, et surtout pas un timbre de voix plus saturé que le cri du gorille en rut. Mais il vous reste une chance d’obtenir le pardon: prétexter l’hommage historique. Car Marie-Madeleine Jarret de Verchères, dite « Madelon », est une haute figure de l’histoire de la Nouvelle France, voire de la mythologie québécoise. En France, nul ne le sait (c’est ce qui arrive quand on boit trop). Il est donc grand temps d’enfiler mon costume de troubadour et vous conter l’incroyable histoire de cette jeune fille, héroïne au Québec et figure commémorative des poivrots de l’hexagone. Santé.

Marie-Madeleine Jarret de Verchères naquit le 3 mars 1678 à Verchères, un peu au nord de Montréal, sur la berge est du fleuve Saint-Laurent. Sa famille lui donna le sobriquet de « Madelon » (s’ils avaient su…). Quatrième de douze enfants, son éducation annonçait les exploits à venir. Son père, François-Xavier Jarret, lui enseigna l’art du tir au mousquet.

Les armes à feu n’étaient pas inutiles, car les Iroquois recommençaient à marauder dans la région. Et ne surnommait-on pas Verchères « Le château dangereux »? Il était en effet l’un des plus exposés du pays à cause de la proximité de la rivière Richelieu, dite aussi « des Iroquois ». Ce redoutable ennemi, en guerre contre les Français, empruntait régulièrement cette rivière pour pénétrer dans la colonie. Savoir manier le mousquet nécessitait plusieurs mois d’entraînement.  Cependant, Madeleine était habile, et elle aimait aller à la chasse avec sa famille.

La mère de Madeleine, Marie Perrot, lui apprit pour sa part à lire et à écrire. Mais c’est en 1690 qu’elle lui offrit une véritable leçon de bravoure. Ayant à peine fêté ses 12 ans, Madelon vit sa mère repousser une attaque des Iroquois qui tentaient d’escalader les palissades. Après un combat qui dura quarante-huit heures, elle fit battre les agresseurs en retraite, accompagnée de trois ou quatre hommes à peine.

Les Iroquois donnent l’assaut

Deux ans plus tard, Madeleine allait perpétuer la tradition familiale avec panache. Le matin du 22 octobre 1692, elle travaillait dans les champs. Sa mère était partie à Montréal et son père était à Québec. C’est le moment que choisit une troupe d’Iroquois, toujours en guerre contre les Français, pour attaquer.

45 guerriers jaillirent du bois et se saisirent de vingt personnes qui travaillaient hors du fort. Un Iroquois poursuivit Madeleine. Il attrapa son mouchoir, mais elle réussit à l’ôter et se glissa à l’intérieur du fort. Madeleine donna l’alerte. « Aux armes! Aux armes! » S’emparant théâtralement du chapeau d’un soldat, elle monta en haut des barricades et tira un coup de fusil, pour avertir les forts autour de Verchères.

L’édifice fut bientôt encerclé par les guerriers Iroquois. À l’intérieur, Madeleine prit les choses en main. Avec un aplomb peu commun, elle ordonna aux femmes et aux enfants de se taire et de pleurer en silence. Elle n’avait que 14 ans, mais n’avait jamais autant ressemblé à sa mère qu’à ce moment. Elle était partout à la fois et commandait le respect. Elle cachait ses cheveux sous une coiffe de soldat et donnait des ordres aux préposés à la défense… Autant dire une maigre troupe: ses deux jeunes frères âgés de douze ans, son domestique, un vieillard âgé de quatre-vingts ans et deux soldats, dont un aux tendances suicidaires. De quoi pousser à sortir le drapeau blanc! Elle empêcha un soldat désespéré d’utiliser un baril de poudre pour faire sauter tout le monde et éviter d’être pris.

La ruse de Madeleine

Le fort manquait cruellement d’effectif pour assurer une défense digne de ce nom, c’est le cas de le dire. Mais Madeleine se rendit compte que les Iroquois n’en savaient rien. Elle conçut un plan ingénieux pour tirer parti de ce petit avantage. Afin de persuader l’ennemi que le bâtiment était rempli de soldats, elle tira avec ses frères des coups de fusils et de canons à partir de différents endroits dans le fort. Pour renforcer l’illusion, elle encouragea les réfugiés à frapper dans des chaudrons ou faire résonner tout ce qui était bruyant.

Le ciel, noir comme le charbon, crachait de la grêle. Le soir venu, le bétail revint. Madeleine tenait à les faire rentrer, mais se méfiait terriblement d’une sournoiserie ennemie, un cheval de Troie à la façon Iroquoise. Elle laissa finalement entrer les animaux, non sans vérifier scrupuleusement qu’aucun guerrier n’était caché dans le troupeau, dissimulé sous une peau de bête. Il n’y en avait pas. Mais la guerre psychologique commençait. Cette nuit-là, personne ne dormit. Madelon raconta plus tard: « Je puis dire que je fus deux fois vingt-quatre heures sans dormir ni manger. Je n’entrai pas une seule fois dans la maison de mon père; je me tenais sur le bastion ».

Les Iroquois restèrent à l’affût durant plusieurs jours. Mais ils ne tentèrent jamais de passer en force, persuadés que le fort était bien gardé. Le subterfuge de Madeleine fonctionnait! Au bout de huit jours, des renforts arrivèrent de Montréal. Les Iroquois prirent la poudre d’escampette, mais furent rattrapés par les soldats. Éreintée, Madeleine dit au lieutenant,  « Monsieur, à vous je rends mes armes. »  Le fort était sauvé.
Ses parents revinrent peu après, et la nouvelle de son exploit se répandit partout dans la colonie. Madeleine consigna elle-même le récit de ce haut fait d’armes par écrit à huit heures du matin, le 22 octobre 1699. L’enseignement de sa mère lui servit jusqu’au bout. C’est ce texte qui permet aujourd’hui de reconstituer l’aventure de Madeleine, étonnante jeune fille de 14 ans qui tint tête à un groupe de 45 guerriers Iroquois.

Aucune information n’a filtré sur la forme de ses mollets ou d’autres parties de son anatomie, pourtant fort détaillée de nos jours vers les 3h du matin.

Mythe ou réalité?
Le récit de ce siège de huit jours a été mis à mal, de nos jours, par l’historien Marcel Trudel, qui en relève plusieurs invraisemblances. Trudel soutient que le récit l’événement, qui a eu cours en 1692, fut embelli par Madeleine de Verchères elle-même et un romancier. Il affirme qu’elle fut « la créatrice de sa propre légende » car pour Trudel, l’action de Madelon, « telle qu’elle la raconte en 1699 et restreinte à ce qu’elle déclare elle-même, du vivant des personnes qui sont proches de l’événement, n’est pas en soi une action extraordinaire. Elle est toutefois représentative des périls coutumiers de ce temps… » Il estime donc les actions de Madeleine de Verchères, somme toute, banals. En outre, il est vrai que certaines anecdotes, comme ce passage où un Iroquois lui saisit son mouchoir, ne figure que dans le texte d’un romancier, et non dans le témoignage de Madelon. Et il n’était pas dans les habitudes des Iroquois de pratiquer le siège, leurs attaques misant plutôt sur la surprise et une victoire rapide. Le fort a-t-il réellement était pris d’assaut huit jours durant?
Lionel Groulx, prêtre historien, préfère conserver l’image héroïque de la jeune fille, quoique digne d’un garçon manqué. Il en fait ce portrait: « De Mademoiselle Madeleine, on se fera une image assez juste, ce nous semble, si on se la figure belle, intelligente et fine, séduisante et brillante, mais portant, dans son enveloppe féminine, l’âme d’un gars remuant et batailleur, fortement musclé, avec du cran, beaucoup de cran, ayant facilement aux lèvres le mot à résonnance de métal, la phrase à panache et le geste proche parent de la parole ».
Embellie ou pas, la légende de Madeleine de Verchères a marqué les esprits au Québec. Sa mémoire est honorée par une statue du sculpteur Louis-Philippe Hébert, inaugurée le 21 septembre 1913 sur la rive du fleuve Saint-Laurent à Verchères. La statue, fixée au sommet d’une tour conique, s’élève à plus de 7,2 mètres, se dressant telle une sentinelle face au fleuve.

Et si vous avez envie de rencontrer une Marie Madelon « légèrement » caricaturée, cet épisode tiré de la courte série « La Grande Bataille » pourrait vous faire rire:

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Un Homme ne s’accomplit que dans les grands moments de bravoure. C’est lorsqu’il triomphe de ces instants où l’ampleur du péril le dispute à la violence de l’affrontement, que l’Homme, en dépit du courroux prédateur dont il s’est paré durant la bataille, dessine sur son visage dément un sourire redoutable, car il sait qu’il vient de passer le grand test de la Vie. Ce moment qui définit une existence et l’arrache au désespoir d’un destin vain, je l’ai vécu mardi, à Montréal. Lorsque tout était fini, tandis que les épreuves gisaient derrière moi, vaincues par la seule force de ma furieuse volonté, j’ai senti la beauté de mon geste (beauté qui le dispute à sa charité) élever mon âme. Alors, chassant les légions de la folie venues me hanter l’esprit, j’ai rejeté ma tête en arrière, et j’ai ri. J’ai ri d’un rire tonitruant, ancestral, conquérant, ignorant le regard des autres et le bien-être de leurs oreilles. J’étais le Maître. Je venais de réaliser un exploit digne de louanges.

J’étais parvenu à voir un médecin.

On ne mesure pas bien, depuis la France, la difficulté de l’opération. C’était pour mon fils (car la beauté du geste le dispute à la charité). Rien de grave, mais à 3 ans, je préfère le faire suivre (il ne se plaint jamais: la dernière fois qu’on lui a trouvé une otite, il avait déjà passé tout l’hiver avec).

Au Québec, pour voir un médecin, on passe par un CLSC, un Centre Local des Services Communautaires. C’est une sorte de maison de la santé que l’on trouve un peu partout dans les quartiers, avec infirmières, médecins… Vu qu’à Montréal on a plus de chances de trouver une forêt de cocotiers qu’un médecin de famille attitré, c’est l’endroit conseillé, tant qu’il n’y a pas besoin d’un traitement en urgence à l’hôpital. Mais mieux vaut ne pas être pressé, et avoir un gros bouquin.

Ma quête commence au CLSC le plus proche de chez moi. Il ouvre à 8h. J’arrive avec mon fils à 8h15. Nous sommes refusés. « Trop de monde », nous explique-t-on à l’accueil. « Il y a déjà plus de 40 patients sur la liste d’attente, on n’en prendra plus aujourd’hui ». Pas de chance. On m’avait prévenu de ces fameuses files d’attente qui se remplissaient vite, mais je me suis malgré tout fait surprendre. Pas grave, la secrétaire m’offre gentiment la liste des CLSC les plus proches. En avant.

Deuxième CLSC: ah non, le mardi c’est que sur rendez-vous. Au revoir.

C’est à notre quatrième tentative que nous trouvons une clinique qui, devant ma mine suppliante, accepte de nous accueillir. Joie, triomphe! « Prenez un ticket, on vous appellera ». Je m’assois, mon fils sur les genoux, un peu honteux de notre bonne santé, au milieu d’un zombie en phase terminale et d’une tempête de mucus ambulante.

Au bout d’un moment, la secrétaire appelle « lenuméroquarantehuiiiiiit! ». C’est notre tour. Voilà qui tombe bien, je venais juste d’achever la lecture de « Blagues de comptable, volume 1« .

Nous nous transportons devant la secrétaire. « Veuillez remplir ce formulaire, et on vous appellera« . Ah bon, ce n’est pas vraiment à nous en fin de compte? Pour l’instant nous devons seulement nous inscrire sur la véritable liste d’attente, la première étant vraisemblablement un leurre destiné à coincer les VRP. Je remplis également un formulaire où je décris notamment la raison de ma venue (j’aimerais bien prendre un rendez-vous avec un pédiatre quoi), et on attend à nouveau. Il est 10h30, et je me rends compte que je n’ai pas le volume 2. « Vous allez d’abord voir l’infirmière. Puis vous aurez un rendez-vous avec un médecin, qui verra votre enfant et vous prescrira un pédiatre », égrène la secrétaire. Les voies du protocole sont impénétrables partout dans le monde civilisé (« civilisé » signifiant, bien souvent, « où il est nécessaire de s’inscrire au bureau 300, n’oubliez pas le formulaire rempli et signé »).

La secrétaire nous précise, au cas où nous serions impatients (alors que nous sommes 2), que l’infirmière ne nous prendra pas avant 11h30.

Comme prévu, l’infirmière nous appelle à midi pile. Elle prend la taille et le poids de mon fils, pose quelques questions sur son évolution, puis me renvoie à un médecin. Que l’on ne verra pas avant 14h.

Et quand on dit « pas avant », cela veut plutôt dire 15h. Heureusement que notre pitchoun est (comme souvent) de bonne humeur. J’ai vu des gamins qui auraient eu le temps de provoquer une avalanche dans les Appalaches durant tout ce temps. Lorsque le médecin clame notre nom (de travers), nous nous rendons dans son cabinet. Plus personne à l’intérieur. Le bougre s’est enfui par une porte dérobée. Il nous a fait rentrer mais est encore occupé ailleurs. Je détecte là-dedans une tactique psychologique visant à maintenir notre espoir éveillé. Je détecte aussi une chaise vide. Au bout de quelques minutes, mis en confiance par l’absence évidente de tout postérieur étranger au mien dans les parages, je m’y assois.

Bien sûr, c’est le moment que choisit le docteur pour apparaître comme une tornade, faisant glisser la porte arrière d’une poussée agacée et me saluant d’un « ah, je crois que vous êtes sur ma chaise. Vous pouvez vous asseoir sur le tabouret sous la table« . Aussi compatissant que le Docteur House, mais avec l’intention manifeste de se débarrasser de notre cas avant la fin de l’épisode, le monsieur parle vite. Il est pressé. « Qu’est-ce qu’il a votre fils? » me lance-t-il.

Un peu déstabilisé, j’admets ne pas avoir formulé la meilleure réponse possible. « Hé bien voilà, euh…

– Ok ok. Il a vu un pédiatre depuis que vous êtes arrivés au Québec? coupe le docteur, peu enclin à se laisser intimider par des concepts arrivistes tel que « l’écoute des patients ».

– Non justement. On se demandait si…

– Pas suivi par quelqu’un en France?

– Non, enfin de temps en t…

– Examiné les oreilles?

Pressé de toute part, un espoir illumine mon regard. Je peux reprendre l’avantage sur cette question.

– Alors oui, il y a pas l…

– Il y a pas longtemps quand? » enchaîne le médecin, imperturbable. Il est généraliste, mais a une spécialité: poser une question dont la réponse est contenue dans la phrase qu’il vient de couper. Il n’a jamais vraiment dit « hop hop hop« , mais j’avais l’impression que l’expression ponctuait chacune de ses phrases.

Il est clair que les médecins sont débordés ici. C’est un vrai problème local: le Québec manque de médecins généralistes, une branche professionnelle méprisée des étudiants. Du coup, dans l’agglomération de Montréal, rares sont les élus à disposer d’un médecin de famille, capable d’offrir un rendez-vous dans un délai rapide – mettons avant la guérison naturelle ou la mort. « Moi il m’a fallu 20 ans pour en avoir un », m’avait cordialement assuré un agent de l’immigration il y a 15 jours, lors d’une séance d’information fort instructive.

Le médecin est pressé, mais il a le mérite d’aller droit au but. Et lorsque nous sortons de la clinique à 15h30, je peux fièrement brandir un précieux sésame. Mission accomplie. La beauté du geste le dispute au courage de l’entreprise. J’observe le manuscrit. Après tant d’effort, je m’attendais à un parchemin scellé à la cire rouge, mais il ne s’agit que d’un petit bout de papier ridicule qui ressemble à ma dernière liste des courses.Il a néanmoins de l’importance: c’est un référencé. Une recommandation vers un pédiatre. L’équivalent d’une prescription en France. Comme dans l’Hexagone, il faut d’abord consulter un généraliste avant de toquer chez le spécialiste.

De retour à la maison, et un bon coup de fil plus tard, le rendez-vous est pris. Un pédiatre verra notre fils… le 12 décembre. Faut pas se plaindre. Juste avant de nous congédier, le généraliste nous avait expliqué qu’obtenir un rendez-vous chez le pédiatre pouvait prendre jusqu’à 2 ans. « Très long. N’attendez pas. Au revoir ».

Au revoir alors.

C’est vous qui osez me faire perdre mon temps?

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